A force d'écrire sur le vide, il fallait bien que je le vive. Je vis le vide depuis dimanche midi.
Plus de nouvelles de Caroline, ni de Cyril.
Elle doit prendre le TGV là à l'instant, au moment où j'écris ces lignes.
Je n'arrive pas à les avoir. J'ai dû laisser deux messages ce matin, à chacun. Ils ne passeront pas me dire au revoir. Elle repartira chez elle, sans me revoir. Ou restera-t-elle quelques jours de plus avec Cyril, dont c'est l'anniversaire demain.

Je repense à certains de ses reproches : je refuse les choses simples.
Je ne mange pas ses pâtes car je sens bien qu'elle va me quitter avec Cyril.
Je n'aime pas chier avec du monde près de moi mais je l'ai couverte de baisers, me suis fait sucer alors qu'elle était assise pour caguer.
Je ne me suis pas lavé après notre balade de samedi et avant que Cyril arrive pour dîner, évidemment, je savais que le moment était venu.

Elle ne serait jamais allée chez son amie Isabelle, elle voulait baiser avec Cyril. C'est ça être simple.
Ce qui aurait été simple, c'est qu'elle soit tombée amoureuse de moi. Mais elle ironise sur le " tomber ", cela est douloureux.

Ce n'est pas une prison. D'être amoureux. Et je sais qu'elle l'est ; elle me l'a dit.

Pentecôte, je tourne encore en rond dans ma maison. Je regarde des gens aux chaussettes hautement relevées passer sous ma fenêtre. Ils vont à la brocante.

Sébastien et Rodolphe m'appellent. Et se montrent des amis. Je suis heureux pour Cyril car Caroline est une fille pour lui. Mais elle est aussi une femme à qui j'ai dit je t'aime et qui m'a dit je t'aime. Avec qui l'histoire fut trouble. Mais vendredi, elle aurait dû mieux comprendre mes erreurs passées. Ses conclusions furent la fuite, se réfugier dans le simple, le simple du beau garçon.

Je lui écris :
"
je ne suis pas Dupontel...
je sais que j'ai provoqué ce couac, que tu y as aidé aussi...
mais je sais aussi que j'avais peur de l'amour, sentiment, langue, sexe...
et que je n'ai plus peur.
je sais que tu as peur aussi du sentiment amoureux, tu n'as pas en avoir
peur : cela ne t'empêchera pas d'aller, de faire, de créer quoi que ce soit.
tu as peut-être pris énormément de plaisirs avec Cyril.
j'ai peut-être pris moins de plaisirs, et alors... tu sens ce qu'il y a en
nous !

j'ai eu peur et t'ai insulté
tu as eu peur et tu es parti avec mon ami, un beau gosse aussi

je ne cherchais pas la pureté dans mon attente et solitude... mais une fille
avec qui je puisse ETRE.

tu es une fille ainsi,

tu es une fille dont j'aime la peau

tu es une fille avec qui j'ai envie d'écrire

la peur fait faire des bêtises, tu en fais aussi et pourtant tu n'avais pas
peur de la chair.

tu es partie au moment où ma peur devenait une intensité, la transition fut
cette rage : je suis certain que tu m'aimes, mais j'ai senti ta peur, qui te
poussa vers Cyril.

dis-moi que cela est ainsi

je t'aime

Anne Cécile est belle, douce, etc... elle a son ami, et je ne veux pas
l'être.

bordel, c'est une créatrice que j'aime
pas, les objets

je n'embrasse pas un objet, d'Art

tu me manques

sm
"

Dimanche matin, dernière souvenir de sa voix… Elle reparle d'Irréversible et me compare à Dupontel. Ce qui m'enrage. Tout ce qu'elle me reproche fait l'essence même de mon écriture, de mon journal, de cet homme qu'elle aimait, qu'elle reçut comme un messie dans sa maison de Roquebrune.
Cyril lui a été imposé par moi. Ce fut l'objet de notre faiblesse. La faiblesse de la peur de toucher une femme chez moi et la faiblesse d'une expérience traumatisante pour elle.

Elle est partie.

" Je suis seule, tu es seul, nous sommes toujours seuls " dit-elle. Gaspar Noé l'a trop marquée !
Merci Gaspar.

Il faut que je fasse illusion : Bordel compte sur moi.

Mais permettez-moi d'écrire encore " je t'aime, Caroline ".

J'appelle Caroline, elle devrait être dans le train, mais je sais bien qu'elle est restée chez Cyril. Je laisse un message et appelle ensuite Cyril. Chez lui, avec elle. Je passe les voir. Mon grand-père m'emmène, je rentrerai avec le vélo de Cyril.
Je les trouve tout stone, petit bédo, gueule de bois de la veille, aux Sources, avec Hugues, à droite et à gauche. Je discute, c'est moi qui parle. Caroline a de grosses cernes sous les yeux. Je les invite à sortir, et remarque sa paire de baskets qu'elle avait emmenée pour laisser " en otage " chez moi suspendue au plafond.
Dehors, elle se sert un sky avec glaçon, Cyril, un ricard. Je ricane intérieurement, au moins chez moi, elle ne buvait pas et sa frénésie sexuelle n'avait nul besoin d'alcool. Elle me glisse que c'est bien, je lui dis remercie-moi, je suis le père Noël, elle s'exécute.

Je regretterai son joli sexe si facilement humide, si doux, et son joli sourire une fois ouvert…

Sa bouche, le souvenir de mon sexe pourpre qu'elle posait délicatement sur sa langue. De sa main qui jouait avec mon prépuce. " Je suis heureuse que tu ne sois pas juif "… dit-elle, malaxant mon sexe.

Désormais je ne suis plus la " plus jolie bite qu'elle ait vue… "

La voir stone, sous alcool, avec cernes… ricanante… bordel, nous nous sommes dit " je t'aime "…

Cyril semble s'en foutre. Heureux les bienheureux…