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Comment
raconter cette journée ? Nous sommes partis de Castillonnes avec
Fabien pour nous arrêter dans une propriété de chasse
en Sologne, où nous devions retrouver des amis à lui,
deux jeunes filles qu'il avait rencontrées dans la semaine. Mon
père, avec Claude et Julien, m'avait déposé dans
cette charmante petite ville du haut Lot et Garonne. Nous avions pris
un pot dans un bar en attendant Fabien, forcément en retard.
L'est-il vraiment, sachant qu'il en est ainsi consubstantiellement.
Il en est ainsi. La rue est une longue série d'échoppes
en colombage, en traits rustiques. Pour se poser net aux marches de
la mairie.
Une journée dense, de bitume, de têtes, d'anecdotes, d'étrangetés,
un cauchemar à narrer, tant les fils se nouent, tant les événements
se croisent et croissent.
Je quitte donc mon père et Claude sur la place du théâtre,
Julien, lui, a été largué à Villeneuve sur
Lot, pour qu'il y bamboche avec aisance, à la recherche de la
jeune fille en sueur.
Nous roulons avec Fabien en direction de ce grand corps de chasse, entre
Blois et Orléans. Entre étangs à silures, pré
à âne mordant et forêt à gibier. Je me souviens
de l'un de mes premiers films de cul, " Partie de chasse en Sologne
". Une voiture s'arrêtait sur un crissement de feuilles,
une femme tentait de s'enfuir en clairière, elle glissait, la
croupe en cible, un homme moustachu et bedonnant la prenait de cette
position. C'était Brigitte Lahaye. Pas une très jolie
femme, mais cela innovait à l'époque, à côté
des vieilles édentées purulentes, et quelle jolie paire
de seins, vrais.
De la bande d'amis atypiques que nous allons voir, seul Sébastien
V. m'est connu. Des types qui savent faire la fête, flamber, s'amuser,
guincher
Nous arrivons après méandres en allées forestières.
Comment raconter cette journée ? Des grognards de la bamboche
jouent au Scrabble, ça sent l'après bataille, les matins
d'aspirine, de cyprine certainement. De coups involontaires, la chair
est forte en fait, elle impose sa faiblesse. Comment raconter cette
journée ? L'endroit est fabuleux, inquiétant, effrayant,
reposant. Je suis dans un film de Sautet, " Vincent, Paul
", dont on aurait mélangé les bobines avec "
Buffet froid " de Blier. Sébastien V. roupille dans une
chambre, située dans le couloir " Shining ", treize
chambres les unes après les autres le long d'un unique corridor,
face à elles, de petites salles de bain, le tout dans un joyeux
état de délabrement très classieux. Comment raconter
cette journée ? Des gens sympas, des caractères dans sa
définition anglo-saxonne, des charismes, j'en découvrirai
certain durant la nuit longue entablée. Mais avant cela, Fabien
a donné rendez-vous aux deux jeunes filles rencontrées
au " Tango " (boîte mythique, il y aurait tant à
écrire, et ma demi-heure s'écoule bien plus vite que la
Loire asséchée) sur la place de Mairie de St Laurent.
Nous y retrouvons July, celle que Fabien convoitait. C'est idéal.
A la maisonnée, les zombis reprennent vie avec l'obscurité,
avec le cubitainer. Les plats des filles sont succulents, la joie et
l'humour mènent le tour de table. Je ne peux pas faire de focus
sur tous, mais Alberto est un drille joyeux au rire d'Henri Salvador
et aux intonations de blagues de José Garcia. Il me narre son
trio de jours lors d'un baptême gitan où il était
le fier parrain du petit. Cyrille, le maître de maison, impose
avec gouaille et prestation scénique sa présence. J'observe.
July semble bien se mouvoir dans cette ambiance qui se paillarde avec
les verres, les gorgées, les bouchées, jusqu'aux Tequila
frappées. Que des types pleins de vie, d'anecdotes, de rires
bambochards. Ça s'enchaîne ainsi toute la nuit. Cyrille
connaît Fred(s), du monde dans l'édition, il est boss dans
un truc alapage.com, wanadoo, la guilde des libraires
Putain,
faut toujours que je tombe chez des boss liés au petit monde
dans lequel je nage. Il me raconte ses boires avec Frédéric,
au Mabillon, et dans ses milles aventures noctambules. La nuit passe
et je les regarde boire. Fabien finira dans une chambre d'en bas, July
avec Alberto dans le grand lit de Cyrille, en tout honneur, et ce dernier
ne dormira pas. Je les aurai laissé pour me coucher dans une
chambre nickel, en haut, toute douce, toute fraîche, aux draps
propres. Je les entends chanter, frapper des rhum, des gin, tout ce
qu'il trouve. Tout autour, des étangs de forêt
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