10h49,
dans le train. Il partira en retard. Il doit attendre le bus de la Ferté
Gaucher, depuis qu'ils ont supprimé la ligne SNCF, c'est un bus
qui fait la navette. Je suis passé voir Pablo lors de ma longue
attente. Il me raconta l'événement de l'année columérienne.
" Un attentat ". On a voulu buter Guy Drut ? Non, tout bêtement
une valise oubliée sur un trottoir entre l'auberge de l'Ours
et l'ancien bâtiment de la banque de France. 12h, le secteur est
interdit aux véhicules et aux piétons. 17h, le service
déminage se pointe enfin ; voltigent culottes et chaussettes
de la tête de linotte. Déjà que les travaux de construction
d'un rond-point au niveau de la gare paralysent la circulation, on peut
imaginer que la ville fut en autarcie durant cette après-midi.
12h25,
dans le bocal, chambré par Franck, Christophe, Abder et Olivier.
J'y suis pour rien s'il y a si peu de trains en partance de Coulommiers.
Un enchevêtrement de mails, Chloé, Chloé, Chloé
Répondant à mon message matinal. Je rectifie ma page du
23, vire un paragraphe, naze d'ailleurs, mais ça fait drôle
de couper un truc spontané. Comme ce jour pour Philippe, pour
Elisabeth. Philippe me demande le mail de Régis pour elle justement.
Les mails se répondent entre eux, en toute innocence. Je les
vois bien ensemble, un truc détonant, de la dimension d'un big
bang. Des caractères de granit immuable, un socle doux et cruel
chez Régis, dur et méchant chez Elisabeth. Régis
le maître d'uvre, Buonarroti, Genet et surtout Clinquart,
rondouillard bambochard de l'IEP, qui paie des coups à ceux qui
portent des t-shirts Sonic Youth, qui paie des coups à
ses amis, qui ne sait pas vraiment que dire lorsqu'ils souffrent passionnément,
mais qui trouve toujours la phrase pour leur dire qu'il n'y a rien de
con, d'honteux à avoir été dans la perdition amoureuse
; cur tendre, rire sec. 14h30,
Claire 15h21,
Dîner au Cannibale, rue Jean-Pierre Timbaud, sous l'égide
de Stéphane, nouveau prince des lettres qui enquille les cocktails
chihuahuas avec une joie de vivre qui repousse à plus tard les
lampées de désespoir. 15h32,
Mélanie. Je lui ai forwardé le texte de Jérôme,
qu'elle ait une vision bien écrite de la soirée. Cette
jeune fille rencontrée lors de mes sollicitudes laborieuses me
répond, et j'en suis réjoui, car elle a un fichu caractère,
et n'aime pas du tout mon style psychotique
c'est drôle,
j'ai pris une grande décision hier: changer de sujet de mémoire:
les pensées féministes contemporaines et leurs contradictions
sur la prostitution. 17h23, j'ai quitté le boulot, avec deux gros bardas sur le dos. Je passe boulevard Magenta, l'une des dernières fois, puis, ce sera le train quotidien. Les Mamadous s'agglutinent aux comptoirs des boîtes d'Intérim. Ils ont tous le sourire. Je souris aussi pardi ! Pas de raison, je vais rejoindre Philippe, et nous allons passer un moment entre amis ! Je souris, tel un solide Mamadou ! 17h43, arrivé rue de Turenne pour déposer mes sacs, vérifier si par hasard, par bonheur, Audrey a répondu à mes messages, je me rends compte que j'ai oublié les documents pour Philippe, au fond de mon tiroir. Chose promise, et vraiment cela me fait chier de reprendre un chemin à qui je venais de dire adieu, mais chose promise. Evidemment, je suis en retard, en sueur, dans un métro gare de l'Est bondé au lieu d'y être allé en lambinant. Je m'en veux de cet oubli, de cette sueur, de ces gens collants, de mon retard. 18h23,
au Flore. Personne ? Déjà parti ou plus en retard ? Je
prends banquette, une jeune brune un peu folle, ce trait de femme un
peu folle, robe légère et bariolée, grands yeux
ouverts sur un cerveau chamboulé, s'assied tout près en
compagnie d'un vieil homme. J'aime bien les folles. Les rigolotes, les
étourdies, les rêveuses, les disparues. Philippe se pointe,
en bien belle forme, je trouve, suite à une semaine éprouvante
et loin d'être aboutie. La jeune pétulance, évidemment,
le connaît, je l'écoute lui parler avec grande précision,
j'essaie de tout repérer, les mouvements de sa bouche, des muscles
de son menton, les frétillements de ses oreilles, ses mains,
ses doigts qui nous présentent un petit pot de crème de
jouvence qu'un de ses voisins octogénaire a élaboré.
Un ange de folie. 22h37, deux âmes sensibles errent dans le quartier St Germain qui se stuc au grand regret de Jérôme. Nous cherchons un épicier, pour acheter une vodka. On erre un peu, puis sous terre, on prend la voiture. C'est à la Roquette qu'un petit Chinois me tend une bouteille de Zubrowska. Je bise Philippe, lui souhaite une belle nuit, de ne pas s'endormir Je rentre à pied, je dois être à Richard Lenoir. Je le nargue d'un Grec que j'aurais dans quelques minutes entre les pattes. Je le trouve rue Oberkampf. Je le finis au pied de la porte de l'immeuble. Grec le célibataire vs Greg le millionnaire. 23h20, Agnès, un mail " tant pis ? " Je lui réponds affreusement, la vodka orange et les Médocs ne sont pas les seuls coupables, ce serait si facile. Mais j'en ai juste marre des " vaudevilles " justement, des manipulations, même si, je pourrais en être également accusé. Je suis juste en colère d'avoir projetée Blanche au-dessus de cela. De m'être senti un peu foireux avec mes écrits, ma revue, alors que cela se finit de façon si pathétique. Sûrement déçu d'avoir cru qu'elle était au-delà. Mes intentions étaient amicales, j'avais rien envisagé du domaine de la passion. L'amitié nécessite aussi de la rigueur. Et je suis un tel dictateur ! Philippe me faisait la remarque que Caroline partie, le dictateur s'effondra. Oui, tel un Pinochet à qui on enlèverait son hochet, son jouet. Que me reste-t-il ? En bon onaniste, je vous salue (Remerciements à Pierre Desproges). Je cours si fatalement, mais je ne pourrai jamais courir après une fille qui a créé en moi du mépris. 23h31, un mail sur Outlook, Audrey ( ?), sans signature, les propos laisseraient penser que c'est Audrey D. mais l'adresse Charles D. d'hier n'est plus la même. Si cela se vérifie, je suis bien triste, plein d'amertume Je lui ai écrit trois mails, sans réponse, j'ai guetté les messages arrivants, les entrées au Flore ensuite. Et cela était vain vu que mes messages ne sont pas arrivés (certainement dans la boîte de ce Charles). C'est une douleur bien pénible ! Ma dernière nuit à Paris. 00h, tel un atoll d'atomes, je m'endors.
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