Je me réveille tout guilleret. J'allume l'ordinateur, geste matinal. Espoir du matin. La fille de Télématin parle d'un anticyclone et du retour du soleil. Tiens, j'ouvre mes volets mis-clos depuis bien longtemps. Un halo de lumière et de poussières égaye mon pétillant lever. Dans ma chambre, j'avais branché mon téléphone, comme si... En pleine nuit, un rêve vous éveillait. J'ai excellemment dormi. Je pétille entre mes mails, réponds à la belle histoire que me raconte Rodolphe... Il a surpris à la Libération une conversation où il était question de moi. Il s'agissait d'Hélène, belle d'Ilion, amie de Régis SM (fusion parfaite donc !), qui demandait à la personne qui l'accompagnait (je n'en sais pas plus) si elle me connaissait. Face à sa négative, Rodolphe surgissait ! Il me conte avec merveille la beauté translucide de cette héroïne que je ne connais pas encore. Ce qui corrobore avec poésie les propos de ce "Régis" au nom "hispanique" que Rodolphe n'a su retenir, évanoui dans les joyaux luminescents de la Belle Hélène...

Tous les rayons traversent l'appartement. Un peu trop de poussière dans ma chambre... De chemise blanche je pars au bus, sans mon barda, qu'un petit sac, et un livre de Bove, Le pressentiment.

Dans le RER, une jeune femme à l'extrême mordorure me fait face en oblique. Son regard est pénétrant, ma bite est presque saillante dans ce pantalon à la con, de moulure excessive... Mon sac posé dessus, je ne bande pas, mais soyons préventif !

Elle me fixe, je tente quelques étincelles, mais me replonge dans ce livre dont le titre m'inspire quelques craintes. Elle se lève, passe près de moi, ses cuisses frôlent mon coude, son cul, boule énergique, ripe sur mes yeux... Elle sort. Prend une boisson, et disparaît. Je ne la vois plus.

À une station, une jeune brune s'impose à ma sieste, je ne cesse de roupiller ce matin, avec des images de documentaires animaliers zappant dans mon esprit (hier, j'ai regardé A+ Pollux, et ce matin, lu le texte de Mérot dans Technikart). Elle lit un livre, j'essaie de voir le titre, elle me prend en flagrant délit, me sourit, je grimace un rictus. Je me dis "ce serait bien que le couple de touristes à la con se barre". Tout en jetant quelques coups d'œil vers elle et son livre de John Irving.

La femme se lève, miracle, se lève pour aller voir le plan de la ligne, c'est visible. La jeune brune embraye et prend sa place me collant d'un sourire complice. L'homme est donc obligé de se lever également et d'aller rejoindre sa femme qui avait oublié que la politesse n'est pas l'une de nos spécialités nationales.
Jolie vaguelette sur coussin glossi. Lunettes noires sur courte coupe, yeux de biche, lieu commun qui prend ici une tension olympienne, Artémis piquant de sa flèche ma timidité oculaire.

Je ne le veux pas, mais ne peux pas ne pas le faire, j'appelle Audrey pour savoir si elle est libre ce midi. Je suis empathique au téléphone, je sens que je tombe mal, et me sens misérablement mal.

D'un empan, je rêve de joindre ses deux aréoles. Je le faisais avec Caro, ma piètre correspondance.

C'est en déjeunant, sandwichs infamants, nous hurlerons notre rage de ne plus y retourner, que je me souviens de mon envie obsédante de plonger ma tête et de me goinfrer de son sexe, lorsque la jolie brune assise devant moi avait choisi une position ouverte de son entre-jambe. J'en fais part à Franck, entre nos hurlements de détresses sandwichiennes.

Je lis et m'amuse d'un nouveau mail de Caroline, qui finit cette fois-ci son message, non pas par "bordel" (elle raconte qu'elle le lit et en remercie Frédéric, encore une !), mais par un subtile mécanisme syntaxique où j'en conclue que je suis entre le "con" et le "ciel"...
Belle définition, moi en délectation fantasmée de ce con du matin, et mes rêves de ciel numéro "Un". Je me répands encore à Franck, qui me fustige d'un "t'es un vrai romantique", je ne sais si son romantique porte la majuscule.
Je m'amuse de tout cela, et j'ai même plus envie de publier ces pages, ces pages avec Caroline. Elle revient en ressac dans ce journal et dans mes propos, mais comme nourriture égotiste, mon ventre se tord, se mord d'un message, d'un signe d'une autre division...
Je pense tout de même à ce crétin de Cyril, là, à la regarder lire ma revue... A m'écrire, à me donner tant de signes, moi qui n'en ai plus rien à carrer. Je suis triste pour ce nigaud. Je suis triste pour cet échec qu'il représente dans ma croisade quotidienne... Il est aujourd'hui aussi con qu'à notre rencontre. A mon ego...

