Quel
plaisir de dormir en son lit. Même le plus piteux qui soit. Le
mien est formé d'un matelas ancien, glané chez mes grands-parents,
posé sur un premier matelas d'un sommier d'un canapé-lit.
Le drap abandonné depuis une semaine, je m'étale, me débarrasse
de mon t-shirt noir, que je jette dans le bac à linge. J'endosse
le t-shirt blanc à manches longues qui languissait sur le fauteuil
rouge de ma chambre depuis des semaines. Je sens un peu son odeur, le
propre, ou est-ce la sienne. Je ne sais pas, et m'endors rapidement,
la fatigue et l'envie de rêver prenant le dessus sur ces quelques
mots entendus dans le message de Fred, et dits lors de mon message déposé
à une amie en Italie. Je me réveille, en toute forme,
malgré mon mal de gorge. A la télé, il y a la voix
miel et les yeux biche de Véronique Mounier. Dans l'évier,
l'araignée est là, toujours sur ses huit pattes. Hier,
elle était rabougrie exterminée par l'eau chaude, en boule
sur la grille du siphon. Elle a survécu, ressuscité. J'en
suis heureux, je n'avais pas aimé ma petite furie criminelle.
Je lui mouille les pattes et me prépare un thé brûlant.
J'ai toujours ce t-shirt, je suis un vrai malade. Il finit dans le bac
aussi, je peux enfin me laver les cheveux. Mon dentifrice a un affreux
délicieux goût d'anis. Je me prépare et Véronique
Mounier rejoue sa cabotine du Bonheur. Comme si sourire à sa
voisine garantissait un état de bonheur. Drôle de test,
Véronique. Je souris à tous, et je serais bien gêné
de me déclarer heureux. |