Une journée entre tendresse et pornographie ; il paraît, selon Annabel, que Calaferte, c'est bien plus oppressant. Pourtant je suis compressé, écrabouillé, malmené, par ce double, qui se joue, là, en face de moi, dans ces messages qui arrivent synchroniques.
Je sais pourtant en moi, où cela me mènera. Je sais où je vais. Je vais où je sais. Mais pornographe, je persiste. Et j'écoute pour la énième fois " Variations sur Marilou "… Caroline n'est plus muette, elle semble bien… sauf, que j'avais eu la sensation étrange de la disparition de son chien, de sa chienne, un flash nocturne, un flash persistant… Non, la chienne dort, certainement dans sa chambre, près de son aquarium, là, où un jour, elle m'éclairait de son regard passionné. Un jeune beau gosse aux yeux bleus, lui, par contre, est mort, " le genre qu'elle aime ". Le genre qu'il est si simple d'aimer. Paix à ton âme, jeune homme mort de la chienlit européenne, du traditionalisme chevaleresque des apathiques voisins d'outre-manche… Rouler à gauche, car le pieu chevalier, droitier, sinon diabolique, tournoie son épée de ce côté… Plus personne ne se bat au glaive. On klaxonne, houspille, voire glaire, sur un pare-brise d'un automobiliste à queue de poisson, à réactions retardées, demeurées…

Je sais, je sens, je sais, je sens, je sais, je sens…

Dans les bras d'une dona trecento. Eperdu, niché, recueilli par la peau Masaccio, d'une tendre, d'un souffle… d'une quête, d'une promesse. Mon glaive, ma foi, ma bannière, ma cicatrice, ma gifle, mon duel ?... Plus de duel non plus, Caroline m'a giflé et partie avec Lancelot… " Lent a lot "… Beaucoup trop lent. Célérité, de la passion, vacarme du ventre, vacarme des nuits de tempête, vacarme de malentendu, vacarme de Maldoror.
Je prends de la vitesse, je cours vite. Il est tôt, à peine 9h. Ici, je me lève tôt, sept heures. Je cours, sur un chemin de vieux bitume. Un petit chemin un peu plus loin, j'y suis passé en VTT. Je cours, rien à droite, rien à gauche, une ferme à la finalité de ce bitume, vieux et gris. Je souris, quand je cours. Je cours que quand je suis serein. Quand je suis heureux. Je suis heureux quand je prends une décision. Car je suis un indécis, un douteux, un parano, oh. J'y ai perdu Caro, OH !

Mince, moi, qui voulais ne plus en parler. Mais, là, c'est plus du " où là là, je suis triste, meurtri, poignardé… ". Je suis au-delà, ma résurrection. Après la pieta, j'ai ressuscité. Le chemin est de terre meuble, de pierres, de caillasses, de racines, de ronces, qui s'accrochent à mes bras, je tire, m'égratigne, persiste. Je descends donc, à la route de Laugnac. Le versant est celui de l'ombre, j'ai oublié comment on appelait cela. Bon, je calme ma course, car ça pente. Un virage, un chemin de terre, je le suis. Des arbres au-dessus, en dessous, de toutes sortes, pas de barbelés. Je me sens si bien, ne plus bouger, je m'assieds sur une roche blanche, près de gros trous, j'imagine, petits mulots, gros lapins, énormes serpents… De l'autre côté, l'ensoleillé, des vaches assises attendent que je cours sur le chemin qui longe leur pâturage. J'ai envie de pleurer, je pense à la joie non partagée de ce si bel endroit. Je vis le beau, seul. C'est con, de toujours sentimentaliser. Je cours, encore, mieux.
La route est traversée, pas d'automobiliste. Rien à gauche, rien à droite, rien …de rien. Un chemin, d'ornières, de briques concassées, de pierres blanches saillantes, un chemin quoi. Trois vaches trônent sur leur flanc, elle me regarde suinter, et gravir ce chemin qui va où je ne sais où… A une grande ferme, je n'ose y entrer, je n'ose jamais me sentir étranger, comme dans ce haras, en cette journée la plus horrible de ma vie.
Je recule, me tourne, en contre sens, en marche arrière, je repars, descends, traverse la route, mais.
Dans le chemin descendu, une ombre, un chien, une chèvre, une biche, je ne sais… Je pense à la nouvelle lue hier où il était question d'une renarde blanche… Je reste figé, de ma myopie, peureuse.
Des secondes. La chose ne bouge pas non plus. J'y vais ! Un pas, la chose décampe à vive allure. Un chien. Plus loin, je cours, et m'attentionne aux moindres bruits, si nombreux. Une peluche traverse devant moi. Toujours pas pu distinguer ce que c'était. Jappements du petit chien, piaulements de poules, un coq hurle, cocorico, je peine à gravir l'angle droit final. Je respire l'air bon de la bouse de vache, merde, je glisse sur une, j'accélère. L'odeur de la ferme, le Touquin de mon enfance. Disparu, en maisons identiques, en résidences du taylorisme des transports publics.
Je cours toujours, mes cuisses m'y aident bien. Mon père fait son ciment. Il bosse toujours. Bétonneuse, ça taffe. Moi, je lis, écris, trottine, j'attends un journaliste du Sud Ouest… J'espère qu'il n'a pas lu mon passage sur les petits farfadets trapus du coin, une simple boutade à l'intention d'Olivier. Ah, deux Agenais dans les trente de la sélection, mais pas François Gelez…
Ni Castaignède.
Je suis en direct sur le site de L'équipe, la victoire sur herbe, de Grosjean… J'ai apporté ma raquette, mais la pluie, et seul… Elle me démange. Je reste assis, pourtant, devant cet écran, à lire ce que l'on m'envoie. Interlude sympathique avec Jean-Marc L. S'en suit une discussion plutôt sympathique. Avec un interlude photo assez drôle, non coutumier de l'appareil numérique, je pose, pause, longtemps, ordinateur sur genou, Bordel en main près de la bétonneuse de mon père, qui pendant nos singeries rigolotes monte un mur, " la plage " future de sa piscine adorée…

Le reste de la journée… Toujours rythmée par la réception de mails, Jérôme, Frédéric G, Alexandre M., les bordéliques. Anna R., contactée, réfléchit. Moi aussi, je ne peux m'empêcher de répondre, continuer, à tous, à toutes. Cela est malsain… Caro, m'infidèle avec d'autres journalintimiste, ça m'agace. Moi, je lui parle de mon tremblement, de ce message de gaieté, de joie, de musique et de danse. Je …
Sébastien part en Roumanie, puis Bari, Capri (la maison Malaparte, " Le Mépris "), liberté me propose-t-il… Mon ami. Mon ami. Merci.
Ma joie, ma tendresse.

Je n'arrive pas être pornographique avec… C'est Claire.