Il est minuit passé. C'est donc mercredi. Je suis en caleçon, lycra, bleu électrique, moulant. Je suis tout bronzé, affûté. Plus de petit bide à la mayonnaise, plus de nappes cellulite sous les bras. Je me sens léger. Je me dis quel gâchis d'avoir une telle libido potentielle et d'être seul allongé sur ce grand lit. Devant moi, des fenêtres allumées ou éteintes. Des gens se voilent derrière. Les miennes sont grandes ouvertes. J'écoute en boucle plusieurs chansons de Gainsbourg, toutes chantées par des femmes. Celle qui revient le plus, celle qui me plonge dans l'extase d'un corps tranquille, lemon incest… Je bande toujours, si facilement, si longtemps, que cela est décevant d'être seul, de ne pas se sublimer dans la chair tranquille d'une belle. Je suppose qu'elles sont nombreuses, ce soir, à marcher sur les trottoirs d'une nuit orageuse, à boire un dernier verre à un café, à vouloir sentir une main sur leur peau…
…enivrant…émouvant… exquise esquisse… mon bébé…

Je me complais :

- j'ai lu de nombreux textes ce soir, certains reçus il y a déjà plusieurs semaines. De très bons textes d'ailleurs.

- j'ai reçu un message enjoué de Frédéric B., encourageant pour le 2, pour ce journal, pour le Un aussi. Un beau succès, dans le monde impitoyable des revues littéraires

- Jérôme A. revenant de l'Olympia où tous reprenaient en chœur l'une de ses chansons interprétées par Florent Pagny. Dans sa nouvelle que j'avais lue au Progrès, " bouton de rose au corps d'ortie ". J'avais aimé.

- Isabelle Carré. Plan américain, plan rapproché, gros plan… quenottes, luminescence, lac lacté, femme défendue… beauté, cruauté, … métaphore amoureuse, les jeux de la mesquinerie… Elle se balade souvent, en compagnie de son petit chien, dans la rue de Turenne, direction St Paul. Je l'ai croisée deux fois. Si j'étais sorti par là ce soir, cette nuit, je l'aurais rencontrée. J'en suis sûr.

Je m'endors. Avec des séquences kaléidoscopes, Isabelle, Charlotte… Visage enivrant aux sons striés de l'émouvante. Le vent peut bien souffler…

...

Petites grimaces, spasmes et le sourire toujours sur cette maladie dont j'ignore tout. Régime difficile, sensation de se plomber, de s'enfoncer, de sentir la masse s'accroître, s'appesantir. Piqûre du jour de Vénus, celui de la " mort " du Christ aussi. Sauveur de l'Homme crucifié le jour de la Femme…
La femme nous crucifie. La beauté nous attache, l'inversion d'Araki. Que ce soit les femmes en bondage, c'est l'homme qui reste le plus attaché, le plus ligoté, le plus en sangles. Femme barbelée. Femme ficelle. Femme corde. Lacérer peau, déchirer chair, dépecer cœur.

Nous dînons, Anso et moi, au Cannibale. Fafa vient de nous offrir un verre, sérieux nous sommes, " un jus d'ananas et un Coca ". Il pleut et vente, la porte tremblote derrière la tête d'un sourire sorti d'une bd. Quelques gouttes impétueuses tamponne sa chevelure brune (et non marron, mademoiselle !), cela l'amuse. J'ai surtout peur qu'elle se prenne la fenêtre dans le crâne, qu'elle s'écrase dans sa vanille de Pécan !

Après l'avoir raccompagnée, je repasse dire au revoir et remercier Fafa, qui après son service reprendra la route de notre région. Je bise l'immense jovial… Claudia est toujours là, je l'avais rencontrée en arrivant au bar. Surprenante surprise. Partie trois ans au Caire. Pour enseigner. Après un an en Finlande et avant de repartir trois ans au Cameroun. Nous discutons jusqu'à la fermeture, avec des chihuahuas

Que je dorme… Qu'Anso dessine, ce qu'elle fait si merveilleusement, brin de naïveté, trait à la " Sempé ", dixit Lucas D…. Que Claudia parte de nouveau, l'Afrique, la savane, la jungle, la forêt…

[L'article où il est question de Régis Clinquart, Frédéric Beigbeder, Valérie Tong Cuong, Yann Moix, Philippe Jaenada et Olivier Allevi.]