C'est l'écriture d'un mail à Juliette C. qui me révèle, avec vérité, cette sensation si intime d'être nigaud, la raison du basculement de ce journal en flot de sperme, en branlettorama. C'est mon dernier échec affectif qui a été le moteur du cynisme de branleur présent depuis peu dans ce journal, de cette apparition de la bite, bite venant se substituer à la belle danseuse inconnue du bus et du RER, et à mes délires poético-préraphaélites.

Marjolaine m'avait bâché, en me disant que je ne la faisais pas rêver ; moi qui me prends pour un type génial, adorable, marrant. Mange ça, petit homme.

Puis, donc, en dernier, Diane. Gracieuse, élégante. Mais encore des baffes, de cette frustration, je n'ai gardé que ses seins, que je vois comme voluptueux et lourds, idéaux. De cette réminiscence mammaire, je suis devenu ce type qui s'astique. Ce type qui n'y croit plus. Ce type, qui se branle, qui n'en branle plus une. Qui n'a plus de tableaux dans la tête, plus de Botticelli, même pas un Filippo Lippi, ni une céramique de Della Robbia.

Rien de transcendant en moi. Je suis mort. Les filles, désormais, m'amusent, et m'agacent. Encore aujourd'hui, la teutonne présentée par Jessica qui me joue " j'aime l'art et la culture de l'Islam ".
Marre des filles qui kiffent les arabes, qui n'en sont pas, vu que ce sont des berbères, généralement, colonisés par les arabes (de la péninsule arabique donc) au VIIe siècle.
Marre des femmes occidentales qui kiffent une religion, qui justement est critiquée par sa vision de la femme : mais avant, tout, c'est purement égoïste, je suis ni " arabe ", ni black, il me reste quoi !
[" On " se fait chier à tuer des gosses partout dans le monde pour libérer les femmes de leurs foulards, et ici, les femmes forniquent avec Ramadans, bordel !]

Bon, moi aussi j'aime les beautés berbères, Dabia, Rabéa, Loubna...
Mais marre des filles qui ont ce discours et ça me saoule, pas de préjugés, juste que cela me fait chier.
Pourtant j'adore chier, au passage, enfin, plutôt aux toilettes.

Je suis juste un infâme arabophilophobe...

Enorme et grotesque, à la télé, voix grave du off. On nous balance des images vidéos de Saddam, " des images inédites, peu habituelles ", qui nous informent, sur ce qu'était le régime de Saddam. Je vois, Saddam et sa dame, marcher doucement dans la neige. Saddam toujours avec sa femme, en tailleur rose, bien loin des tchadors des femmes du Koweït, par exemple, ou des femmes en Arabie Saoudite. Saddam devant un gâteau " qui informe bien sur sa mégalomanie " ; si loin des banquets de la République ?
Il se goinfre dans un pays où les enfants meurent, c'est ça ? Si loin des fastes de la Mairie de Paris, où des milliers de SDF bouffent les poubelles des Mc Do ?

Connards. Le journaliste est un connard.

Informations ? Ah, putain…

Se calmer. Mer calme à peu agitée, pour reprendre le titre du livre d'Alexandre.

Alexandre, tel est le prénom que m'affuble si souvent Nicolas Page, euh, non, Martin Page. Je suis heureux, tel Alexandre, d'avoir déjeuné avec lui. Mais aussi d'avoir rencontré David Foenkinos, " le dernier inconnu du bordel ". Sympathiques ces deux hommes à lunettes.

Le milieu est un petit bordel.

Jessica N. me parle de ses prises de galons, m'enivre de son parfum, m'encourage à ne pas abandonner " mon idée de la semaine ", dernière, désormais, et me propose de l'ouvrir à d'autres, à elle.

Belle, blonde, blonde, belle, sourire, fine, fine, sourire… Variations d'extases, cette délicieuse Jessica N.

Que faire ?

Faire un bisou.

Et réfléchir.

N. Ne pas sombrer à Trafalgar. N., film mort né récemment. Pas vu.

N. Ce brave bégayeur qui invitait en séances privées de jeunes filles, souvent très connes, et profiteuses.

N. Comme ces nouilles qui baignent dans de la mayonnaise, là, devant moi.

Je décroche le téléphone. Cyril vient d'appeler, il ira voir Jessica, et son super cul, ses supers seins, sa super taille. Je préfère rester là. Avec mes idées glauques, m'endormir sur le canapé. Ressasser le passé.