Je me lève d'un saut, et grimaces, car j'ai toujours les beujes douloureuses, mais il fait jour, faut aller au taf. J'ai une vilaine barbe, j'ai pas envie de mettre un costard, pourtant je sais que je vais voir Anne Cécile, mais à quoi bon être élégant si je me sens tout naze. Je mets donc un vieux pantalon, un vieux t-shirt " Downset ", de mes années pogo, et une vieille paire de " Royal "…

[Avant de partir, je dépose un message à ma mère, 49 ans. Bon anniversaire !]

Je traîne la patte jusqu'à l'abribus. Je passe mon coupon, seul à l'arrêt de Touquin. Anne Cécile est. Là. Je souris, elle sourit, ça sourit quoi. Je m'assieds derrière elle, ne dis mot. Je sais qu'elle roupille dans le bus et en plus je ne sais pas quoi dire. Bon, je l'observe. Je scotche sur sa cuisse gauche, celle que je voie, je pense à un rôti, c'est con, tout bien ficelé, je pense aussi au moignon d'un cul-de-jatte, c'est encore plus con. Je l'adore ce moignon ficelé prêt à rôtir.
Elle a un pull gris, moi, une veste grise, si c'est pas le signe de notre mariage en juin prochain…

J'attends, avec délectation, le moment où le bus arrive à Disney, où elle enfile sa veste et remet ses cheveux en dehors de. Ses petites mains aux longs doigts, j'aime pas trop, bizarrement. Je l'attends au sortir du bus, et mate la petite brune aux yeux verts " découverte " récemment, mais squatté par un rebeu sympathique (qui me dit toujours bonjour), elle a des talons hauts et fins, elle est belle cette découverte, mais j'attends ma peinture quattrocento. Je suis licencié en Histoire de l'Art et non en Design & Mode. Elle a quand même un super gros cul la petite brune aux yeux verts, je sais aussi que les seins sont au niveau. Bordel ! A quoi tu penses, crevure, tu es avec la belle danseuse inconnue du bus et du RER qui s'appelle Anne Cécile.

Je me traîne à ses côtés, nous sommes seuls. Elle me pose des questions, chose idiote, car je réponds toujours et avec moi c'est digression'land ! J'apprends dans le RER qu'elle a un chat, Canelle [Je lui avais fait part de ma maniaquerie ; lorsque Cyril était passé avec Ness, à son départ, j'avais passé l'aspirateur partout, même en dessous le lit.], qu'elle vit avec sa mère la semaine et son copain le week-end, que sa sœur a acheté une maison dans un petit lieu-dit près de Provins, qu'elle pense déjà à l'idée d'être mère, qu'elle a une vision savoureuse de la maternité…
C'était bien la femmedemavie, mais elle est avec l'hommedesavie, tout ça est bien ainsi. Ma femmedemavie ne peut être qu'une image, un instantané, une sublimation, une branlette protéiforme (sa bouche, puis le cul de celle-ci, les seins d'une autre, une nouvelle bouche à machine, un autre cul à réglisse, à délice…)… je suis un fresquiste.

Le soir, Corinne passe. J'ai rien, pas pu tirer de thune. Misère. Misérable. Je comptais sur les pizzas, fermées le lundi. J'attrape une bouteille de Coca et deux paquets de chips à l'épicier avec mes 5 derniers euros. Il me reste une moitié d'hier soir, c'est pas la joie. Mais bon, on discute. On regarde les " Frères Pétard ". On se marre. Je lui offrirai un cadeau en fin de semaine, je m'en excuse.

Dormir, et le téléphone ne cesse de sonner… Marre de ces messages, besoin de tranquillité, je débranche. J'expliquerai demain à Caro (car c'est certainement elle) que je suis fatigué de son obsession. Je n'ai même plus envie de lire tout ce qu'elle m'envoie tant le flux est incessant…
R.I.P lease… de la paix…