Récemment, j'écrivais, " " La modération tue " devrait-on écrire sur nos paquets de vie. "
Guillaume B., collègue éminemment indispensable, un boute-en-train, un incurable gentil : le Babik-Cool, clique et de ce clic un son sort de la grosse machine PC : Depeche Mode. Moment où je lis le mail d'Ariel… sa gentillesse… son " Adonis ", le bel Ariel et sa journée passée avec Audrey. J'ai le cœur petits morceaux salade cannoise, à l'huile d'Italie… A chaque fois qu'il m'évoque Audrey, il la propulse à des années lumières de moi. Toute la folie qui voudrait reprendre vie se voit éjecter à l'autre bout de la galaxie. Que suis-je devenu ? Je n'ai plus envie d'écrire sur Caroline et Audrey ne veut pas que j'écrive sur elle. La situation de la modération, je stagne, telle une eau, croupie, rance, immonde. Ma voix sur son répondeur, nul écho, mon esprit dans mes mots, pas un geste, pas un signe. Je n'ai pas envie d'étriper ce bel Ariel, il le sait, me le dit, avec son " Adonis " et son " c'était bien ". Je l'aime délicatement ce garçon. J'ai envie de m'éventrer moi. Me laver les boyaux de cette mièvrerie. Je fus un conquérant à mi-temps. Je me suis tu, j'ai baissé tête, j'ai écouté. Bafoué, et ma voix sotte sur cette bobine.
Hier j'ai effacé un pan important de ces derniers temps, je me demande ce que le passé me réserve...
Toujours la même ritournelle, " détruis ce que tu aimes ou ce tu aimes te détruira ", mais dans ce cas je l'aimais pas, Caroline. J'ai détruit un passé qui ne comptait pas vraiment. Je suis juste dégoûté physiquement. Moralement, de la Haute Morale, comme il y a de la Haute Justice. De mes partis pris purs bouillis dans la chatte de la petite Caroline. Je ne peux qu'haïr ma faiblesse.
Je n'aime plus rien, je ne suis plus fou, je me suis modéré et ma passion modérée est encore plus rejetable que mon entrain absurde. Je suis vide. Je me suis fait vider, " Je t'apprécie énormément … faut il que j'occulte ce que tu m'as écrit ? ". Occulté, ouvre les yeux, tu n'es ni fantôme, ni cadavre ici. Tu choisis la stratégie du silence, sais-tu qu'un silencieux tue ? Je subis la stratégie du salami, en rondelles, fines et putrides. Mon mal de gorge depuis des semaines, mon corps exècre ce que je deviens. Là, las, de lalala. Ton silence semble dire que tu as compris ta stupide remarque, comment être ami avec un être en " occultant " une partie de lui, l'écrit et l'esprit. Que reste-t-il ? Une gorge qui résonne la souffrance, un ventre qui tempête le nauséabond. Des amis, la plupart, ne lisent pas ce journal, et tant mieux, mais n'en ignorent pas l'existence, en connaissent la substance, mon amitié fidèle et ma quête passionnelle. Mes tripes, ma pauvre bile, ma misérable vie.
Depeche Mode : les années collège des Remparts, Rozay-en-Brie. Stéphane L., mon ami d'enfance, tous ces amis d'enfance, Jean-Paul, Rodolphe, élevés à la vérité et à la New Wave. Le 101 boucle et reboucle nos chemins, en commun. Stéphane père d'Elisa, Jean-Paul, homme de devoir, Rodolphe, esprit piégeur. Nous sommes de Hauts Hommes, comme il y a une Haute Justice. Je pleurerais, me lève, et embrasse joue fortement labialisée Guillaume. Il faut toujours remercier ces voyages dans le temps. Je réponds agréablement à Ariel, n'évoquant pas Audrey. J'ai quatorze ans et je fantasme sur les seins de Sophie M., de la prof de Latin, Madame B., de la prof d'Anglais, Madame L. J'ai la brosse, des torsions Adidas, des joggings en peau de pêche mauves, je suis nul en maths. J'ai quatorze ans et je sais que je suis moche. Je l'ai appris en arrivant au collège. Stéphane L. est déjà un jeune queutard. C'est lui qui m'initie, me guide, Playboy sur la Cinquième le jeudi soir, les revues, les seins de Samantha Fox… J'ai quatorze ans et je serai professeur d'Histoire, je suis le meilleur de la classe en cette matière, enseignée par Monsieur Gay, qui postillonne, qui nous montre ses photos de vacances aux USA. J'aime Napoléon, De Gaulle et Jeanne d'Arc. Ma brosse est une fierté, et ma laideur, une fieffée emmerdeuse. Je me branle dans des lits blancs en pensant à Karine M. Je ne sais plus trop où je vivais, avec ma mère chez Serge ? J'ai quatorze ans et j'apprends à jouer au tennis, je suis nul en sport, j'arrive 66e au cross du collège. Jean-Paul est dans les tous meilleurs. Il court toujours. J'ai quatorze ans et j'ignore tout d'Ingrid Borel, d'Olivia Sormani-Dasse, d'Audrey Diwan… Le 101 dure cent une minutes.