Sur la route, nous roulons indubitablement à dix kilomètres en dessous de la vitesse réglementaire. J'ai une drôle de sensation sur la longue ligne droite de Coulommiers, je m'approche d'un amas de souvenirs douloureux. Je me sens posé, reposé, fort, fortifié. Libre, bêtement, je me sens libre, pour la première fois de ma vie. Je ne me sens plus seul, enfin, si, je suis seul, mais je me sens avec quelque chose. Cette triste histoire récente a sublimé quelque chose en moi. Je suis calme. Et certain. Un peu plus tard dans la journée, je tombe sur Ne me quitte pas massacrée par Johnny. C'est vraiment sa journée, à celui-là. Heureusement, il y a Que je t'aime. Je sais plus. J'appelle Caroline, pas de messages depuis mercredi matin, moment où nous nous sommes parlés au téléphone. Son répondeur, je dépose un message enjoué. Où je joue avec des mots, je me sens bien. J'avais envie de l'entendre, de lui parler, quitte à écouter ses aventures amoureuses avec Cyril. Lui, aussi, pas de nouvelles. Mon récit les aurait effrayé ? Je regarde
les Simpson ; je dois penser également à écrire
un dossier de concours pour le site. Je ne bouge pas. Je suis chez moi.
Je sens que ma bite revient. Elle me démange. Me gratte. Veut
de la réalité. Veut s'exprimer. J'hésite à
me toucher, la peur de pleurer en pensant aux doigts de Caro. Le jet
est nacré d'un blanc parfait. Comme ça. A la télé,
Mariés deux enfants. Mon foutre a bien survécu,
lui aussi. Du lait pour bébé. Plus tard, je surfe sur un site avec des filles qui sucent. Suffisant pour nacrer de nouveau mon ventre dégonflé. Je pourrais sortir, aller à Coulommiers, voir des jeunes filles, jouer les écrivains, les branchés, draguer, mais non. Gambader à Paris, aussi, cela ne manque pas de gens, de filles, de solutions. Mais non. Je suis là. Je souffle. 21h20, je regarde mes messages après une longue sieste pendant la rediffusion d'un match de finale NBA. Un message de Caroline. Ou lala. Elle me déteste. M'en veut pour mon récit, mes " inventions ", elle parle de temps perdu, d'irréversible. Je lui réponds que de toute façon " le temps détruit tout ", non ? Même le temps suit mon impassibilité : il n'y a pas eu d'orage aujourd'hui.
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