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J'ai l'impression d'être un enfant pleurnichard dans la peau d'un
vieillard désabusé. Pourtant, la journée est belle.
J'ai bu un café chez Jenny, amie de ma plus lointaine enfance,
en compagnie de son ami, de sa mère, puis de son brigand de père.
J'ai bu un Coca chez Richard, avec ma mère, au kir, des gens
du village. Sur la place la revue du corps des pompiers, le maire, encore
des gens à sourires, mon grand-père. Chez Annie, ma boulangère,
risettes à ne plus finir avec le petit bébé de
Frédérique, bientôt sept mois. Village qui pavoise
en ce 14 juillet. Qui me félicite pour mes projets. En vélo,
à pied, je ne rencontre qu'enthousiasme. Chez Mafhoud, une charmante
dame, me demande conseils pour accéder au site. Tout cela est
plaisant.
Mais la nostalgie est une maladie. J'incline aux côtés
mélancoliques de la vie. Ma mère, qui vivote, qui n'a
pas ce qu'elle mérite, ma grand-mère qui gigote dans la
moiteur de la vieillesse et de sa jambe pansée, qui n'a pas eu
ce qu'elle aurait mérité. Moi aussi, je n'ai pas vraiment
ce que je mérite : un boulot bien loin de mes talents, bien loin
de ce que je prétends.
J'ai si souvent l'impression de vivre sur la Planète des singes.
Je crie, je parle, je pense et les gorilles me bâillonnent.
La mélancolie s'évapore avec le son d'un ami, Rodolphe
me propose un tennis, sous le cagnard. Prendre des couleurs, taper la
balle, traverser l'air. Exploser en atomes, en progression vitale, en
rage dégoulinante. Crier contre. Hurler contre. Imploser vers.
Se fondre sur le tarmac. Se vider de son eau. S'écrouler au sol.
Souffle. Gestes mesurés. Contenance de mots. Prendre la mesure.
S'accrocher à la pincette d'ombre. Nous faisons deux sets. Cagne,
cagne, suffocation, cogne, cogne.
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