La chaleur est accablante, l'air a été pris en otage, la suffocation est proche. Je suis étalé sur le grand lit, dans une chambre qui n'est pas la mienne. Près de moi une énorme couette blanche, qu'est-ce que je peux faire avec ça ? L'absence d'air m'opprime comme son absence de nouvelles. Je suis fatigué de guetter un mot d'elle. Je suis allongé là, dans une chambre près de celle de mon père et ma belle-mère, celle que j'avais la dernière fois est occupée par un charmant couple d'amis et leurs deux jeunes enfants, trois ans et neuf mois. Mon père m'avait tu la présence d'individus chez lui, je ne serais pas venu sinon. Je suis un type sociable, à l'aise avec les adultes, et très fluide avec les gosses. Je joue avec la petite dans la piscine, discute sérieusement avec le père, un ex collègue d'Alsace. Mais c'était calme solitude tranquillité que je pensais trouver. Sur ce coup-là, je l'ai en travers de la gorge. J'ai l'impression que mille piqûres me tressaillent le corps, je me damne de ma présence, je n'arriverai jamais à m'endormir, je serai fatigué pour la semaine, et tant de choses à faire. Je sens les banderilles à chaque impact, méthodiques ces moustiques, au talon d'Achille gauche, au coude droit, sur le dos de la main, au poignet, derrière le genoux droit, sur les épaules, en bas de la cuisse, je suis charcuté, lacéré, lapidé tel un blasphémateur en ville de Judée à l'origine du christianisme. Je suis fatigué pour écrire, j'ai tout de même la force de répondre à Jérôme, à Claire, à des personnes à qui j'explique que j'interromps mes lectures pour me focaliser sur les textes choisis, et à Chloé, qui dès ce matin me donna le sourire pour la journée. Me rendit vivant avant mon départ pour Laugnac, bus, RER, métro, TGV. J'appelais Fabien, qui séjourne à Castillones à partir de jeudi, et Rodolphe, pour savoir s'il allait bien, je n'ai pas eu de nouvelles depuis samedi et l'après match du PSG. Me mordis de ne pas appeler Audrey. Mais je ne veux pas m'imposer à elle… Déjà deux messages sur répondeur sans écho…


Par exemple ce soir je viens de découvrir que tu prenais un i. Avant je disais "Millon". Un peu comme les vieux disent "miyeu" ou "gruère". Le i c'est très important. Brisset, le linguiste maboule qui pensait que l'homme descend de la grenouille, disait que le mot théologie ne vient pas du tout de son étymologie grecque, mais que l'étude de Dieu s'appelle comme ça parce qu'elle se pratique à l'heure où on prend le "thé au logis", voire que si on accepte que Theos ait un rapport avec théologie, c'est parce que "théo loge i" i étant le sexe masculin en érection. Que Dieu protège les priapiques. Du coup, grâce à Brisset je ne me tromperai plus. Entre le mille et le on, y a le i. Le mille c'est ton casting permanent, le on c'est ta recherche de couple.

Extrait du premier mail reçu lundi matin, Chloé D.

Chloé est pimpante aujourd'hui, à chaque connexion, nous poursuivons cette discussion. Entre paranos, il va de soi. J'en profite pour informer Olivier et Pascal B de ma présence, Olivier est à la Réunion (au nord d'Agen) et Pascal plus vers les Landes. Je lis également le texte de Yann, une proposition pour Bordel 2, magnifique moixerie sur Péguy, bien trop chrétien pour choisir un dimanche, finissant par une fulgurance héroïque et poétique du très chrétien Jacques Maritain. J'aime beaucoup la jungle de Yann, sa façon de déconstruire un événement, une date, un champ de betteraves, mais je sens que pour la revue son ZAG serait plus dense, plus judicieux, plus surineur.

Quatre heures de TGV à ressasser son dernier mail, à y répondre des multitudes de jets d'esprit, mais l'esprit, la logique ne sont rien face à la non réciprocité amoureuse. Rester dans " ma grotte ", voilà la réponse. Nous nous aimons, nous, les terreux, les enfermés, Philippe, Valérie, Chloé, eux aussi dans des " terriers ", dans des abris, des mastabas, c'est avec eux que j'ai le plus de contacts. Philippe, quotidiennement, Valérie, très souvent, et Chloé, par fulgurances. Je bénis mes chers amis, et prie que tous les moustiques soient repus pour enfin pouvoir m'endormir.