Je me souviens de l'odeur du colza d'hier soir, quand j'étais seul dans le bus, entre Nesles et Ormeaux. Le chauffeur écoutait Goldman, " quand la musique est bonne ". Tout vert, tous les verts, pas autant que cela, pas autant qu'à Florence, autour de Touquin. Je me souviens.

Ce matin, je suis au fond du bus, avec Cédric. Je parle et parle, tel est moi : un bavard. Je lui dis" aujourd'hui on fait le trajet avec la jolie blonde ? "

La " jolie blonde ", c'est la belle danseuse inconnue du bus et du RER. Elle est seule, assise toujours à la même place, cinq rangs derrière le conducteur. Elle revient certainement de deux semaines de vacances universitaires. Je ne la voyais plus. Trop occupé par " le reste ", par mon " nihilisme onaniste de plouc " [dixit un mail envoyé à Ingrid, amie de Jessica, avec qui je grivoise par la magie bouillante d'Internet ; morceaux choisis : " Ingrid et W RAGE, énorme, je t'aime déjà !
Ingrid, prénom de ma Passion, W, M, bouche en M, Woman, Man, WM, deux, le nom d'un magazine qu'un ami (free) lance, Wonderful, WonderWoman et son lasso, Whaou...
Rage, le nom de Bordel, au début, un zine sur la création dans tous ses états, rage, la signature des mails avec Régis, rage ! (http://stephane.million.free.fr/rage.html) "]

[Caro m'envoie un mail d'une force ; Caro, elle écrit toujours avec force, avec rage, avec tripes. J'avais adoré son texte, me sentant petit, ensangletté, et lui avais dit.]

Ce journal est décousu : c'est n'importe quoi.

Ecrire un demi-heure : c'est trop peu ; mais ai-je le choix ?

J'en oublie ma blonde. Devant moi, dans la hall de la gare, derrière, à l'escalator. Elle me suit, " tu fais le trajet avec nous ? "

Anne-Cécile…

Son nom.

Licence d'Espagnol, veut arrêter, préparer le concours de professeur des écoles par le CNED (comme Marie, la fille à la grande bouche folle qui embrassait un garçon à l'arrêt du bus, dans un jour passé, avec qui nous avions fait le trajet hier.)

Moins belle que de loin.

Belle tout de même.

Elle part.

J'ai rencontré la belle danseuse inconnue du bus et du RER.

Belle journée.

Midi avec Frédéric Grolleau, qui lit ce journal, je suis surpris. Chez Renato, mais pas de pizzas.
Livres à L'arbre à lettres : " La grande à bouche molle " (j'ai lu), " Tout doit disparaître " (folio) et " Tu vas me faire mourir, mon lapin " (pocket).
Je prends ce dernier dans l'optique d'écrire, si cela me plaît, à l'auteur pour le " bordel 2 ". Franck, " mon connard de collègue ", de lien en lien, avait atterri récemment sur son site, que je connaissais déjà, via Sophie H.

Régis me réjouit de sa publication. Je sens le lascar heureux, et je le suis aussi. Cela a-t-il un prix ?

Marsouins !

Rencontre avec aLine, écrit-elle. L me fait penser au Jerry Springer Show. L, mais pas elle, hein ?
Le L seulement. Que l'index et le pouce forment, compris ?

Avant, je monte dire " bonjour ". Toujours pathétique et triste, et nul, et pathétique et triste, et nul, avec Juliette.
Rien d'amoureux, mais force intérieure d'une femme à qui on la fait pas. Je me sens trop minable.
Elle m'offre deux livres, Bernie Bonvoisin et Jean-Pierre Cescosse, qui sortent bientôt dans un format nouveau, plus petit.

Je redescends, croise Fred, esclaffes, en face, café, Aline, gars de Télérama, repars, dans la cave, avec Lola qui dédicace tous les envois, en prends un, précise l'identité d'étiquettes choisies au hasard, Olivier Malnuit, oui bien, le type du site anti-Danone, David Foenkinos, excellent, ancien attaché de presse, remarquable auteur chez Gallimard… puis que des cons…

Aline, Gérard Oberlé (que j'ai sélectionné, avec Martin, dans les choix " livres " du prochain site Florette ; s'il le savait, il me mangerait)… Passage, émulation, récréation chez Flammarion : petit bureau d'Aline, Lola, Gérard, elle et moi.

Au mur, photo d'elle, de son petit ami, entre les deux, Néo : pavoisant avec éclats !

Drôle.
" Ah, tu sors avec Nicolas d'Estienne d'Orves, pourtant déjà fiancé à la plus belle femme de Paris, Marie Sophie "

Toute récréation a sa cloche. Sa sonnerie. De fin.

Repars également avec le livre d'une minette boudeuse, Casanova, je me souviens de sa cat's fight à la danse macabre de l'Hypershow.

Le train pour Coulommiers, ce soir, je vais jusqu'au bout. Terminus : " Coulommiers ". Je rejoins Cyril à la Libération [Rien à voir avec le journal fourbe et dégueulasse de la rue Béranger. Ai lu, sur le net, je n'ai jamais acheté Libé, si une fois, pour un " Rebonds " de Yann, le portrait de Valérie, enfin plutôt, le pugilat du couple, atroce et odieux : Libération quoi !].

Cyril est au comptoir, cul en exposition sur le tabouret. Face à lui, Grumeau, Lionel, bras gauche dans la poche, toujours le bras gauche dans la poche, la poche. T-Punch ou un truc encore plus fort, picon tequila, du genre, à la chaîne, toujours de la main droite.
Lionel n'arrête pas parler, de ses médocs, car il prend des médocs le Grumeau depuis qu'il s'est fait shooter en moto et qu'il a perdu, dans sa poche, son bras gauche. Je connais bien l'abruti au volant, Sébastien, un copain du bahut. Lui, ivre dans sa caisse, tout droit, pas vu la priorité, celle devant le " Montana ", le bar de nos guindilles lycéennes. Grumeau sur le bitume, Grumeau à l'hosto, avec ses dreads, avec ses guenilles, des heures à attendre, dans les couloirs. Forcément avec sa dégaine. " Bande d'enculés ".

Une femme vient prendre sa voiture, devant le bar, justement la psy de Lionel. Il sort la saluer, elle le moralise sur ses mélanges d'alcool, avec les médocs. Puis, se casse. Il revient penaud, son prochain rendez-vous est en juin. D'ici là, ironise Cyril, il a le temps de foutre le feu à je ne sais pas quoi, ou de se flinguer avec une bombe artisanale fabriquée à base de peinture et d'essence ou de trucs dans le genre.
" Espèce de Salope en Saab ! " ou Volvo, je sais plus.

J'y connais rien en voitures.