Un thé brûlant, deux limaces marron, s'étendent, s'allongent, plus de vingt centimètres Un instant, me ramène, dans le jardin de Renée, près des groseilliers, des feuilles de cresson, la vieille dame me racontait que son père les mangeait crues, les grosses limaces marron visqueuses et téméraires. Je les observe reptiles nageant sur la façade crème de la maison. J'attends la sonnerie de l'eau bouillante de mon thé. Je suis seul ce matin, et je n'ai plus de voix. Le temps est couvert, j'appellerais bien ou mal Audrey. J'écoute Versions femmes, chansons de Gainsbourg. Lemon incest Je suis seul, je me nourris de textes reçus. Je ne voulais plus lire les nouveaux envois, me concentrer sur le sommaire précis de la revue (deux auteurs ont répondu par la négative : Mathieu Terence & Christophe Ono-dit-Biot), mais mon intenable politesse me pousse à lire et à répondre à ces chères personnes inconnues. Trois belles surprises, dont un texte d'une femme qui se mêlant à d'autres lus et aimés constituera un joli tableau d'un polyptyque féminin de la prostitution, joli panoptique du genre, de l'escort girl (AN) jusqu'à la rédemption (CR) en passant par le pute (AA). A force
de contempler on en oublie parfois d'agir. Je m'emporte
d'une jolie vague mascaret
" Nous on papote " dit-elle. Minable ou triste ou désespérant J'aime Chloé, mais parfois elle me rend fol. Comme toujours,
on laisse à plus tard les textes des gens que l'on connaît,
se disant, je m'en occuperai plus tard, nous sommes amis
Puis,
nous sommes en bondage, par la vie, par le flot textuel, par les dérives
passionnelles
Et c'est un gouffre exponentiel ! Je lis, écris, pense, bande, rêve assis sur une chaise plastique blanche, devant un énorme miroir. J'y vois, un visage sans cou avec une barbe qui peine à tout recouvrir, un long nez bancal, de grandes oreilles d'Afrique, en Asie, elles sont petites, n'est-ce pas, un front court, des lèvres fines de Fouché, un regard qui dit " à quoi bon ". A toutes les questions, il faudrait un miroir en réponse. Ce serait des heures de sommeil gagnées. Je m'en détache de miroir en miroir. D'Elle. Je tombe sur son répondeur. Je m'en réjouis. Nous sommes en égale voix grave, cassée, ma voix d'un râle stomacal. Je m'en veux d'avoir cru, d'avoir lu, d'avoir vu quelque chose qui n'existait pas. Je m'en veux de ne pas me choir sur le ventre de Claire. Je m'en veux d'importuner cette gentille Audrey. Je suis allé chercher le pain, et ai pris la flotte sur le vélo. Le museau, la musette, avec les baguettes et le Sud Ouest. Adeline, la jeune fille qui ne m'avait pas intercepté hier passe me voir cette après-midi. En grimaçant devant le miroir cicatrice de l'Amour je découvre que je suis capable avec ma nouvelle voix d'imiter Sacha Guitry. Je ne veux pas croire que ce que j'ai ressenti lors de nos rencontres n'aie pas existé, que cela soit de la mythomanie, de l'espérance creuse, un brou sans fruit. Je sieste sur un coussin mou peu gonflé, le vent souffle dans les feuilles oreilles de lapin des maïs. Je crains toujours la cavalcade de " longs manteaux ". Je ne joue pas d'harmonica. Mais j'ai les yeux plissés. Je ne suis plus où je suis, l'embarcation navigue à vau l'eau. Quand j'ouvre les yeux, des insectes bordent le cercle de la piscine, elles tentent un conquête, de fantassins, elles se rêvent marins, flibustiers, elles ressemblent aux monstres géants dans Starship Trooper. Je vois Adeline, je lance notre rencontre footballistiquement. Elle a vu deux SDF se sucer, une femme se faire cracher dans la rue, Zidane et Dugarry et leurs enfants sortir du parc de Bordeaux, Feindouno dans le bus. Elle a écrit un polar avec des enfants qui se font trucider. Je lui parle de C'est arrivé près de chez vous. " Eh, Gamin ! Gamin ! C'est pour rire, Gamin ! Gamin ! " J'ai Olivier, Pascal et Fabien au téléphone. Demain c'est l'alignement des étoiles. Je tonds ma barbe, dans le miroir, c'est toujours un catastrophe. Mais j'ai bien nettoyé le lavabo de la multitude capillaire drue. Le "
Bel Ariel " a donc intégré la rédac' de Tech,
un dandy chez les loufiats, c'est presque du Audiard, " Une milliardaire,
un dandy et des loufiats rue de la Roquette ". Ou une version Dragon GT, Nassif fusionne avec M.B.K Super conceptuelisator ! Avec des astero-sloterdijk, des fulguro-braudillard ; ça fait également penser à du Ed Wood, ou à un film japonais avec Godzilla Avec des truquages un peu branques. Julien arrive avec une belle heure de retard SNCF. Cela faisait plus de cinq ans que je ne l'avais vu. Un jeune homme de presque vingt ans. Nous avions grandi plus ou moins ensemble, ce qui est sûr c'est que nous avons un grenier, une cave, un cabanon, un entrepôt de souvenirs en commun. C'est mon frangin de cur, je ne me suis jamais posé la question du sang. Pour un réac', je suis bien liquoreux sur les liens familiaux. C'est mon côté Grec, l'amitié jusqu'à l'amour fraternel. Ce qui rejoindrait quelques pentes fascisantes. " Tu as raison de te sentir mal ", cette sentence d'Ariel résonne dans mon être, baoum, baoum, j'ai mal à la gorge, la salive avalée amplifie la douleur et cette phrase en sample, en boucle, en roll-over, que voulait-il dire ? Je ne jouerai
jamais le jeu de la cour, avec prétendants, j'entends.
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