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Tu sais ce que c'est, cet amour, je crois, mon Million ? Juste de l'image
et
des mots (tu me diras c'est déjà pas mal, mais il y a
tant d'autres choses
en dessous, plus profondes). De l'image projetée de ce que ça
pourrait être,
et ne sera jamais (même si elle te tombe dans les bras), du fantasme
sentimental. Et des mots pour faire beau, juste pour décrire
le manque et la
douleur, des mots pour mettre de jolies fleurs sur une tombe vide. Je
crois
qu'il n'y a rien d'autre que l'envie d'être aimé : le souvenir
d'avoir été
aimé, adoré (mais c'était de l'amour toc : l'âme
n'est pas ce qu'on aime, il
faut aimer le corps et les gestes, les sons, les lueurs dans le regard,
et
l'âme aussi bien sûr, un peu seulement, pour l'intelligence
qui est loin
d'être tout), le souvenir d'avoir été aimé
et le besoin de continuer à
l'être. Caroline, elle, n'a pas grand-chose à voir dans
tout ça. Où est son
âme, dans ton amour ? Où sont ses gestes, hormis ceux qui
t'étaient
destinés ? Où sont les lueurs dans son regard quand il
n'était pas tourné
vers toi ? C'est un miroir, qu'il te semble aimer. Pas une femme.
Ph.
C'est
dur ce que tu me dis là, mon p'tit père...
Mais je pensais justement ce matin à cette quête de l'adoration,
dans le RER, hier, j'imaginais ce qui aurait pu... "le bébé"...
elle qui le 6 juin, me chuchotait "pas de bébé"...
Un mois jour pour jour, je n'avais pas fait mouche.
"
Oui, je suis miroir de moi-même, de mes attentes, de ma frustration,
mais je lutte tout le temps, de la rage de prendre ce train, de me pointer
en bas de sa tour, bordel ! Un regard sur moi j'aimais certes. Tu as
raison, il y a du narcissisme flagrant délit, oui, mais c'est
une femme d'où venait ce regard. Une femme dont j'aimais tout,
à ma grande surprise, loin des fantasmes préétablis,
bordel, tu fais chier ! Tu fais chier ! J'ai tout qui me revient en
explosions, sa chatte, ses halètements, son souffle dans mon
oreille, le bruit de sa colonne quand elle se pencha pour me sucer,
la première fois, son rire, sa tête renfrognée du
samedi de son départ vers Cyril, ses jambes croisées dans
les champs lisant Beckett, sa voix nostalgique lorsqu'elle parlait de
ses élèves, sa voix sûre lorsqu'elle évoquait
ses projets Ciné, sa voix plaintive lorsqu'elle réclamait
"toi, toi, toi"... Sa voix d'au-delà, lorsqu'elle me
parlait de l'Inde. Sa voix, bordel, je l'ai tout le temps en tête.
Son regard... oui... ses soubresauts, oui... nos nuits passées,
elle endormie en mon creux, après m'avoir tant et tant demandé
"fais moi l'amour", et moi, niet, niet, niet... puis, je la
portais dans la chambre, nous dormions ensemble... sa peau chaude...
son sourire le matin, alors qu'elle ne sourit jamais le matin. Ses yeux
et sa voix qui m'engueulaient, me reprenaient, me guidaient quand je
me prenais mal à lui caresser ses jolis petits seins, jolis tout
bêtement, tétons rouge, rose, pourpre, que je n'ai pas
assez mis en bouche, en lèvres, en langue, en feu... Je pense
tout le temps à ses chants lorsqu'elle cuisinait. À la
voix rauque qu'elle prenait, à son accent écossais, aux
petits grains de beauté posés sur son épaule droite,
à ses petits mollets musclés et à la râpeuse
pilosité, à son regard, putain, tu veux me faire chialer
au taf !
Oui, je me complais à regretter cet amour, me complais à
me morfondre sur mon nombril... un miroir, c'est ce qu'il me reste...
"
Elle
est partie avec un autre, Stéphane.
Un autre moins bien que toi.
Elle est partie.
Je dis
ça parce que, pendant ce temps, d'autres passent. Elle, elle
est partie. Avec un autre moins bien que toi.
Ph.
A la terrasse
de " Prune "
Claire me dit " je pense que tu aimes
encore Caroline ". Je prends conscience que je ne pourrai pas la
toucher, l'enlacer, l'embrasser. Son regard noisette me targue, me cogne,
me frappe, me claque. Mais rien, rien moins que rien en moi. Je ne peux.
