Vendredi 17 août et Samedi 18 août :

Je sors de ma douche tout endolori, j'ai une petite forme. Je viens de gagner un match contre FL. Je l'avais battu hier, après avoir été mené 6-4, j'avais conclu 6-4 et 6-1.
Aujourd'hui, j'ai déroulé, 6-3, 6-2. Mais j'ai le corps meurtri. J'ai même pas eu envie de me branler sous le jet d'eau tiède, voire froid de ma douche. Pourtant, j'avais en tête des images de "Pyramide 3", avec Philippe Soine, un acteur culte du hard, qui bosse beaucoup dans l'amateur, genre DOGMA.
Mais autant la pornographie du "Grand Bleu", Jean-Marc Marc dans "Too much flesh" est faussement subversive et flirte avec les pires lieux communs, qu'avec Philippe Soine, elle se montre plus "révolutionnaire" dans l'utilisation de la vidéo et de la prise de son direct.
Un digne héritier de Jonas Mekas. Mekas utilisa le 16mm dans des films expérimentaux, Cassavetes prolonge cette recherche.
Que le guignol de Copenhague prétend avoir "inventé". Rien de nouveau dans le DOGME.
Des choses pas trop mal, "Festen", mais en général, it stinks !

FL me rejoint pour mater le match de PSG contre Monaco, le match a lieu au stade Louis II.
Je l'accueille, tel un vieillard, le dos courbé, en caleçon, les cheveux et la barbe mouillés.
Une sale trogne, de bad boy, un body à la Lee van Cleef, très allongé, musculeux, nerveux et inquiétant.
Je mets sa bouteille de Coke au congèl, tombe dans mon fauteuil, zappe sur la 2, C+.
Je n'ai pas vu FL sans un maillot de Marseille depuis au moins 5 ans, et je ne déconne pas.
Il doit avoir toutes les tenues officielles et des dizaines de t-shirts, le truc de dingue. Unbelievable !
C'est un good guy, FL. Il a fait un CAP de peintre en bâtiments, s'est fait exploiter par un patron, un gars du village, puis, a dû se réorienter, il est désormais maçon, dans un village voisin. Jamais au chômage, toujours prêt à changer de métiers.
Idem pour son petit frère, ML, CAP de cuisinier, bosse pour un traiteur (cher, mais bon), pour un abattoir, pour une charcuterie, et maintenant dans la Police Nationale.
Jamais au chômage, toujours prêt à bosser.
JL, l'aîné, mon pote de maternelle, idem, police municipale.
Le dernier a 16 ans, vit avec ses deux parents, cuisinier d'hôpital, sans permis, se déplaçant en vieille mobylette, femme au foyer qui garde des petits enfants ; mais aussi ses trois frères, même chambre depuis leur enfance, pas vraiment d'argent au début, pas vraiment de chance, une entreprise immobilière qui fait banqueroute, des dettes sur des décennies, mais jamais un moment où le sourire et la joie ne disparaissent des visages de ces parents. En tout cas devant les bambins.

Rodolphe arrive aussi avec Coke et petits gâteaux apéritifs, let's go PSG !, enfin pour Roudoudou et moi, Fred reste neutre (n'oublions pas son OM itude primaire).
Rodolphe fait le garçon de café, le barman dans un rade de quartier à deux pas de chez lui, boulevard Arago. Il a rencontré Côme, qui me passe le bonjour d'ailleurs, se baladant sur ce boulevard où Rodolphe thésaurise son pécule de l'année.
Silmarils est le groupe de mes années lycée, du bac, des concerts en Belgique, dans différentes régions de la France, je collectionnais les t-shirts, les leurs et ceux de Thérapy ?.
J'avais rencontré le chanteur, Andy Cairnes, dans un café près du Bataclan complètement déchiré, il avait des t-shirts que je garde toujours, dans un fond d'armoire. Des reliques des meilleures années. Celles du coma éthylique, d'Ingrid Borel, des vacances à Carnon, des cheveux longs, des copains, de la bière, de la Zubrowska, du Galak, de mon cuir rouge, de mes docks au drapeau anglais, de mon refus de fumer, de mon refus du sexe sans "amour, de mon refus de vivre comme les autres, de ma lecture d'Alain Minc (j'ai encore tous les bouquins, si, si), de Jim Morisson, de la choucroute de SL, de Sophie, de Wayne World, des grosses fêtes chez moi, et d'Ingrid Borel.

Rodolphe a repéré une fille charmante, et c'est un exploit, car le doudou est difficile, qui travaille dans une agence immobilière en face du "Cadran", son café d'été.
Il ne l'a pas encore accosté, le naze, le nimbus, le mauvais, lui qui est si mignon, avec sa dégaine de Matthew Modine, sa mise en plis impeccable, son air si sûr et droit.
Dans la semaine, j'irai faire un tour à Paris voir de plus près la Belle, contempler le sujet de tous ces désirs.

