20 h30, le vent s’engouffre dans l’avenue, des gens descendent la rue scintillante, je les accompagne. Le vent est avec moi, de face, mes cheveux virevoltent. Je souris, des images plein la tête.
À un passage piéton, je me tourne vers la fille qui se trouve près de moi, de son côté, elle en avait fait de même. Nos deux regards curieux se croisent. C’est assez drôle, d’ailleurs, je me suis mis à rire. Je ne retiens pas mes rires, dans les rues de Paris.
J’ai continué mon chemin, le visage ouvert. Le glauque, la grisaille et les cernes sous les yeux des badauds m’ont toujours empli de gaieté.
Le vent souffle… Les gens rentrent chez eux, se font chier, s’ennuient, vivent à peine. Je vais aller poser mes affaires chez SO. Puis, je vais participer à cette farce ignoble en allant me restaurer dans un Mac Do.
Des rêves, des mots m’accompagnent…
J'ai fait mille fois l'amour en rêve, j'ai rêvé mille fois que je faisais l'amour. À une femme. Une femme pétillante. J'aime quand ça pétille, les femmes sont si fades. Quelques bulles et je m'enivre. J’écris cette phrase sur un cahier à spirale. Le RER démarre…
Une nouvelle coutume s'installe, un train-train quotidien, un peu de soi qui part, vous est enlevé par ce parcours obligé.
Deux petites filles courent dans le wagon, elles tournent autour des piliers chromés et luisants de graisse humaine. Des petites mains douces se mêlent à la sueur des immondices ferroviaires.
Je suis calme. J'apprécie le silence, je me plonge dans une contemplation de mon environnement. Il y a peu de personne. Le temps de la réflexion, du souvenir.
Le mutisme est un état intense, dans le métro, dans les rues. Il est mon meilleur compagnon. Il permet tant de chose, des scénarii improbables, le retour de souvenirs, des morceaux de temps retrouvés.
Parfois, il se rompt. Le hasard, une rencontre et le fil de l’imagination se lie à la réalité. Je courais dîner chez Julie et Arnaud. Ils m'avaient gentiment invité à manger. Il devait être 21h30, j'étais pressé, en retard ; j'avais mal retenu le digicode.
À République, je m'apprêtais à descendre vers le quai lorsque j’ai croisé un petit minois qui ne m’était pas inconnu. Amandine, une élève d'Ozoir-la-Ferrière. Une image de ma première expérience de pion, en 95. Elle a bien changé, mais je l'ai reconnu tout de suite. Elle, également.
Elle bosse dans une boîte de production. Nous discutons brièvement. Je lui raconte que j'ai revu Axelle, une autre petite de Marie Laurencin. Mais, elle n'a pas osé me parler. Moi non plus.
Julie et Arnaud forment un couple idéal, tout les accorde. La symbiose. Nous parlons beaucoup, je parle énormément. Toujours moi, moi, moi...
Je rentre assez tôt, nous travaillons tous les trois. Le retour à pied, plus court, plus sûr que le métro et ses méandres couloirs. L'air est tout de même meilleur. J'accoste à Oberkampf, je suis presque arrivé.
Je ne rencontre personne lors de mon retour. Les surprises ne se commandent pas. Je n’ai pas revu Alysson depuis notre rencontre fortuite. Je lui ai écrit à plusieurs reprises, dans le vent. Oublié, jeté, elle ne m’a pas répondu. Je l’aime toujours autant. Mais, je crains de connaître les raisons de son silence. Toujours ces écrits de l’automne 2000 ! Je les ai rectifié une fois déjà, je n’aurais jamais dû. Je me refuse à intervenir de nouveau.
Il y a plein de gens heureux assis aux terrasses chauffées des bars, République, Bastille, ça pillave à mort. Je n’ai pas de thune, enfin pas assez pour une beuverie digne de ce nom. Juste de quoi me payer un Grec Frites et un Coca. Des gamines, des jeunes filles, de jeunes femmes attendent devant le Gibus, traversent la rue, se marrent, rigolent. Il n’y a pas assez de garçons, toutes ne seront pas satisfaites. Je croque dans mon sandwich qui sent la viande morte. Je m’assiérais bien sur le trottoir pour regarder le spectacle de toutes ces jolies filles. En bouffant mon Grec, en gobant mon Coca. Je me demande combien de temps resterais-je assis avant qu’une belle vienne me parler ?
Je ne pourrais pas mourir de faim ou de soif, l’échoppe ne ferme jamais. Et j’ai des tickets restaurants.
Au bout de plusieurs jours, des policiers viendraient me chercher. Ou pas. Je resterais comme tous les clochards de Paris, là où je suis. Personne ne nous aime, ni les femmes, ni les autres. Les autres sont au chaud, ils regardent les " Enfoirés " sur TF1. C’est drôle, il y a une naine (comme dans le cirque de notre enfance) !
Les femmes, elles, font l’amour à des hommes sans âme. Elles sont si bestiales. Cinq jours que je vis sur ce trottoir. Les filles ont disparu, parties les petites chéries. Je commence à avoir envie de chier. La nuit entre deux voitures, je déverse ma création. Des serviettes pour me torcher. J’ai des crampes aux cuisses, des escarres aux fesses et les yeux fatigués.
Il ne se passera rien. Je rentre prendre mes affaires, et retourne chez moi pour prendre une douche.
Je passe devant Libé, c’est sur mon chemin. Tout près d’où habite SO. Je pense à cet ignoble farfadet. Je n’aime pas Viviant. Je lui reproche d’avoir l’écriture de son physique. Aucun intérêt. Il est petit, vilain, aigri et envieux et il écrit tout cela. Rien de génial dans cette équation. " Du Viviant " écrit par un bel écrivain prendrait une dimension digne. Pour le moment, Viviant me dégoûte. Petit homme, écris des choses immenses au lieu de rester cette laideur humaine.
Mon raisonnement est débile, motivé par une nanophobie irraisonnable.
Je m’endors, c’est la nuit. Lorrain et Huysmans me conseillent : il faut dormir…


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