Ça piaille dans mon salon, la fenêtre est ouverte, la porte terrasse également. Il fait jour d'été ce matin. Une hirondelle traverse la pièce et me frôle, si je me prenais une hirondelle dans la gueule, je ne sais pas quels effets aura le choc…
Elle semble intéresser par ma belle série de poutres, que j'ai lessivées, brossées, poncées, nettoyées, teintées, vingt au total, trois couches chacunes…
Elle se pose sur ma bibliothèque, elle chante, me parle, j'aime pas qu'on me parle le matin. Je vais chier, la porte ouverte, je surveille qu'elle ne chie pas sur mes affaires. Elle est rejointe par une autre, le couple. Deux beaux squatters ces deux-là ! Elles traversent la pièce, un raccourci, je les comprends, faut toujours prendre les raccourcis.
Bon, j'allume la téloche, Télématin. Elle parade sur le haut de ma fenêtre, elle s'en fout bien des infos, de Raffarin et des conneries sur les retraites. Elle pioupioute fort, je monte le son, on s'entend plus avec ces " squatteurs " et en plus ils chient sur ma table, bravo !
L'autre est posée dans mon dos, la fallacieuse, sur le portrait de Brasillach, la seule photo qui trône dans mon salon ; ah si, y a bien des photos de comédiens du côté des films, Serrault dans Petiot, Bernard Blier, Jean Rochefort, une photo tirée de Basquiat, une dernière de L'armée des douze singes.
Je prends ma douche avec l'angoisse de retrouver des petits amas de guano sur mes collections Blanche, mais non. Elles volent, se posent, papillonne dans des angles douillets, mais hors de question d'installer un nid chez moi, je ferme les volets, fenêtres ouvertes, tire les rideaux de la terrasse, pour laisser passer que l'air et la chaleur.
Je saute dans l'escalier, nez à mille yeux avec une araignée grosse comme la pomme de ma main, putain, c'est pire que chez Cissou ici. Je suis moyennement heureux avec une grosse bestiole à six pattes dans les parages. Bon, si elle bouffe les mouches et les gros insectes, qu'elle fasse sa mission biologique.

Midi, déjeuner avec le très mèchu Pascal Bories. Blanc comme mes fesses, mais sans les petits boutons. Plein soleil, nappe blanche et yeux plissés à la Charles Bronson. On piaille aussi, on est in. On a des projets, on sera des killers, des winners ! J'ai mal au ventre…
Une fille blonde, souriante, gracile sans fioritures excessives, simplement resplendissante, passe, c'est Bénédicte K.

Soir, le train est une fois n'est pas coutume en retard. On passe à Marles-en-Brie à 19H45 au lieu de 19h05 ! Evidemment le bus n'est plus là. Je prolonge jusqu'à Coulommiers, Cyril est peut-être à la Libération. J'ai le temps d'écrire mes mails, de lire certains nouvelles, d'écouter mes MP3 des Wampas, de regarder le début de Big Lebowski, jusqu'à la cène de Jésus au Bowling.
A la Libé, pas de Cyril, un petit gars, vaguement connu au bahut lors de ma décennie de pionnicat, arrive enjoué, satisfait, il a désormais le permis et une chouette et grosse R21, " c'est costaud, j'ai appris sur des 306 ", dit-il avec un long sourire comblé… de l'enthousiasme bordel !
Il y a une nuée de types, je suis heureux de voir l'endroit aussi vivant, au fond, toujours, au mur, l'âge d'or, photos des 20 ans de Sophie, de nos soirées glorieuses… Respect à la Old School (hi, hi, hi).
Je pars téléphoner dans une cabine, le son est poucra, mais Cyril comprend, et je comprends qu'il passe. C'est sympa.

De retour à la Libé, où tout le monde se salue, se sert la main, ceux que je connais évidemment, mais ceux que je ne connais pas aussi, " on " joue tous à un blind test sur les musiques de séries et dessins animés, ça pulse dans nos souvenirs, les pressions coulent, le sourire sur nos faces, le PIED.
Derrière-moi, deux petites mignonnes, une brunette épaule gauche dénudée, blonde au regard translucide vert, deux seules présences féminines du bordel.

Cyril arrive triomphalement sur la musique de Magnum ! On est bien… Discussion, avec tous, avec elle, l'une d'elle est la fille de l'excellente intendante de l'infâme lycée où je bossais, pionne également… Avec Cyril, on prend un Grec, on revient bouffer au bar, du monde, du monde, que c'est bon. Puis, une trentaine de jeunes types débarquent vers les onze heures, tous te saluent, l'équipe des jeunes. Une bien belle émulation. La vie est là. Dans la joie, la bamboche mesurée, la confrérie, la solidarité… est-ce le jeune fasciste qui parle en moi ?

Je discute même avec un vieux " brigand " de Touquin, un bien sympathique brigand, Gilles. J'ai connu la plupart de ses frangins, voisins de derrière, 10 garçons et une fille, Nathalie. Il m'apprend qu'il y a un dernier, Julien. Je m'étais arrêté à Rémi, bordel, ça fait onze gars alors !
Souvenirs, souvenirs encore, nos instituteurs, Gilles est de 1967, mais on a connu les Parisot, et des mecs en commun. On se rappelle de notre enfance, de mon grand-père qui gueulait contre les pigeons au fond de leur jardin, des brigandages de mômes, des avions en papier avec des épingles à l'avant pour piquer le cul des vieux… mais aussi de nos potes, de nos parents, des tristesses des uns et des autres. Les yeux brillent, ce n'est pas seulement l'alcool.

Le passé revenait, coulait, bruyant comme ces billes lancées sur les tôles de la véranda… Un bruit métallique, d'acier, de joie et de mort.