Le bonheur d'une porte terrasse ouverte, le bonheur d'un carré de ciel parfaitement connu, le bonheur d'une chaise qui tremble toujours de la même façon, le bonheur d'une crème fraîche qui frémit avec des lardons crépitants en attendant les pâtes fraîches, le bonheur d'un épisode des Simpson. Le bonheur d'être chez soi.

Loin de ma turne, de mes livres, des chroniques de Vailland que je dévore et qui me nourrissent si joyeusement. Immergé dans une bande d'esprits qui se perd. Maulnier, Brasillach, Lupin, et Vailland. Des touches à tout, des esprits brillants. L'histoire du cinéma par Bardèche et Brasillach ou bien la somme de musicologie de Rebatet, c'est dément ! Aujourd'hui, un tel esprit d'élégance et de folie même est presque introuvable, je ne vois que Jean Tulard.

Alors les dialogues, Nassif-MBK…
Hier, j'ai fait peur à Chloé en lui parlant de Soral, avec qui je m'entends bien, vu qu'il parle toujours très fort, et que je suis moins sourd que je ne suis myope... et au réveil, deux messages, Chloé toute smiley de sa sortie et Soral remonté et revenu après cinq semaines de vacances pour faire peur aux petites filles...
Je ne parlerai même des babillements de Derrida.
Il faut des hommes d'action, de concepts oui, et encore, les philosophes, je commence à m'en dégager. Il faut de l'engagement. Et c'est un dubitatif contemplatif qui l'écrit.

C'est.
Un jeune garçon un peu paumé qui écrit à une jeune fille sur Yahoo ! Rencontres lors d'une connerie à écrire pour son travail de concepteur-rédacteur. Une jeune fille à la plume alerte, à l'humour corrosif, au caractère nitroglycérine, aux grands yeux, le plus ouvert possible, aux lèvres, ultimes saillances. …quand la syntaxe est psychotique, la bile me monte aux lèvres…
Même Philippe me dit n'avoir rien compris à mon texte de la soirée… Et je crains aussi que mon message de bonne nuit envoyé à Audrey où tout un charabia de névrosé tentait de s'unir à quelques délires à prétention humoristique fût mal perçu. Je fais n'importe quoi en ce moment. C'est plutôt drôle. Je me sens si proche du gouffre. On peut y rester longtemps.
Philippe, mon tendre Philippe, qui au moment où Bénédicte pleurait son Nico dans les tympans méandres de Pascal, était justement avec lui. Où il était de question de Clémence. J'absous tout, je me dissous bien facilement dans cette bile, jeune Mélanie. Philippe et toutes nos déviances, ces jeux bien dangereux. J'ai peur pour lui, pour Nico, pour moi, à moindre mesure. Chacun piégé dans sa création, femme, femmes, journal…

Entouré des arbres, d'un ciel aux nuages sombres et bas, je me sens dans le juste. Comment expliquer qu'en sortant du bus, un type en voiture te salue, que tu le rejoins pour quelques mots à échanger, et que cette personne fut avec toi à la maternelle. Je n'ai pas grand-chose à lui dire, lui non plus. Mais c'est une sensation si précieuse.

Je lis le message de Claire. Je n'y réponds pas. Je me chois dans le canapé blanc. Nouveau monde. Je cours et je suis toujours tout seul, mon côté Sheller. J'ai laissé le Net branché, si un message pouvait me sortir de cette mélancolie, de ces doutes.

Ce journal me tue.