Je retrouve de la vie, dans ce que je connais, dans ce que je suis sûr. Mon village. Mes rues. Mes chemins. C'est la première fois que je descends ce chemin avec toute vitesse, avec toute absence de dangers. Je suis peureux dans l'aventure. L'aventure de la peur. De l'ignorance. L'aventure de lois jadis écrites ici, là-haut, dans ce cerveau qui se strie depuis la révélation Caroline. Je ne pense plus à ces phrases assassines, sibyllines, que je suis laid, moche, et cela spontanément. S(pontané)m(ent). Spontané-ment. Aussi. Je suis laid, et les emmerde, les trouve bête, la trouve bête. Moi, la Bête.
Je fais qu'un petit tour, car je suis encore pris par Elle. Soyons amis désormais. L'aphorisme de ma vie " toucher une peau pour sauver la mienne " est gâché. Seules mes convictions cyniques se sont vérifiées. Le Beau préémine le Laid. Mais je ne suis plus rage triste. Je ne veux plus que mes grands-parents voient mon visage ainsi et l'absence de brillance de mes yeux. De mon aura, de ma force, de ma puissance. Annihilent tous les clichés des femmes bêtes. La femme est une bête, que l'on traque, que l'on chasse. C'est comme ça. Je ne serai jamais chasseur, traqueur. Et pis, c'est une chasse où le gibier choisit son chasseur. Qu'il soit beau, peu importe, le reste, le plein, l'énergie.

C'était la batterie de mon ordinateur qui était trop pleine d'énergie. Je suis allé à Paris, bus de 12h10. Un petit tour à la FNAC informatique, et hop, mon ordinateur est de retour. Mon ami, mes textes, mes grandes colères de la semaine du gâchis. De la semaine radicale de ma vie, j'ai 27 ans, te rappelles-tu Jimi, Janis, Kurt, Jean-Michel… De tes promesses. De ce feu fol laid. Te souviens-tu de toi Stéphane ?
Tout doit disparaître

Benoît Duteurtre a été omis de la couverture de Bordel … mal au ventre, cataclysme, même là, Caroline ne s'oublie pas, ses réponses lentes de la veille, sa voix, son souffle qui répandent le doute, et la certitude de " je ne t'm pas ". Je ne peux aimer si on ne m'aime pas, c'est bien également une de mes règles, à la con. Je repense à ce grand flasque poisseux, qui m'obsède depuis la nuit avec elle.
J'ai hâte de rentrer pour écrire à Benoît, pour lui dire que j'aime ce qu'il fait, que je suis triste (dieu merci que je suis déjà bien triste en raison de C.), lent chagrin, être déjà triste rend moins triste.

Je suis revenu avec un large sourire. Ma visite à Paris, mes épanchements, " je suis triste d'amour " à Juliette, à Martine. Se couler, pour remonter. Ma tactique. Je suis concentré, fort, en moi. J'écris des mails dans le bus qui me ramène, il est 15h15. Le bus est parti au moment même où je montais en lui. Le bus, de la belle danseuse inconnue.
Je fais donc croire à mes grands-parents que mon vide d'hier était dû à ce souci d'ordinateur qui se refusait de s'allumer.

J'écris à Caroline, je lis les autres mails, des personnes qui veulent des invitations. Des personnes que je ne connais pas, mais qui se disent importantes pour la communication de Bordel. J'ai envie de leur chier dessus, cloportes. Mais je suis trop vide. Et j'ai déjà bien assez chié depuis ce matin.
Levé tôt, appelé Caroline, ses mots, toujours, je lui fais peur. Triste. Puis, réaction. RAGE. Qu'elle préfère les beaux gosses, spontanément. M'en fous, c'est elle qui perd, c'est elle qui perd. Et moi, je ne gagne rien pour autant. Je mets la musique à fond, toujours les certitudes, Cours vite, Silmarils. Je fais le ménage. Je fais une lessive. Je prends une douche, je chie deux fois. Vidé, se vider, tout cracher, tout doit disparaître. Ça coule, ça se cramponne sur la cuvette, ça ne disparaît pas vraiment. Je pars faire des courses, frénésie de l'apathique. Caroline doit venir chez moi quelques jours. Incertain de sa venue, la peur d'un faux bond. Salvateur et si destructeur. Je mettrai en ligne mes pages après son passage. Je suis désespéramment lâche.
Prends des légumes, pour la première fois, carottes, concombres, brocolis, ails, poivrons, … des kiwis aussi, qui ne sont pas des légumes… mais des fruits.
Prends du truc vert pour les chiottes, qu'elles soient nettoyées, propres.

Je peux enfin lire mes messages, et le poème aedificabo et destruam de Caroline. " Les yeux qui blessent ". Je réponds, me sens loin, très loin. Le matin, j'avais appelé Cyril pour lui dire que j'avais parlé la nuit entière avec elle, et encore ce matin. Qu'elle avait donc de lui en elle. Que moi je ne le tolérais pas. Il m'a demandé son mail et son téléphone. J'ai dit non. Il m'a dit qu'une fille l'avait appelé à 6h30, " peut-être Caro ". J'ai dit si c'est elle, elle ne me l'a pas dit, et j'en serai triste guéri. J'ai dit aussi que je ne serai plus le tampon. J'ai dit que je ne voulais pas le revoir avant mercredi.
Lui avait oublié (toujours un oubli avec Cyril) le numérique de Sophie chez moi et avait psychoté toute la nuit ; ne pouvant me joindre au téléphone pour savoir s'il était resté ici.

Le poème m'enrage. M'éloigne et m'élève. C'est là que je dépose deux messages sur son répondeur, " je ne peux pas " et l'autre où je le lui lis. Là, je pars en vélo, me laver, de l'écume de rage.

Je me sens plus puissant que tous les beaux gosses à l'infini + un…

La chair est faible, dit-elle. Elle me trouve laid, dit-elle.

Pédaler me donne de la légèreté et de la gaieté. Gai comme une pédale !
Je lui écris, enjoué, je l'appelle, je ne sais plus, nous, ce " nous " gâché appelle, écrit, dans tous les sens.
Je ne cache plus rien, la tour Vauban est bien en ruine, la tulipe est toujours là.

Discussion téléphonique… Trop long, et trop absurde à retranscrire dans ce journal. Une main me fait sursauter, Cyril. Caroline à l'autre bout du fil, je me retiens de lui dire " tu veux lui parler ", j'en aurais pleuré.

Souffle, être et paraître, fort et puissant. Tel que je suis. Mon attente en atteste. Je parle avec Cyril. Je doute toujours. Ce n'est pas tout à fait disparu. Bordel.

Je rappelle Caro et nous parlons jusqu'à 01H23… 1 2 3, on raccroche. On perd tous les deux.
Elle aime mon cœur. Mon cœur l'aime. Mon cerveau doute.

Mon cerveau est fort. Fort en tête, têtu.

Plaisirs de sa voix, plaisirs du message de Valérie qui me réconforte à propos de l'article du Magazine Littéraire, plaisirs du message de Benoît Duteurtre qui me rassure un peu.

J'ai dit " je t'aime " ce soir. A 00h58. Je m'en souviens.

Je me souviens aussi du poème…

Mon seul don est la mémoire, ne l'oublions pas…