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Une journée entre tendresse et pornographie ; il paraît,
selon Annabel, que Calaferte, c'est bien plus oppressant. Pourtant je
suis compressé, écrabouillé, malmené, par
ce double, qui se joue, là, en face de moi, dans ces messages
qui arrivent synchroniques.
Je sais pourtant en moi, où cela me mènera. Je sais où
je vais. Je vais où je sais. Mais pornographe, je persiste. Et
j'écoute pour la énième fois " Variations
sur Marilou "
Caroline n'est plus muette, elle semble bien
sauf, que j'avais eu la sensation étrange de la disparition de
son chien, de sa chienne, un flash nocturne, un flash persistant
Non, la chienne dort, certainement dans sa chambre, près de son
aquarium, là, où un jour, elle m'éclairait de son
regard passionné. Un jeune beau gosse aux yeux bleus, lui, par
contre, est mort, " le genre qu'elle aime ". Le genre qu'il
est si simple d'aimer. Paix à ton âme, jeune homme mort
de la chienlit européenne, du traditionalisme chevaleresque des
apathiques voisins d'outre-manche
Rouler à gauche, car
le pieu chevalier, droitier, sinon diabolique, tournoie son épée
de ce côté
Plus personne ne se bat au glaive. On
klaxonne, houspille, voire glaire, sur un pare-brise d'un automobiliste
à queue de poisson, à réactions retardées,
demeurées
Je sais,
je sens, je sais, je sens, je sais, je sens
Dans les
bras d'une dona trecento. Eperdu, niché, recueilli par
la peau Masaccio, d'une tendre, d'un souffle
d'une quête,
d'une promesse. Mon glaive, ma foi, ma bannière, ma cicatrice,
ma gifle, mon duel ?... Plus de duel non plus, Caroline m'a giflé
et partie avec Lancelot
" Lent a lot "
Beaucoup
trop lent. Célérité, de la passion, vacarme du
ventre, vacarme des nuits de tempête, vacarme de malentendu, vacarme
de Maldoror.
Je prends de la vitesse, je cours vite. Il est tôt, à
peine 9h. Ici, je me lève tôt, sept heures. Je cours, sur
un chemin de vieux bitume. Un petit chemin un peu plus loin, j'y suis
passé en VTT. Je cours, rien à droite, rien à gauche,
une ferme à la finalité de ce bitume, vieux et gris. Je
souris, quand je cours. Je cours que quand je suis serein. Quand je
suis heureux. Je suis heureux quand je prends une décision. Car
je suis un indécis, un douteux, un parano, oh. J'y ai perdu Caro,
OH !
Mince,
moi, qui voulais ne plus en parler. Mais, là, c'est plus du "
où là là, je suis triste, meurtri, poignardé
". Je suis au-delà, ma résurrection. Après
la pieta, j'ai ressuscité. Le chemin est de terre meuble,
de pierres, de caillasses, de racines, de ronces, qui s'accrochent à
mes bras, je tire, m'égratigne, persiste. Je descends donc, à
la route de Laugnac. Le versant est celui de l'ombre, j'ai oublié
comment on appelait cela. Bon, je calme ma course, car ça pente.
Un virage, un chemin de terre, je le suis. Des arbres au-dessus, en
dessous, de toutes sortes, pas de barbelés. Je me sens si bien,
ne plus bouger, je m'assieds sur une roche blanche, près de gros
trous, j'imagine, petits mulots, gros lapins, énormes serpents
De l'autre côté, l'ensoleillé, des vaches assises
attendent que je cours sur le chemin qui longe leur pâturage.
J'ai envie de pleurer, je pense à la joie non partagée
de ce si bel endroit. Je vis le beau, seul. C'est con, de toujours sentimentaliser.
Je cours, encore, mieux.
La route est traversée, pas d'automobiliste. Rien à gauche,
rien à droite, rien
de rien. Un chemin, d'ornières,
de briques concassées, de pierres blanches saillantes, un chemin
quoi. Trois vaches trônent sur leur flanc, elle me regarde suinter,
et gravir ce chemin qui va où je ne sais où
A une
grande ferme, je n'ose y entrer, je n'ose jamais me sentir étranger,
comme dans ce haras, en cette journée la plus horrible de ma
vie.
Je recule, me tourne, en contre sens, en marche arrière, je repars,
descends, traverse la route, mais.
Dans le chemin descendu, une ombre, un chien, une chèvre, une
biche, je ne sais
Je pense à la nouvelle lue hier où
il était question d'une renarde blanche
Je reste figé,
de ma myopie, peureuse.
Des secondes. La chose ne bouge pas non plus. J'y vais ! Un pas, la
chose décampe à vive allure. Un chien. Plus loin, je cours,
et m'attentionne aux moindres bruits, si nombreux. Une peluche traverse
devant moi. Toujours pas pu distinguer ce que c'était. Jappements
du petit chien, piaulements de poules, un coq hurle, cocorico, je peine
à gravir l'angle droit final. Je respire l'air bon de la bouse
de vache, merde, je glisse sur une, j'accélère. L'odeur
de la ferme, le Touquin de mon enfance. Disparu, en maisons identiques,
en résidences du taylorisme des transports publics.
Je cours toujours, mes cuisses m'y aident bien. Mon père fait
son ciment. Il bosse toujours. Bétonneuse, ça taffe. Moi,
je lis, écris, trottine, j'attends un journaliste du Sud Ouest
J'espère qu'il n'a pas lu mon passage sur les petits farfadets
trapus du coin, une simple boutade à l'intention d'Olivier. Ah,
deux Agenais dans les trente de la sélection, mais pas François
Gelez
Ni Castaignède.
Je suis en direct sur le site de L'équipe, la victoire sur herbe,
de Grosjean
J'ai apporté ma raquette, mais la pluie, et
seul
Elle me démange. Je reste assis, pourtant, devant
cet écran, à lire ce que l'on m'envoie. Interlude sympathique
avec Jean-Marc L. S'en suit une discussion plutôt sympathique.
Avec un interlude photo assez drôle, non coutumier de l'appareil
numérique, je pose, pause, longtemps, ordinateur sur genou, Bordel
en main près de la bétonneuse de mon père, qui
pendant nos singeries rigolotes monte un mur, " la plage "
future de sa piscine adorée
Le reste
de la journée
Toujours rythmée par la réception
de mails, Jérôme, Frédéric G, Alexandre M.,
les bordéliques. Anna R., contactée, réfléchit.
Moi aussi, je ne peux m'empêcher de répondre, continuer,
à tous, à toutes. Cela est malsain
Caro, m'infidèle
avec d'autres journalintimiste, ça m'agace. Moi, je lui parle
de mon tremblement, de ce message de gaieté, de joie, de musique
et de danse. Je
Sébastien part en Roumanie, puis Bari, Capri (la maison Malaparte,
" Le Mépris "), liberté me propose-t-il
Mon ami. Mon ami. Merci.
Ma joie, ma tendresse.
Je n'arrive
pas être pornographique avec
C'est Claire.
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