Soirée pénard, devant les résumés de foot, surtout l'Angleterre, où les stades sont organiques.
Fin de nuit sur TCM, "A nous la victoire" justement du vieux John Huston. Beaucoup de choses à redire sur le film, sur sa "véracité historique" et même sportive, mais des émotions et c'est le principal.
En effet, y a des couilles, la foule des types qui envahit le terrain est habillée à la 70'ies, et pour les remplacements, à l'époque, y en n'avait pas.
Mais bon, Stallone en goalkeeper, c'est amusant. Sur le terrain, hormis le bedonnant Michael Caine, on peut admirer Pelé, Ardiles, celui qui exécute un magnifique coup du sombrero, Bobby Moore…
Le passage du dernier penalty où la foule clame la Marseillaise me met les larmes aux yeux et resserre mon petit cœur de ringard du XIXe siècle.
Même si je ne suis pas un adepte de ce chant de guerre, devenu le symbole d'un système politique que je n'apprécie que modérément. La tendance de la démocratie à devenir une oligarchie démagogique m'abjecte totalement.
Mais bon, dès qu'une foule, une masse s'harmonise, je fonds.

J'aurais sûrement aimé les fêtes de Nuremberg, impressionné par la cérémonie des drapeaux où Hitler exécutait "l'eucharistie" nazie entre les drapeaux des morts de 1923 et les drapeaux des sections présentes.
MAIS en 1939, puis dans la France occupée, j'aurais choisi la voie de la délivrance, de l'insoumission et de l'honneur.
D'ailleurs, je ne comprendrai jamais comment une dizaine de milliers d'hommes peuvent maîtriser des millions d'individus.

"Excalibur" et récemment "Braveheart" créent chez moi cette sentimentalité mystique, cette chaleur intérieure que méchamment où pourrait qualifier de "fasciste". Je n'en sais rien.
Je ne prends pas parti pour un camp particulier, mais l'héroïsme me fascine.
"Fascine", "Fasciste", y a un saut que certains font.
Mais bon, je n'en sais vraiment rien. Je sais qu'une seule chose que je n'aurais toléré l'occupation de mon village, car je reste un local, un clanique, par des Allemands, ni même des Allemandes, des Italiennes, faut voir.
L'idée de mourir pour une cause, c'est-à-dire une raison me rassure. Moi qui vais mourir pour rien, par usure ou accident.
Le must étant de se sacrifier pour une cause que l'on ne défend pas. L'héroïsme absolu.

Le foot anglais est pour moi depuis le passage du caractère Cantona le championnat que je suis avec le plus intérêt.
La Marseillaise chanté à Leeds puis à Manchester et le col relevé de Cantona valent toutes les coupes du monde et les pubs Adidas sur l'Arc de Triomphe.
L'émotion, le côté mystique, la surprise, le dépassement, l'accomplissement. Cantona, oui.
Coupe du Monde, un grand souvenir, mais en France, avec battage médiatique et publicitaire émétique, les meilleurs joueurs, une fin attendue.
Thuram et ses deux buts sont du domaine du mystique, plus que le but en or de Blanc.
La finale, on déroule 3-0.
J'ai vécu ça comme un moment sympa, mais sans réelle émotion, à part la satisfaction d'un travail bien fait. Sans plus.
Alors que la défaite de Séville, 1982, l'attentat de Schumacher, la prolongation insoutenable, mes premiers pleurs, mon premier stress (à 6 ans) est d'une valeur émotionnelle plus importante, surprise, bouleversement, dépassement de soi, injustice pour finir.
Un sentiment de révolte, quelque chose qui nous dépasse, nous surpasse plus qu'une balade nocturne sur les Champs-Elysées sous les drapeaux Algériens, Marocains et ceux d'Adidas.
L'exaltation, le spectacle sportif ne le propose plus. Le foot anglais, le catch et sa mythologie infantile, le tennis avec les grands, mais aussi les vieux, surtout les vieux, un passing d'Agenor est une exaltation, le proposent encore.
Mais le foot français, la NBA, c'est du business sans rêve. Du show, oui, mais seulement du show. Ils parlent de faire revenir Jordan, mais ce n'est pas nécessaire. Le coup a déjà été tenté une fois.
Alors oui, le jeu s'accélère, oui, les smatchs de Vince Carter sont unbelievable, oui, la jeunesse de Iverson fut triste et miséreuse, oui, les Lakers sont formidables, oui, oui tout ceci est bien huilé.
Mais un bon vieux dunk de Dominique Wilkins, un dribble du vieux Bird avaient un goût peut-être moins sucré et acidulé que les six dunks par match de Carter et les 5 coast to coast de Bryant mais leur rareté, leur spontanéité surclassent ces figures imposées de maintenant.
Je ne vois plus l'humain dans le barnum du spectacle tel qu'il le devient.
On exécute, point, la performance avant tout, "parformer", "exécuter" en vieux français