Malnuit a découvert ce journal... Bordel, ça commence à devenir impensable d'écrire sans penser hors de soi... C'est un jeu de contrôle, faire le blanc en moi, que reste-t-il ? Un visage qui referme légèrement une porte, qui comprend ce que je ressens et y consent.
On baragouine sur la Hype, sur les branchés... Je lui fais part de ce paradoxe (cette rupture) entre les branchés et les icônes des branchés. Fred, Baer, Wizman, ou bien Tong Cuong... (La plus belle bibliothèque, je l'ai vue chez Eric !)... lisent, travaillent comme des fanatiques... les branchés, feuillettent des zines, foutent rien, le livre ????, n'en lisent pas !
Les icônes branchées sont de vrais prolétaires, les branchouilles des "rust belt men"...

J'hésite longtemps entre appeler Audrey, ne pas l'appeler, rester, attendre, partir… Une longue discussion avec Jérôme, sur la surenchère chevaleresque, je m'enhardis de fougue absurde, de l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace, de la folie, encore de la folie, toujours de la folie ! J'exhorte que nous ne pourrons être heureux en conformité. Mais bordel, c'est ce que l'on veut ! Voulons-nous une fille comme les autres ! Une fille qui comprend les folies folles d'esprits fols ! Bordel ! Marre de mal au ventre de se plier à la conforme base ! Sommet nous visons !

Je mets à l'étrier mon panache amoureux, je pars l'esprit léger, mais quelle bêtise me dis-je aussi, le soleil me transperce la rétine. Je suis Paolo Coelho ce soir, je suis Siddhârta, je suis San Ku Kaï, je suis Jayce le conquérant de la lumière, je suis Esteban fils du soleil… Fils du soleil, celui qui se consuma, qui s'écrasa en Afrique ? Je suis lumière ce soir dans ce train, où une jeune rouquine diaphane et mordorée toute à la fois, s'endort sur une banquette orange. Son ventre, sa respiration lente, ses petits seins bougent aux chaotiques tremblements ferroviaires, petits flambies que je goberais d'une aspiration labiale. Petits boutons rouges et grains de beauté sur le dos, brillance vénitienne jusqu'aux épaules… Epaules, dorures braisées, ces petits seins gigotent entre Mortcerf et Guérard. Derrière les petits vallons briards, elle est assise, allongée, entre les deux, en équilibre à mi-cul. Cul sublime fondu dans une peau jean… Jeune rouquine de mes années pion, pourquoi as-tu décidé de parler ? De ta gouaille vulgaire, de tes intonations 'cailles, de ta virilité malfaisante… Ton cul reste un astre inatteignable, tel un rêve d'adolescent. Sur le trottoir de Coulommiers qui me mène vers la Libération, vers Rodolphe, une paire de jambes, une femme, une robe moulante, jambes brasillées, large cul, fesses hautes… Je pense à ma Folie, et suis ces filles, ces beautés fugaces, ces instantanés botticelliennes… Je me souviens des compagnons d'Ulysse (31) qui se suivaient dans leur coma sans prendre réalité… Je suis moi aussi une sorte de spectre. Je commence à avoir peur de la réaction d'Audrey, j'ai envie de l'appeler, mais je me jette dans les bras de Rodolphe. Je le suis, bar, resto, c'est le " Rodolphe show ". Nous appelons Régis pour lui donner rencard à la gare de Coulommiers pour le lendemain. Nous buvons quelques verres, à chaque bar, des filles exultent de son arrivée, je suis encore spectateur. J'ai envie d'appeler Audrey, lui dire A4, sortie Provins, ou Crécy-la-Chapelle… Nous dînons avec deux petites qui ne parlent que de cul (rencontre impromptue), quand je m'y mets, c'est pour choquer. Je ne suis rien ici. Rodolphe est loup blanc, ce que j'étais avant… Je rencontre de vieilles connaissances, mais ils ne se rappellent pas de ce que je me souviens. Je suis triste de cette distance.