Nous
revenons d'une jolie soirée, où elle rie une fois. Je
sais, je l'ai vue. Prise en flagrant zygomatique. Elle a ri à
la dernière chanson, lorsque le chanteur évoquait ses
souvenirs du Palais des congrès. A son rire sur sa lactescente
sérénité, je suis parti en pensées nostalgiques,
où petite, elle trépignait à un spectacle de Chantal
Goya ou de Dorothée, reprenant de toute sa douce voix "
allo, allo monsieur l'ordinateur, dites-moi, dites-moi où est
passé mon cur ". Sur
les grandes dalles du 3e, elle me dira qu'elle s'était rappelée
les (" mauvais ") spectacles de Robert Hossein. Même
petite, il y avait du sérieux en elle. Pointe de regret, elle
n'avait pu voter pour ou contre la mort de la reine. D'ailleurs, elle
n'est plus sûre de tout cela. J'aime
marcher avec cette blanche présence. Un ombre luminescente, cela
me change. Je ne me lasse pas de la dévisager, de donner à
son visage des rictus de petite fille ; elle ressemble à une
petite fille de maternelle. Mais c'est une fille grave, où serait-ce
l'effet de lenteur qui émane d'elle qui donne cette fausse sensation
de gravité. Petit nuage qui flotte dans les rues, qui se fait
draguer par des grands chauves baraqués rue de Bretagne, par
des " intellos précaires "
qui souvent sont surtout
précaires justement au niveau intellectuel. Dans mon village,
on appelle ça des " idiots ". Mais à la ville,
c'est plus métaphorique. L'allégorie urbaine, toute une
poésie. Blanche
est belle. Cette phrase à la bêtise de la vérité.
Simple. Blanche est ravissante, reposante, émouvante. Mon infâme
inclination à la " petite fille " ? Blanche
n'est pas une petite fille, elle fronce parfois le front. Ce qui est
encore plus émouvant. Elle a des désirs, et d'ailleurs,
en ce moment, elle désire un garçon, je ne l'imagine qu'avec
de vieux écrivaillons poivrots qui lisent Bergounioux (il
faut lire un livre dès qu'il est estampillé Verdier),
Bourgeade, Bourdieu. Elle aimerait la position acharnée, convaincue
de celui qui se tue à la Littérature. Qui mène
un combat, une quête, une rébellion, une mission : dépasser
le vide du désespoir existentiel de l'homme dans sa post modernité
technico-urbaine. La phrase ciselée au zinc permet ce fondamental.
Etre dans la position de
Elle
aimerait son corps meurtri de boursouflures, de l'adiposité de
la création, les traces sur le corps, ses gnons, ses plaies,
ses bleus, ses pets. Elle frotterait sa joue douce sur la barbe barbelée
de l'icône. Elle s'endormirait heureuse. Nous
avons passé une soirée pleine de joie, de rencontres.
Mathieu, Cyril, Frédéric, amis et musiciens. Ils accompagnent
Jérôme Attal. C'est ce qu'on appelle un groupe. Sur une
péniche, quai Malaquai, des gens beaux se sont retrouvés.
A notre table, un jeune homme tout en pommettes, tout en charnu. Il
écrit des rocks textes avec Patrick E. et Philippe M. Je suis
assis entre lui et elle. Deux manifestations différentes de la
sereine beauté. Jérôme
est chanteur ce soir. Mais aussi un show-man hilarant, crooner, Seinfeld,
Souchon
poésie, humour
Il fait une " auto-promo
" exquise sur Bordel, très joli discours sur les lectures
de plage, j'aime quand ça sent nostalgie et réalité.
La vie, les gens, les petits moments de bonheur. Un Pif Gadget, les
pochettes surprises, les piles de Mickey emballées dans une cellophane
vendues en promo
A
minuit, Nathalie, de l'organisation du concert, lui apporte son gâteau
d'anniversaire. Constance est là, cathédrale de sa dévotion,
mousquetaire Duras, plus Marguerite qu'Alexandre, Bienheureux tout de
même, Grand bretteur de la plume, la plus élégante,
la plus tranchante, celle du Mot. Nous
nous éclipsons. Ne pas perturber un pieu dévot. Elle
a aimé les chansons, mais aussi la grâce, l'élégance
de Jérôme. Je le lis dans ces mirettes, je le lui souffle.
Je joue de mirer ses joues roser. Elle poursuit sa route. J'écris à Jérôme et Philippe en mangeant des Pim's Framboise achetés à un épicier interlope... Au Caire, les magasins ne ferment jamais...
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