Quel plaisir de dormir en son lit. Même le plus piteux qui soit. Le mien est formé d'un matelas ancien, glané chez mes grands-parents, posé sur un premier matelas d'un sommier d'un canapé-lit. Le drap abandonné depuis une semaine, je m'étale, me débarrasse de mon t-shirt noir, que je jette dans le bac à linge. J'endosse le t-shirt blanc à manches longues qui languissait sur le fauteuil rouge de ma chambre depuis des semaines. Je sens un peu son odeur, le propre, ou est-ce la sienne. Je ne sais pas, et m'endors rapidement, la fatigue et l'envie de rêver prenant le dessus sur ces quelques mots entendus dans le message de Fred, et dits lors de mon message déposé à une amie en Italie. Je me réveille, en toute forme, malgré mon mal de gorge. A la télé, il y a la voix miel et les yeux biche de Véronique Mounier. Dans l'évier, l'araignée est là, toujours sur ses huit pattes. Hier, elle était rabougrie exterminée par l'eau chaude, en boule sur la grille du siphon. Elle a survécu, ressuscité. J'en suis heureux, je n'avais pas aimé ma petite furie criminelle. Je lui mouille les pattes et me prépare un thé brûlant. J'ai toujours ce t-shirt, je suis un vrai malade. Il finit dans le bac aussi, je peux enfin me laver les cheveux. Mon dentifrice a un affreux délicieux goût d'anis. Je me prépare et Véronique Mounier rejoue sa cabotine du Bonheur. Comme si sourire à sa voisine garantissait un état de bonheur. Drôle de test, Véronique. Je souris à tous, et je serais bien gêné de me déclarer heureux.
Dans le train, je souris encore, à une jeune brune à l'échancrure en V, à une femme qui lit le Cosmonaute de Philippe. Je crierais un chant de gloire si j'avais eu ma gorge. Je me contente de la regarder profondément, d'une complicité rétinienne. Telle une fratrie des bons lecteurs.
La journée est longue pourtant j'y écris des saynètes, deux séries de trois, deux types d'humour. J'écris vite. Les idées fusent vite. J'écris sur mon portable, mon ordinateur professionnel est en faillite. Puis, je dois migrer sur celui d'Anso (lui écrire), car j'ai oublié ma charge sur la table ce matin enjoué du sourire oculaire de la belle Véronique (lui écrire). Fred semble pressé de me voir, un mail dans l'après-midi, puis une fois rentré, un message sur mon répondeur. J'ai répondu aussitôt aux deux. Son livre sort demain, j'ai feuilleté ce matin à la gare de Chessy le papier dans VSD (Salinger injoignable, comme nous, il est toujours sur répondeur ?) et ce soir dans le Parisien, chez mes grands-parents, une longue interview.
Avant de me coucher, un appel de Fabien, pour demain soir. J'ai proposé à plusieurs amis, ma grande recette, de nous rejoindre au Cristal, que je ne connais pas, mais j'ai passé un agréable dimanche en Sologne avec son tenancier.
J'ai encore besoin encore d'un peu de bon sommeil. Ce que j'écris à Valérie avant d'aller me coucher, vraiment...