Je me sens retrouvé, le temps m'y aide. Les ponts sont de bénéfiques alliés. Je prends de la distance, retourne à l'essentiel. Mes bols d'air, mes virées longues et adoucissantes en vélo, mes courses à pied le long de mes chemins d'enfance, mes parties de tennis et la sensation de puissance. Sensations de vitesse, vélo, sensations de corps, la course à pied, sensations de puissance, le tennis. Sensations de vivre. Essentiellement vivre. Loin de la frénésie factice. Retour à l'important.
Hier, après le départ de Jessica, je suis parti une heure à toute vitesse pédaler dans les bois d'Hautefeuilles ; " pédaler ", " bois ", les mauvais esprits nourris de conneries viennoises en détermineraient des absurdités bien dignes de leurs viennoiseries.
Là ce matin, je suis encore sur la selle… Certains y décèleront mon goût immodéré pour les chiottes et mes longues séances (de séant) de lecture sur le trône, ici, j'imagine mes amis me balancer au visage mes années de jeune monarchiste, si peu convaincu pourtant.
Je passe voir ma mère à l'école maternelle. Les enfants, alors non, j'entends les mauvaises langues, et mes fantasmagories pédophiles, certes, mais là, je vous intime de vous la mordre. Ça court, dans tous les sens, ça crie, dans tous les sons, ça vient te dire bonjour, te demander qui tu es. Etre le fils de Corinne est une auctoritas. Les enfants ont du mal à capter que ce grand garçon à la barbe bordélique puisse être le fils de la gentille Corinne, leur meilleure copine. Un petit mange une part de chocolat et demande candide et pourtant sûr de lui " il y a des lentilles dedans ? ". Des lentilles ! Je me demande bien ce que sa mère peut bien lui faire à manger à ce petit. Un autre qui vient visiblement de s'engoinfrer deux parts geint, interrogateur, qu'il n'ait pas eu de gâteau. C'est bientôt l'heure du midi, du car, des mamans, de la cantine. Des petits sourire sur la trogne courent désordonnés dans la grande salle, je discute avec Céline, une charmante jeune fille qui bosse quelques jours à la Maternelle, je crois, et les autres en primaire, si je ne me trompe pas. Je l'avais captée illico, dans un virage, j'étais en vélo, j'allais à l'école justement pour voir à quoi ressemblait la nouvelle " emploi jeune ", et j'avais croisé une ravissante jeune fille, avec de jolies formes…
Elle confirme, ce matin, ma juste sensation.

Il pleut, merde, je devais faire un tennis avec Francis. Je mate un peu les matchs du Master de Rome, pas grand monde dans les gradins. Je tourne en rond. Je dois faire en sorte de perdre le gras qui enrobe mon torse jadis maigrichon. Dans mon grenier, il y a une bien une vierge machine à musculation. Le grenier est certainement une toile géante. Il y a qu'une fenêtre pour apporter un peu de lumière et d'air, lorsqu'elle est ouverte. Bon, j'y vais. Je suis un baroudeur, un Dieuleveult, un conquérant de la lumière !
Je débarrasse le passage de la porte du grenier, cachée derrière un grand rideau sombre dans mes chiottes, où s'entassent mon aspirateur, mon seau et serpillière et des trucs, une raquette, des couvertures…
L'escalier est un tissage de toiles et de poussière, je traverse courage au cœur. J'essaie de ne pas trop les déchirer avec ma tête, mais bon… Dans la grande salle au sol incertain, je trouve le fusible de la lumière, je prends un balai et casse les toiles suspendues verticalement jusqu'à la fenêtre. Envahie de toiles, je ne peux pas vraiment l'atteindre en raison d'une grosse poutre tranversale. Je vire les grosses toiles avec le balai, tente de tourner la poignée avec la brosse, mais rien, c'est agenouillé que j'ouvre la fenêtre libératrice. Que les oiseaux viennent se nourrir de araignées ! Je balaie au sol, la machine aussi. Je pousse la poussière, les amas de soie dans des coins obscurs. Je redescends et passe l'aspirateur dans l'escalier. Je suis plein de merdes, de fils dans les cheveux, mais je suis triomphal !