Ça grouille partout, je suis un campagnard, mais un campagnard habitué à la sienne, de campagne, à ses bruits, à ses cris, à ses chuintements, à ses clapotements. Je suis dans un lit en cuve, en lit, telle une rivière, tel un chenal, je suis au fond. Sur ce matelas rebondissant. Ce matelas siamois qui en son lien devient une coquille collante, rassurante, captivante. Les insectes ont pris le pouvoir, petits crissements dans la nature, il n'y a pas que des cigales ou je ne sais plus quelles bêtes à pattes musiciennes. Ou est-ce des antennes qu'elles produisent leur son. Je suis couché et j'entends Julien devant l'ordi qui télécharge du " son " comme il dit, un mur de son, de son techno, il n'a pas pu aller à la rave du Larzac. Il est venu me voir, certainement, cela faisait presque six ans. Un mur de son que l'on ne franchit pas. J'imagine ces petites bestioles agressives, les futurs maîtres du monde, s'abattre crocs acharnés sur ma chair grasse. Piégé dans mon lit de lit. Dans ma folie douce et amoureuse, de ces dialogues iniques, avec une femme qui ne m'aime pas. Je ne crois pas qu'un jour l'écho reviendra. Viendra. Des chouettes hululent dans la nuit, derrière, devant, comment savoir d'où vient le son de la nuit. Des chauves-souris tournoient, dans le jardin, se piègent dans les lumières artificielles. De petits cris, plutôt ridicules, mais qui se fondent dans la symphonie nocturne. Des loirs sprintent dans le grenier, entre les strates de parquets et de lambris. De grosses limaces envahissent sans aucun doute des murs vierges de bave. Un cri étrange sort de la forêt depuis des jours, on dirait un petit cochon, un petit cochon dans les arbres ?
Julien télécharge du son, du son sur Internet, du son de grosses machines avec des fils et des diodes. La forêt bourdonne, et rave.