Je me réveille la gueule pâteuse de celui qui a mis genou à terre. Cela ne me ressemble pas, je fonds… de mes illusions. Philippe doit être tout honteux pour moi, de ce flot de bêtises sentimentales absurdes, inutiles, larmoyantes, pathétiques, grotesques, irréfléchies, sincères. Ma respiration reprend, des messages de Caroline. Je reprends souffle. Un message de Claire, j'ai peur de l'ouvrir, de le lire, d'y lire trop de tristesse, de la colère. Elle se montre compréhensive, une deuxième chance, un dîner ensemble, tous les deux, au studio de Sébastien.
Je flotte entre deux aulx. Aïe, aïe… Je ne sais pas quoi répondre, là, au moment de la lecture. Je ne me sens pas de force…
Cela était attendu, les messages pour me sermonner de mes faiblesses, de mes geints, de mes écorchures…J'en avais besoin, c'était écrit. Isabelle m'interpelle à ma grandeur, à ma dignité.
Philippe plante son drapeau (quand un message arrive, un drapeau le signale)… Il va dans le sens du mail d'Isabelle, dans le sens de mon éveil, dans le sens qu'a pris cette journée. La journée où il ne fallait pas parler trop vite.

[Message de Vanessa P., évoquant sa présence dans mon rêve où je finissais tête écrabouillée par Cyril ; Eda, une soirée, ce soir, le seul où je ne puisse pas ; Céline, amie de Franck qui nous a cyber-présentés, mais j'ai trop la tête dans le pathos pour lui répondre… Encore des messages de Caroline, m'énerve grave avec Cyril ; il ne sera jamais plus RIEN pour moi… et puis fuir pour me laisser aimer les corps des filles que j'aimerais tant ; me dire ça, elle qui s'est barrée avec un body. Oui, va à la plage. Et arrête d'être une idiote. Mes conditionnels auraient pu être un présent, dans un futur proche. Idiote !]

Je suis sur la place, à attendre le bus. J'aurais pu prendre le précédent. Mais j'ai respiré. Au lieu de m'activer. Je pensais être seul, en ce mois de juillet. Laurent, le petit blond amouraché à la bave de Nathalie Portman, est là ; hier, je disais à une conductrice de bus qui me demandait de ses nouvelles qu'elle n'était pas prête de le revoir, qu'il cherchait du boulot, attendant chez lui les réponses de ses concours. Nous discutons. Il y a aussi une jolie blonde plantureuse, fesses fermes, larges, à paumes, seins ronds, blancs, laiteux. Fine pour autant. Il me demande des nouvelles de la revue… Je lui dis que j'ai envoyé un exemplaire à Anne Cécile, mais pas de nouvelles. Il l'aurait vue la semaine dernière. Ce mois-ci, elle travaille, m'avait-elle dit dans le bus, avec Caroline. Je ne la reverrai pas de si tôt.
Dans le bus, évidemment, Anne Cécile. Ce matin où Caroline reprend l'écriture de mails. Je la remercie de sa présence. Me parle de mon édito, jolis yeux un peu humides. Je dérive vite sur Caroline, notre voyage à trois dans ce bus le jeudi 5 juin. Je crois. Ou était-ce le 6. C'était le 6 ! Je lui parle de Caroline, de toute l'histoire, l'invite à la lire. Elle a de justes réponses. De justes propos. Je la remercie d'être là, aujourd'hui, moi et mes sacrés signes.
Danièle est là également ; c'est un peu un best of du bus aujourd'hui. Je ne suis pas seul.
Je ne suis pas un pleurnichard. Dans le RER, nous parlons, elle, elle accroche bien Edouard Baer. Elle nous parle du " Bison "… Elle est charmante. Cela me donne de la force pour la journée, d'ailleurs j'exulte un peu fortement dans ce wagon, de ma chevalerie retrouvée. Des envies de reprendre les rênes, de contacter untel et untel. Ne plus penser à Caroline partie pour me laisser m'initier (sous-entend-t-elle), trouvant dans un beau gosse, qui l'est de moins en moins, un moyen de survie.
Rejaillir enfin !
Telle est ma quête !
Je m'en veux de ses hauts et bas. Je m'en veux. De mes faiblesses. De cet étourdissement de tendresse. De cette conviction qu'elle m'aime, et c'est bien cela le plus terrible. Le temps ne détruit rien. C'est nous que le gâchons, l'insultons, par nos fuites.

Céline H., amie épistolaire de Franck, m'apprend un mot : algolagnie, volupté dans la douleur. Et pourtant elle ignore tout de ce journal. De ma conviction Caroline, qui j'avoue flanche par son obstination à vouloir être heureuse sans moi ; est-ce concevable ?

Claire, blessée, mais si tendre, si patiente, si compréhensive. Je me sens nul. Je me pensais fort, et j'ai chuté. Encore la même ritournelle. Mais ça tourne. Elle est triste, c'est triste, le souffle, la tendresse, j'ai présumé de ma force. De mon temps. Je ne veux pas la blesser plus. Elle me comprend, m'attend, m'accompagne dans cet étrange gouffre. Et je commence à percevoir des ombres, sortir de la caverne. Rompre les illusions. Chasser les regrets.

Une personne s'est connectée à ce journal via la faculté de Marne-la-Vallée. Anne Cécile ? La pauvre, a-t-elle été effrayée par mes dérives, mes vagues à l'âmes, mes ressacs incessants de lames Caroline. Anne Cécile, si tu reviens vers ce journal, beloukia@wanadoo.fr
Beloukia, héroïne éponyme d'un roman de Drieu, passion en Perse, maîtresse de Drieu (Christiane Renault)…

Chez moi, mes grands-parents souriants. Dans le Pays Briard, un chouette portrait de moi, de Bordel, de ce journal. Ma gueule, pâtre joyeux, pas trop laid. Je deviens photogénique. Mince, ce journal vouée à la lecture de mes voisins, ma tribu… Ne pas y penser. Je n'ai jamais vraiment pensé à ceux qui lisent en écrivant, je m'extrais de tout cela. Déjà, un message, une jeune fille de Touquin, partie en 88, je me souviens un peu de son nom, mais en 88, j'avais 13 ans.

Agnès de Valeurs Actuelles (j'ai pas encore lu son papier moqueur) décommande notre déjeuner de jeudi. Demain, je vois une jeune pigiste, donc, Véronique. J'envoie un message à Carole, avec qui j'ai déjeunée ce midi, sympathique femme surdiplômée, au chômage donc, mère de deux enfants, et auteur d'un livre pour sa fille lors de la perte de son doudou. Elle m'avait envoyé une nouvelle pleine de langue, de style et d'audace, sans trash, sans grammaire martyrisée, elle trace un cinglant portrait de l'île de Ré, et de la bêtise bourgeoise. Délicieux.

Claire me pense. Me panse.
Je vais me reposer. Oui.