Il fait une moiteur ingérable, et je n'ai pas le courage, l'envie de prendre une douche, j'attends que la nuit se rafraîchisse un peu. Je viens de quitter Laurent au téléphone, parti boire un verre à la Libération. Je le rappelle presque aussitôt pour lui proposer de passer prendre des livres, même le Beigbeder dédicacé dont je rechignais à me séparer, même le temps d'une tierce lecture. Laurent, la pêche, la lecture, la solitude. Il me parle de l'écriture et de la solitude, ou est-ce la solitude et l'écriture. Je lui parle de mon expérience, de cette soirée où je décide de rester seul, pour écrire, même si je ne pianote aucune phrase. Je les écris tout le temps, toute la journée, j'écris. J'invente des aventures avec les personnages que j'observe, je pense à toutes ces scènes où j'aurais dû. Dire cela, faire cela, c'est stupide. Laurent me demande s'il est dans ce journal, il en serait ravi, mon ami le pêcheur, mon ami le lecteur. Il me parle de son agréable surprise à la lecture de Laclavetine. Me dit qu'il ne sait plus quoi lire, qu'il relit. Nous parlons de Philippe, nous nous accordons le droit de relire le Chameau sauvage. D'ailleurs, l'histoire qui baigne en moi depuis ma rencontre avec Audrey, je l'écrirai avec la fougue, la fuite, le rythme du Chameau, et une volonté stylistique précieuse telle celle d'Arsand. Je mixerai. Je relie. Laurent est donc parti à la Libération, y rencontrera peut-être Rodolphe. Je n'ai pas eu de news depuis son départ après la défaite du PSG. Fabien qui était là aussi est parti dîner chez Seb V. (un vieux pote de mes années collège) doit me rappeler vers 23h30. Dans une heure quoi. Il fait lourd et je n'ai pas envie de sortir, d'aller aux Sources, devoir mettre un pantalon. Je ne supporte plus que les shorts. J'écroule toute ma triste ambiance sur un drap. Un oreiller pour me caler la tête. Les résumés de foot se succèdent, mes paupières faiblissent. Entre l'écran et moi, sur la table réfléchissante, des cadavres de pistaches, de chips, je n'ai mangé que ça aujourd'hui. J'arrive à rester à flot. Mes messages restent sans écho, comme ceux de Claire auprès de moi. Je m'endors et me libère en rêvasserie. Fabien sonne comme prévu. Je ne sais pas trop, je me réveille, encore dans la zone désagréable du rêveur revenu à la réalité. Je réfléchis et le rappelle. Je regarde mes mails, une agréable surprise, le retour de Yann M. J'espère un appel d'Audrey, et c'est Laurent, Claire, Cyril, Fabien, Rodolphe, Jean-Michel… Je convoite un mail d'Audrey, et c'est ce cher Yann ! Le destin est drôle, comme un épisode de Seinfeld, des Simpson, de Drew Carey, de Dream on, de Friends, de South Park

Je mate un épisode des Simpson où sont pastichées toutes ces séries. J'informe Fabien de ma douche, je ne bouge pas. Rodolphe est sur répondeur. L'idée d'y croiser Cyril et Caroline me glace un instant mais l'envie de voir leur regard me darde un peu aussi. Je pense à elle, à ce jour anniversaire d'une semaine. Je me jetterais bien par la fenêtre, si j'avais la certitude de ressusciter. Je suis tiraillé désormais, ça me mitraille de partout. C'est un cap important de cette expérience quotidienne d'écriture, quand le jeu de solitude est reflété dans les miroirs de mes rencontres permanentes. Pourrais-je encore dire que je me suis masturbé cinq fois aujourd'hui grâce aux générosités de thehun.com ? Que j'ai pensé à elle 86 400 secondes aujourd'hui ?

Fabien doit passer avec Sébastien V. donc. Ce dernier possède un Porsche 996. J'écris un mail, le dernier (?), tout ça parce que prendre une Porsche est synonyme de mort…

Ce n'est pas en Porsche que les gaillards viennent m'embarquer, c'est un sursis.
Je parle plaisante rigole dans la caisse. Je suis derrière à la place du chien… Par quel chemin, les positions fœtales de Requiem for a dream stroboscopent et se mêlent à une autre position identique. La route défile et me mène dans un passé, tout cela a rejoint le passé, un passé dont je n'avais pas pris la mesure. Aux Sources, ma vitalité se perd en ruines, en flagrances, en réminiscences, assis ici, balade par là, tout se rejoue. Tout se reperd. Dans les films, il y a toujours une seconde chance. Mais le héros est un bellâtre séducteur, pas un gringalet gras maigre automutilant en écritures inutiles. " Combien va-t-on en vendre ? " disait Fred au sujet d'une édition de l'année 2003. A quoi cela sert-il ?

Verrai-je la fin de l'année… Je suis certain que si. Pour le moment, je suis dans une aboulie face à la vue des jolies filles (ce soir, je fus poète eunuque), et je n'ai qu'une veine, qu'un flot de sang, qu'une direction artère, vers Elle. Je crois que je suis dans " ces passages calmes " que VTC trouve dans ce journal et qu'elle couperait en cas de publication. Mon envie est en attente. En distance. En arrêt. Ces périodes de latence sont pour moi essentielles, elles sont aussi vraies que mes fulgurances passionnelles. Dans la vie, je suis toujours d'humeur égal, dans le rythme, dans l'esprit, dans le relationnel. Ici, j'ai la liberté du blues, de la tristesse, de l'humiliation. Il est 5h. Un dernier mail à Yann & Audrey. Je suis vivant. Je me couche sur ces draps.

J'ai les mots de Fabien en tête, " on a tous bien évolué depuis le lycée, toi, tu étais dans le relationnel, à connaître tout le monde, à créer des liens, et désormais tu bosses dans la pub "… Je suis dans le relationnel depuis toujours, l'idée se forme précisément dans la bouche de cet ami qui apparaît toujours aux moments cruciaux (après le départ de Caro, et là donc). Les Sources, ce soir, Hugues et Stéphanie qui me parlent de Cyril, tout heureux avec Caroline, de leur départ prochain pour l'Italie… A ma mine figée, je leur explique l'imbroglio, ma non haine, mais ma persistance à ne pas vouloir les revoir… Je m'évade de leur présence, je me sens mortifère. Je m'endors avec ces phrases, ces vues, ces cuts de la semaine passée…

Force ! Pathétisme ! Horreur !