Plan large,
la place de la mairie, plan moyen, un cantonnier à balai et un
autre avec une petite " tondeuse ", qui ne tond rien mais
ramasse les gros morceaux. Plan américain, cuisses soyeuses,
savoureuses, taille fine, fessier haut ferme ample, buste qui précède,
qui impose, qui dispose, chevelure mi-dos, taches de rousseur sur peau
sans être rousse. Plan rapproché, mollets, blancs, musclés,
cuisses drapées de toiles, bassin, parisien, semence, nourrissant,
buste diplomate, accrocheur, arrogant, visage, belle de campagne, pommettes,
fissures bleues ciel. Derrière la petite boîte à
roulettes, une nuée de poussière. Laurent, le petit blond
espiègle, sort d'un amas de voiture, la place est avant tout
un parking. Le bus arrive. Beauté campagne, bucolique, fermière,
angélique nous précède, elle-même précédée
de deux rondes-bosses de marbre, doux, moelleux, qui s'engouffrent dans
le bus partiellement peuplé. Son cul est face à moi, quelques
marches, puis, un léger virage au niveau du chauffeur, mollets
tendus, cuisses tendues, fesses fendues, je fonds sur cette fesse gauche
saillante à souhait, m'enivrant pour tout le trajet de cette
vision charnelle. Toucher ce cul, lécher ce cul, palper ce cul,
parler à ce cul, écrire sur ce cul, lui dire toutes ses
vérités, le confronter droit dans l'il, l'aimer
à m'en être fatigué de lui. Plan séquence
cérébral, fantasmé, en boucle, long, long, je suis
John Ford, pour les plans panoramiques, je suis Sergio Leone, dans mes
gros plans, chirurgien de la peinture, point par point, je réinvente
le pointillisme. Chaque point de son épiderme forme cette fresque
de chair, de désirs, de tremblements, d'érection, de créations. Comment
t'appelles-tu spectre de lumière ? Dans le
RER, le jeune blond descend. Une jeune eurasienne monte avec sa mère
; monte à l'étage supérieur, là, où
je suis paisiblement installé. Je remarque ses yeux, traits de
jais, petites cernes en virgule sombres, mince, en noir, petit balconnet
potentiellement visible. Elle capte immédiatement mon regard,
plein d'admiration. J'oublie un instant ma belle gironde aux formes
telluriques. J'ai en main le Journal de Huguenin. Mais je ne lis rien.
La contemplation est ma seule libération. Les filles de lumière
sont mes fantaisies. Je rêve un jour de vivre en leur dimension.
Pour le moment, j'ai la fière satisfaction de penser que je fais
parti des élus qui ont le regard. L'il esthète.
L'il sculpteur. L'il peintre. L'il chorégraphe.
L'il calligraphe. L'il architecte. L'il écrivain.
L'il contemplateur. Te reverrais-je
fuite de lumière ? Plein soleil.
Aride bitume. Méchante rue. Hargne au cur. Avec Franck,
le teigneux romantique, l'enragé ippon. Ventres hirsutes. Doigts
fléchés. Cries hypothalamus. Enchantement. Douce mélodie
d'un visage ciselé par un artisan latin, menuisé par un
ébéniste hispanique. Son doux, à la mâte
patine d'un bois chaud, sec, et tendre. Travelling sur ses longues jambes,
mordorées, je valse, zigzague, Phileas Fogg, tourbillon, nombril,
peau piquante, seins de Tolède, sous toile rouge, olé
! " Un jambon beurre pain au lait, deux Coca, un éclair café, ce sera tout " Ce ne sont pas les fantômes qui font du mal. Le mal reste un privilège des vivants.
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