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Gimli
est un gentil petit chat, on peut le prendre comme on veut et le planter
sur ses deux pattes arrière devant soi, on peut lui chatouiller
le ventre, on peut le caresser des heures, on peut le poser sur un tabouret
devant l'aquarium, on peut le laisser des heures, il ne bougera pas.
Lionel roule un gaz de beuh, Raffy aussi pardi. Gimli est un chat d'une
douceur peluche et d'un calme marmoréen. Gimli ne bouge pas,
c'est pas comme Lionel, malgré un bras en moins, qui gesticule,
beugle dans tous les sens, contre tout, pour n'importe quoi, mais chaque
râle se termine par un sourire, et une bonne bouffée. Gimli
est un chat qui a le regard rond, avec de grands yeux absents. Raffy
fait son mélange à même la table, puis, pincée
après pincée, tapisse sa feuille posée. Je me ressers
un verre de Coca, ainsi qu'à Rodolphe. L'odeur d'herbe est flagrance
domestique. Gimli est un chat drôlement cool, né dans le
lit de ses propriétaires, il ne les quitte plus d'un centimètre,
tel un petit chien dans les pas de son maître. Roberto roule aussi,
certainement. Dans le canapé, des amis, des têtes, des
souvenirs ripaillent également d'herbes séchées.
Drôle de surprise de les revoir. J'avais dû passer voir
Aline, l'attachée de presse qui s'occupe de Bordel, nous
avions discuté sur les invitations, sur ma liste. J'avais parcouru
la liste de Fred, impressionnante, et vaguement regardé celle
de Flammarion. Sachant que j'avais ce rendez-vous, j'avais donc demandé
à Cyril s'il pouvait me déposer le soir chez moi, et c'est
là qu'il me parla d'un Couscous à Coulommiers pour les
28 ans de Hugues. Je dis, c'est royal. Me sentant plus serein pour discuter
avec L. Tout en faisant bien attention de ne pas manquer le dernier
train, 19h48. Je retrouvais dans son bureau, Lola, en pleine sortie
de livre. Il faut que je pense à la lire, je discutais longuement
avec la jeune Nathalie de l'accueil, qui m'avouait pour finir qu'elle
écrivait, que Régine Desforges avait lu ses écrits.
Qu'elle devait retravailler, avait-elle dit. Il ne faut jamais écouter
Régine Desforges, avais-je sailli. Elle me laissait son mail,
vu que je n'ai pas de téléphone. Je rencontrais pour finir
la directrice presse, une femme hyper dynamique, pétaradante,
c'est bien d'avoir la pêche ; mais j'eus la sensation d'être
dans un cauchemar à la Ruquier et son odieuse émission
sur France 2. J'ai cru y voir récemment un crétin écolo,
Stéphane Pocrain, je crois bien
C'est un attentat à
gifles cette daube. J'avais donc terrassé avec la flamenco Aline,
olé !, caractère vaillant comme les cadets de l'alcazar,
conquérante et brillante telle une épée
de Tolède. Puis, j'avais pris le dernier train. Je ne sais plus
trop ce que j'y ai fait. Certainement écouté des musiques
de François de Roubaix en lisant des textes reçus
A Coulommiers, j'avais retrouvé Rodolphe, et non Cyril. Nous
devions donc l'attendre, il arrivait avec Lionel. Le temps de discuter,
de boire un verre, d'observer les gens, Laure mange des nems sur le
comptoir, Gilles est au fond, un homme lance pour un 4-21. Ils se pointent,
on doit passer auparavant chez Hugues, puis enchaîner au Couscous,
vers les 21h30. Lionel vide un verre dont il a le secret, à base
de tequila et d'autres électrochocs. C'est toujours ivrement
le bordel pour lancer un départ synchro, mais on y arrive, avec
gaieté. C'est parti. Et c'est là que je retrouve de vieilles
bobines que je n'avais pas vues depuis plusieurs années, Sébos
et Grungiusse ! Ça glace le sourire sur la tronche, ça
lubrifie les mirettes, ça fait se sentir jeune et vieux à
la fois. Sébos et les soirées Playstation dans son appartement
haut perché, sa voisine psychopathe, les clampins par brassées,
les délires et les matchs de foot. D'ailleurs je lui apprends
que le lendemain Cédric Lamy est de passage, lui aussi, ça
fait une bail. Grungy pour sa part n'a pas vraiment changé, avec
de petits yeux bronsoniens, des pattes d'oie de sagesse, son A anarcho
sur la main, entre le pouce et l'index, et un F U C K sur les quatre
autres phalanges. Ça lui pose des problèmes, m'avoue-t-il.