Je me dis ici n'est pas le lieu. Galocher en rue, ne suis pas Gavroche,
les ruisseaux, tout ça, tout ça, c'est la faute à
l'ego. Ma main sur sa cuisse, rien. Je suis plein de rien. Et le mail
de Philippe, sur mon nombrilisme narcissique. Je me complairais à
un je de miroir, de reflets, moi qui fuis tant le mien. Claire m'avoue
qu'elle est triste. Je ne peux rien dire que de sordides banalités.
Je ne puis rien faire d'autre. Je ne peux l'embrasser au carrefour de
notre départ. Je ne peux rien. Une qui passe. Rien à faire.
Narcissique, nombriliste, égotiste, je suis un gouffre.
De profundis
Je somnole. Dérive. Sur un radeau. Médusé
de ma mollesse. Navrant dit-elle. Hier, elle trouvait mon visage marrant,
tant que cela n'est pas navrant avais-je cabotiné
Je cabotine
encore, pour finir
Marrant, hier, navrant, aujourd'hui, c'est marrant.
Je suis irrécupérable.
Je repense
toute la journée à la question de Claire, que je ne m'étais
jamais posée, bizarrement, étrangement, comme ça,
" et si elle revenait ? "
Je ne sais pas quoi répondre.
Horrible séisme. Que faire ?
Un sale trou dans le bide, voilà, ce que j'ai toute la journée.
Philippe, Claire, tout brouille, s'acidifie, s'intensifie, bile en vrille,
sang en vrac. Et Bordel, oui, ça manque de RAGE. Bordel, je manque
de rage. Morfondeur du temps passé.
Réagir. Ne reste pas à Paris ; où je devais peut-être
dormir avec Claire
Ces mots de tendresses balayées par
mon égoïsme. Par mon magma stomacal. Mon cri du ventre :
Bordel ! Tout se fusionne, revue, Claire, les choses à faire,
Caroline, l'envie qui disparaît, l'envie de larmes, l'envie de
se gifler, l'envie de dire pardon, pardon à Claire que je n'ai
pu toucher, mes membres pris comme dans un piège arthrite. Ils
ne bougent pas. Que faire ? Rentrer chez soi, ne pas rejoindre Régis,
Mathias, Flo, sa sur. Sa sur qui n'aime pas le principe
de ce journal, Mathias qui va me faire culpabiliser, pour la revue,
pour tout ça
Je n'ai plus de force. Plus rien. Plus rien.
J'ai cru à. J'ai présumé de. J'ai été
trop fort, trop vite.
Je baisse. Dirait Desproges.
Quelle pitoyable lamentation
Bordel, putain, merde, et cette revue,
et tout et tout et tout et tout
Je sors
ma lessive
je zappe
Les gendarmes
C'est terrible,
De Funès me fait penser à Caro
Marre
Je deviens dingue.
Le ftp
merde, tout merde, ... et ce message de Ph. qui vient me clore
sur ma croix, de la passion.
Ah
non, ah non, j'dis pas que la vie pas fastoche c'est mieux. Je dis :
le
conditionnel, c'est trop fastoche. On peut toujours en mettre partout,
mais
ça n'a rien à voir avec la vie. Ce que tu écris
depuis quelques jours sur
Caroline, ça n'a rien à voir avec la vie. La vie, c'est
: elle s'est barrée,
elle t'a dit grosso modo je t'emmerde, va te faire foutre (en pire,
même,
putain). Et tu pleures sur un avenir virtuel ? Un bébé,
de la tendresse et
de la complicité, toi qui l'attends bras ouverts au retour de
ses nombreux
et lointains voyages ? Monsieur C., c'est Monsieur Caroline, j'imagine.
Tu
veux être ça ? Monsieur Caroline ? Million, nom d'un singe
à cul rouge !
Taïaut !
Ph.
TAÏAUT
!
ftp merdouille toujours
Je me branle (la troisième fois)
devant une fellation d'un film d'Alain Payet, alors que j'aurais pu
être avec Claire, je me sens merdeux
Je bouffe un chèvre
entier devant la scène West side story du Gendarme
J'aime pas ce que je descends. Voudrais bien disparaître ce soir.
Même le Pécas, qui pointe le bout de sa nanardise, ne m'emplit
pas de joie
Pas de message d'elle
ça me tue
Je ne suis qu'un petit con
Claire,
Je suis
Plus rien.
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