Il est neuf trente. J'ai déjà fait la vaisselle, lancé une machine à laver, la literie, passé l'aspirateur, fait les poussières, viré quelques trucs, répondu à mes mails en retard, et même nettoyé les fichiers de mon ordinateur.
Il fait beau. Caroline est partie avec Cyril hier soir. Sans rien. Sans me dire un mot tendre, sans me prendre la main, sans me toucher les joues des lèvres. J'étais abattu par cette double trahison, et je me refuse à y voir mon entière faillite.
Elle voulait Cyril, ce moment était en elle dès le début. Elle voulait cette tension, cette souffrance… peut-être le seul moment où elle fut bien (en elle, pour elle) fut la fougue de mes baisers lorsqu'elle était assise sur les gogues, et qu'elle me suça. La violence de cette scène, je la compressais fort sur l'émail, si fort que sa tête heurta la chasse, et l'eau lui mouilla le cul et le con. Son joli con que j'aurais dû manger au lieu des brochettes de Cyril. Je fus un pathétique pion dans le jeu, la vengeance (son passage à Paris où je fus absent, glauque dans mon canapé) de Caroline. Elle ne m'a pas laissé la chance, après l'énorme pas de vendredi, de me montrer tel que je suis. Tel qu'elle aimerait être prise. Fortement et violemment, avec imagination. Elle a préféré voir Cyril, son univers, dans l'ultime désir de l'embrasser et de se faire baiser par lui. Sans penser qu'elle détruisait, tout, tout ce qui fait grandir, pourtant. Je suis un gamin dans sa bouche, je suis laid dans ses yeux, et je ne sens pas ma bite quand elle se la met dans la chatte. Car je sais tout cela. Je sais que je ne suis qu'une cristallisation.

Le soleil brille, la brocante est à Touquin (verrais-je Anne Cécile ; je ne le souhaite pas), Régis rentre du Mexique et propose de boire un verre pour son jour d'anniversaire.
Mais… je suis actif, mais mécanique : aspirateur, chiffon, éponge, lessive…

C'est con, car j'aurais pu être " sm " avec elle, si elle avait été un peu patiente. Vendredi fut une journée particulière. J'aurais pu m'embraser aussi à partir de ce moment. Non, elle me le répéta encore, sur le canapé, " je roulerais bien des pelles à Cyril "…

Je vais filer les courses que j'avais faites pour elle à ma mère. Je ne pourrai pas les manger, je peux à peine sentir leur existence.

J'ai perdu un ami, et une femme m'a perdu.

Ceci clôt cette dérageante histoire.

Nul ne m'aura nui autant. Jamais. Ce " jamais ", qu'elle déteste que je dise, est si vrai. On ne m'aura jamais fait autant de mal.

Les souffrances passées avaient construit une tour (" la tour Vauban "), une tulipe blanche (amour pur) avait poussé sur cette ruine, heureusement vaincue, mais le piétinement était inéluctable.

La tulipe n'est plus.

Où elle en est…