" Il ne faut pas changer ", j'apprends bien plus en discutant
avec lui, qu'en lisant tous les mags que mes grands-parents reçoivent.
Car le Grungy a fait son armée dans la marine, et a navigué
du côté de Dubaï. Il me raconte ses ennuis lorsqu'il
avait osé se balader en short, " il faisait quarante degrés
à l'ombre, bordel ! ", dans les rues de la ville. On ne
montre pas le dessus du genou. Je me marre en sa compagnie, l'imaginant
soldat droopesque en short kaki poursuivi par la milice enturbannée
d'un royaume féodal ami
Nous avions quitté l'appartement
du Gu, qui sentait si bon l'herbe de printemps, de nos nostalgies olfactives
de nos balades d'enfance au moment de la tonte des hautes herbes des
près briards. Ça donnait déjà le rictus
facile à l'époque. Nous sommes désormais autour
d'une immense table rectangulaire au milieu de la salle principale du
restaurant, vaste et claire, blanche de céramique murale, chaleureuse
de l'accueil maghrébin, même si les serveurs sont tous
des toubabs rougeauds
Je me retrouve en bout de table, à
ma droite, Grungy, à ma gauche, Sandrou, puis Raf et Sébos.
En face Hugues, sa belle, Cyril, Rodolphe, en face l'ogre Lionel, et
Roberto qui nous a donc rejoint au restaurant. J'avais uvré
pour que Lionel soit en face de Rodolphe, connaissant sa propension
à partager cuméniquement sa semoule, mais par un
jeu de chaises, mon plan malicieux avait échoué. Grand
repas, bruyant, chenapan, hilarant, y a de la vie de Brian dans cette
cène
Quelque chose d'essentiel, de zygomatique primordial,
comme si le sens de la vie était là, autour d'une assiette
garnie et des amis faiseurs de souvenirs
Rodolphe doit rentrer à Paris, les autres vont aux Sources. Lorsque
nous partons avec Roudoudou, je lui fais part que c'est un peu dommage
de rentrer alors que je suis là pour une fois, qu'il peut toujours
dormir chez moi. J'appuie aussitôt sur le digicode, nous revenons
sur nos pas. Nous irons tous aux Sources
[Cette-là, j'aurais pu la faire bien avant, non ?]
On se gare sur le parking très parsemé, y a même
pas le pépé avec sa torche ! Le videur sadique et blond
ami de Rodolphe nous accueille comme des seigneurs, en raison de Rodolphe
évidemment. Une fois à l'intérieur, Xavier me saute
dans les bras ; c'est cool, j'avais demandé à Rodolphe
de lui parler de la soirée Bordel. Xavier de la Libé,
désormais Xavier de la Libé, enfin pour moi, ça
n'a pas changé, à part qu'il n'y bosse plus et qu'il est
dorénavant derrière le bar des Sources. Grosses effusions
de joie, cassant avec l'ambiance tragique de la soirée : pas
grand monde, des nazes, pas une fille jolie (vraiment, j'ai bien maté
tous les recoins), pas une connaissance. Mais Xavier justifie grandement
le déplacement. La bande prend place au balcon, je me mets à
part, j'observe. Je cherche un sein à mater, rien à materner.
Il ne me reste qu'à me consterner sur les lascars qui se dandinent
sur la piste de danse, encore plus minuscule avec si peu de gens dansants
Je ne pense à rien, ni bien, ni mal. Je me sens par contre très
loin. Comme un spectre hilare qui se baladerait parmi les vivants sans
être vu. Je circule parmi les gens, beaucoup me bouscule, mais
un me parle, me dit que je peux y aller, devant moi un cul sur une crinière
frisée brune, un visage plaisant, une poitrine supra-corset,
je ne dis rien à ce messager. D'un sourire christique je l'invite,
lui, à y aller
Qu'ils y aillent, ils y seront les bienvenus.
Ici.
Rodolphe
dormira sur le canapé blanc, avec un drap blanc et vert propre,
un oreiller avec une taie blanche et verte propre, et une couette multicolore
qui ne l'est pas, propre, avec une télécommande et un
match de rugby sur C+vert.
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