Journée Sarabande, adagio fataliste, une vie, Haendel. Un destin. Barry. Lyndon. Je souffle sur ma vie, je trouve les rideaux effrayants. Couleur myope, fantômes étranges, j'aimais le soleil qui perçait le verre. Mon grand-père profitant de ma semaine chez mon père a pensé bon de draper mes fenêtres. Je suis triste face à ces voiles diaphanes. Tout est blanc ainsi, les murs, les fauteuils, les fenêtres… Je découvre la météo sur la Cinquième, France Gall en ambiance, le prompteur directement face aux téléspectateurs. Je chantonne. Je me rassois et pense que la vie est une longue Sarabande, une longue marche lente. Lent dehors. Enfermé dehors. Sur un magazine, je reste un long moment sur la bouche entrouverte, les lèvres souriantes de l'actrice Angélina Jolie. Sa bouche, sa mâchoire, plaisirs immenses, je sens l'allegretto monter. A la télé, on me parle de Richard Burton, qu'il buvait, qu'il n'aimait pas celui qu'il était devenu, qu'il rêvait de jouer Faust. Je pense que dans ma vie, j'ai partagé " amoureusement " cinq nuits, avec trois filles. Cinq nuits, en une vie. Aria de Jean-Sébastien. Trois filles et elles ont disparu. Le temps d'un concerto. D'un duel. D'un aurore. D'un long crépuscule.

Presto. L'andante s'en-vive. Tempo. Plus vif. Il respire sueur grimace. Fabien se gare dans la cour déserte. Il jette ses mules dehors, les enfile, sourit, lance des mots en l'air, je suis sur le balcon. Deux filles, belles comme sur MTV, l'ont accosté au carrefour, tout près, surpris, il a répondu d'un simple geste de la main. Touquin, cité Aphrodite. Je lui raconte qu'à l'instant, j'observais de ma position perchée deux jeunes créatures langoureusement arpenter le bitume sous ma fenêtre, lookée comme pour une sortie en club, se dirigeant vers l'église, plus bas certainement, au square. Touquin, cité Sylphides. Thierry Henry propulse la balle, nos vies, dans les filets, à la vitesse d'une fibre optique. Exultation de la vitesse, de la puissance. Les Ethiopiens courent ensemble sourire blanc. Le noir africain s'efface de ce blanc. Des dents gagnent, un, deux, trois. Or, argent, bronze. Arsenal continue d'exploser le ballon dans les mailles d'une équipe adverse renversée. Quatre filles, jeunes certainement, entre seize et dix-huit ans, défilent désormais sur ce même trottoir chanceux. Drôle de dimanche à Touquin. Presto. Nous partons à Coulommiers, boire un verre, au Pétrin, Sébastien V. et Romain devant nous rejoindre. Impératif, rentrer pour la finale, vite, vite, vite, de Christine. Avant de partir, je regarde passer les deux jeunes sirènes. L'une, fil ondulatoire, ressemble à Albator. Comme ce jouet plastique que j'avais enfant, extrêmement souple, longues jambes élastiques. C'est elle, Albator.

A Coulommiers, la valse féminine s'envenime encore, encore, encore. Trésors. Laure, pépites infimes émeraudes, Carine, sa mère, qui est la plus désirable, vingt-deux ou le double, je les redécouvre après plus d'un lustre. Beautés qui battent le temps, le battent et ne se lassent de plaire, de pâlir, ces femmes blanches comme un aurore sans fin. Deux cercles azur pour rappeler qu'elles sont blanches et vivantes, plus encore, qu'elles brillent et font vivre. Déesses, aux yeux lapis-lazulis. Christine ne gagnera pas, elle ne sera pas en trône. En ce jour de gloire, dimanche 24 août, je pense à Valérie, aux surprises concoctées par Eric. Bon anniversaire. Je reprends le temps d'un Pachelbel.