Je me réveille vers 10h, Rodolphe dort encore. J'aurais bien envie d'aller chier, mais je ne peux pas avec une personne à proximité. Je pourrais aller chez mémé, mais c'est vraiment trop crade, avec pépé qui pisse souvent à côté. Je me retiendrai. Je mate mes mails. Je surfe un peu, mais je ne sais jamais où aller sur le Net, en dehors du site de L'équipe, ou des miens…

Je me décide tout de même à traverser le salon, sans trop faire de bruit, mais le son du camion du bonimenteur du cirque profite de la fenêtre ouverte de ma chambre pour se propager jusqu'ici. Ouf, Rodolphe dort profondément. Je descends prudemment les marches. Chez mémé, je prends un bol de chocolat au lait froid. Je lis le Figaro Madame, le texte très drôle, avec des mots oubliés de la langue française de Néo, puis le Figaro Magazine, la chronique de Besson et le papier très juste de Dantec, car il synthétise avec justesse et intelligence tout ce que j'essaie maladroitement de dire dans ce jeu quotidien d'écriture. Dans le Paris Match, ma bite se bande sur la poitrine généreuse de Christine Orban devinée entre l'ouverture Schengen d'un petit haut blanc mauve. Je reprends le Figaro Magazine, et y lis une interview de Semprun et Cyrulnik menée par cette découverte de la journée. Lèvres drues épaisses close, elle a un peu des faux airs (le regard) de Sophie Duez. Avec les doudounes en plus. Elément primordial.
Les deux vieux n'ont rien à dire, et ce qui est drôlement drôle c'est que dans Match, l'article sur Christine Orban était consacré à son dernier livre qui s'appelle Le silence des hommes. La fin des années baratin, dans son roman, des guimauves sophistes, des barbapapas conceptuelles dans son interview… Et le camion repasse une nouvelle fois, " à 15h au terrain de sports… ".

Vers midi, Rodolphe se réveille. Sur C+vert, le même match que cette nuit, et la camionnette ressasse son cirque extra-ordinaire… Pénible ces saltimbanques ; d'où vient la résurgence et l'excessive utilisation de ce terme ?
J'essaie de motiver avec diplomatie Rodolphe à aller manger à Coulommiers et ainsi voir Cédric, mais je sens qu'il n'est pas très motivé. Il doit retourner chez lui. Soit.
Et pis, Cédric sait où j'habite. Je ne peux pas faire beaucoup plus, le temps n'est pas à la pédale.
Je sens que je ne verrai pas mon vieux pote aujourd'hui.

Début d'après-midi, je me penche bêtement à ma fenêtre, et tombe sur Benoît. Deux ans sans l'avoir vu, l'un de mes amis de maternelle. Il est de passage chez ses parents pour le week-end. Chez moi, il trouve que cela n'a pas trop changé hormis que j'ai viré pas mal de cloisons, il vient d'acheter un appartement près de Colmar, il bosse à Fribourg, il voyage beaucoup, Arabie Saoudite, Liban, Inde, il est conseiller technique dans une grosse boîte de soudure, il est célibataire depuis trois mois après cinq ans et demi avec son amie Irlandaise, il doit se faire opérer des ligaments croisés, il n'aime pas les Saoudiens, qui traitent les gens (Pakistanais…) comme des chiens, il a lu un article sur BHL vs le Pakistan dans un canard en Inde, il passera six semaines dans le coin après son opération. On parle de Jean-Paul, Rodolphe, Eric, Marc, les Saraf… Fabien, Yann, et quelques autres.

Vers minuit, je suis dans la couette devant Ardisson, de plus en plus télévisuellement imbitable, je dors presque, la sonnerie de la porte résonne plusieurs fois. Je n'en suis pas sûr, je suis dans un simili sommeil, je me dis si c'est un ami il l'ouvrira. Silence. J'ouvre un œil, Stéphane assis sur le fauteuil d'en face, derrière Marilyne, jolie. Je m'extrais de la couette, et patati et patata. Je remarque d'un regard vif la nouvelle coiffure de la miss, ce qui me permet de lancer une vanne séculaire sur la brushing naturel de Stef. Ils se sont arrêtés car ils vont dormir chez les parents de Stef à Coulommiers. Il est monté en éclaireur, si je me faisais une pougnette. " C'est pas encore l'heure, dans une demi heure ", les films de cul, c'est vers les une heure le samedi sur Cinéma Frisson.
Après leur départ, le film avait à peine commencé…