Coulommiers,
jour de marché. Etalages, échoppes, vieilles arthrites,
ventres bedonnants, badauds bardots, landaus, bébé à
bord, ventres ronds, bébé à bord. Je rencontre
toujours des gens, même après plus d'une année de
distance, d'éloignement. Je focus toujours sur quelques vendeuses.
Moins qu'avant. C'est vrai. L'impression que l'âge d'or, c'était
hier. Malgré légère nostalgie, petite jolie, petit
minois poupée Temple, Shirley victorienne. Pour le moment, retrouver
ce foutu livre, Pas de temps à perdre. Premier café,
un Coca, mais pas de livre. J'harponne de nouveau mon vélo, jusqu'au
bar où j'avais acheté une carte téléphonique,
je pose la question, poliment, je suis timide, donc très poli.
Voici mon livre, comme quoi, ce que je sais, ce que je sens, cela se
vérifie toujours. Le
vélo associé à la solitude permet la réflexion
réfléchissante sur soi. Soi étant un domaine énorme
qui va de " Virenque va-t-il se faire exploser aujourd'hui ",
" Où vais-je manger ce midi,
, à une terrasse,
des nems au traiteur, peut-être pas ", " Pourrais-je
profiter de cette ombre forestière, de cette moelleuse verdure
et de ce son de rebonds sur terre battue si j'avais été
avec monstre Caroline ". Lors de mes réflexions solitaires
de nature pédalante, les questions que je me pose ne se concluent
pas par un point d'interrogation. C'est juste des phrases. Je pense
par exemple que je suis passé du kebab au sushi, comme ça,
sans vraiment savoir comment, je n'arrive pas à percevoir la
transition. Un autre exemple de transition spontanée, j'en faisais
part à deux amis, années lycée, pas revues depuis,
croisées sur place du marché, institutrices, comment les
petits chérubins passent du " pipi caca " à
" va te faire enculer ". En général vers le
CE2. Mais par quel mystère. Egalement, si je publie ce journal
dans son année 2003, où seront passés mes soirées
glauques avec Grec en fin de fin, mes portraits poético-ferroviaires
de la belle danseuse inconnue du bus et la genèse de Bordel.
Cela serait tronquer le lecteur. Tronqueur de lecteur, troncheur de
lectrice, me souffle le petit diable de Tex Avery. Ni l'un ni l'autre.
Une fois. Seulement. Troncher une groupie littéraire. Et j'avais
résisté longtemps pourtant. Car j'avais su, senti,
malgré cela
Coulommiers.
Touquin. Ma racine. Ma prise. Ancrée profondément. Depuis
ce jour de septembre, de ce lundi pluvieux. Touquin, aujourd'hui, jour
de fête. Sur la place, les pompiers, de jeunes, grands désormais,
hommes. Me plais ici, auprès de tous, que tu connais. Eric, Rémy,
Frédéric,
, Mafhoud me félicite pour l'article,
pour mes projets d'écriture, Cyril, Cédric qui descend
du bus, et les plus vieux évidemment, Roland, ses potes, la classe
précédente. Ma mère était passée
me voir, regarder Virenque craquer, Amstrong en jaune, mais fragile.
Il l'avoue, l'équipe marche bien mais il sent mal ses jambes.
Les jambes liées à la tête. Cela se voit sur son
visage. Elle me montre l'affiche de réclame pour le journal "Touquin.
Il fait le " Bordel " "
et une plaquette métal
sérigraphiée de l'article que Nasser, un autre de sa "
bande ", a réalisée. Je lui propose de la garder
pour elle, fierté de mère, je me vois mal la mettre chez
moi, un geste narcissique qui me déplait. Elle me raconte plein
d'histoires locales, je me bidonne dans la montée du Galibier.
Je me tords le ventre dans l'Alpe d'Huez. Tendre saynète, "
Chita ", l'un de ses meilleurs potes, agriculteur, chasseur, bon
buveur, a un matin vu pénétrer une petite chienne chez
lui, épagneul breton. Le chien s'est couché sous la porte,
paisiblement. Il semblait avoir soif, le chien se restaure. S'endort
sous la table, puis le rejoint sur le lit. La chienne y est toujours.
Le
matin, sur la place du marché, je rencontrais un ancien élève
du lycée, bac pro technique, désormais militaire de métier.
Dépité, il arrête me dit-il. Au bout de ses cinq
ans, il ne prolongera pas. " L'armée, c'est le bordel. C'est
" on a vu de la lumière et on est entré ". Des
" z'yva ", il y a plus de notion d'ordre, de respect des grades,
je suis sergent et il me parle comme si on était en vie civile,
" c'est trop dur ", " bah, j'y arrive pas ", "
pas envie, comprends rien "
". Il me parle ensuite des
moyens minables des casernes (en comparaison des gigantesques campagnes
de pub), des sélection par tirage au sort, il avait signé
comme mécano hélicoptère, il a débuté
aux télécommunications, services des réseaux (rien
à voir avec ses qualifications). Bon, en écoutant le jeune
homme, je flippe de cette propagation au sein des rangs de cette déliquescence
délinquante. Le
soir, Pascal et Bénédicte. Je taquine Bénédicte,
ou Pascal. Les deux. Je joue les séducteurs en toc, en stuc.
Pas solide, le gaillard, surtout que je dégueule une nouvelle
fois mon histoire Caroline. Comme une vomissure, le goût est tenace
en bouche, en gorge. Comme la suie après un incendie, comme la
poussière chez certains voisins de ma mère. Je taquine
donc Bénédicte pour rester moi-même, un petit trublion
gouaillard. Elle a pas mal de petites accointances à Mézigue
: de droite, égorgement des poules d'une vieille chieuse
Je ne suis pas de ceux qui nuisent à leurs amis. Pyrotechnie
pacotilles, narrateur horreur, centenaire du tour de France, pétillance
chromatique, BAOUM
Cuba libre, Mojito et jus d'Ananas à
la nouvelle terrasse de la place du marché, Le Capucin. Pascal
semble soucieux, grave, inquiet. Bénédicte tremble, subit
nos récits répétitifs de nos années passées.
Untel, un autre, celui-là, Sophie, Rodolphe, Cédric, Sébastien
et même Carl ou Frédéric A. C'est dire ! Il n'est
pas tard, la petite est fatiguée, Pascal un peu ailleurs. On
jette un il sous la grande halle où Compagnie Créole
zouk les briards bambochards. Ils me déposent chez moi. Je leur
propose sans succès le vélo de Cyril, " Aussi courageux
qu'intelligent ", c'est dire ! Un vélo pour une trahison, pour une chatte C'est plutôt drôle, moi, l'homme sans permis, et au vélo rouge. Je finis
le bal des pompiers. Entre nous, Touquinois (es). On me paie des bières,
on me parle de Bordel, " bah ma femme, elle l'ouvre au hasard,
elle lit, " j'ai envie d'une bite ", elle tourne, " j'ai
envie d'une grosse bite " ". Devant les yeux épinoches
du petit gars je ne peux que rire et bafouiller un " excuse moi
"
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