Je marche poster une lettre, une lettre sur Bordel, pour le Pays Briard. Un peu de promotion dans mon bled, cela s'impose. Là, des baffes, des paumes dans la gueule, partout, j'en ramasse plein la tronche. Des filles belles, bien plus belles que, bien plus jolies, désirables, souriantes, là, dans la rue, je les vois, et ce sont épaules, seins, pommettes, oreilles, chevelures, genoux, chevilles, cous, hanches, tailles, qui se propulsent à la vitesse de l'atome dans un mécanisme nucléaire dans mon ciboulot. La beauté de la femme est là, devant toi, tout autour, et tu restais avec tes geignements, avec ta bite, ton nombril, ton ventre. Ah ma bite ; ah mon nombril ; ah mon ventre. Ne plus penser à Caroline, " Don't care on line " Subtilité (cela peut lui arriver) de Christophe C., jeune DA de l'agence, tendance Austinienne (Steeve ou Power, les deux accrochent) à propos de ce journal Un cul,
deux hémisphères, oui un cul, oui mais deux hémisphères
en forme lourde de généreux quartiers d'orange, une longue
descente filaire blonde, deux chevilles enlacées de fils dorés
Un, deux, trois soleil
Je ne bougerai pas. Je la vois de dos,
petite dodelinant de son cul que nul ne pouvait imaginer. Je prends
timbre, poste lettre, sors dehors, attends son retour. Immédiatement,
elle revient. Je me stoppe, l'univers s'arrête, temps suspendu
à deux morceaux de chair dessinés par Dieu, pour ne donner
qu'un indice de son existence. Tout le monde se lève pour la
création divine. Subjugué, je vois douloureusement disparaître
ce cul de la création. Je n'ai pas eu le courage de la suivre,
pour poursuivre cette révélation. Pour me consoler de
ma lâcheté, j'imagine qu'elle vient tous les soirs poster
les envois du jour. Lorsqu'elle quitte son bureau, passe dans les couloirs
de son entreprise, les hommes ne respirent plus, ne salivent plus, ne
suintent plus, ne vivent plus, les hommes sont des natures mortes lorsqu'elle
descend, sort dans la rue pour se rendre à la poste. Je suis
en short Puma blanc, baskets Royal rouge, jaune & grise, chemise
H&M grise coupe berger. Rien l'étoffe d'un homme qui parle
à une déesse. Surtout avec ma démarche à
la Goebbels, à la Geoffrey de Pérac, je préfère
Le long
de mes lambinages, je les rencontre, les sylphides de la vie
Je
suis un scientifique, un observateur, un conservateur, ne leur jette
qu'un furtif coup d'il de peur de les effrayer, de les voir s'envoler,
convoler au loin avec des malandrins. Terrasses de café, carrefours,
passages piétons, quais de métro, de gare, de bus, files
d'attente, tels sont les endroits où les créatures de
Dieu, et de leur mère, viennent abreuver mes rêves, mon
esprit, bien vide sinon. Que resterait-il de notre esprit si on n'enlevait
les réminiscences des Beautés vues par-delà nos
aventures quotidiennes ? Je reste
à Paris, après avoir longuement hésité.
Je suis fatigué, Régis aussi, mais je me suis arrangé
pour traîner des pieds à la gare et louper mon train. De
plus le distributeur me donna un peu d'argent. Je pars écrire
un peu dans des cafés, Progrès, rue de Bretagne,
puis au Cannibale, rue Jean-Pierre Timbaud, où j'ai rendez-vous
à 21h30 avec Régis. Il est à ce moment précis,
sur l'ensemble d'un même fuseau, droit, 21h04. Régis
arrive. Tête dans le cul, il siestait le Clin-clin. T-shirt blanc
Manga, Japonaises nues bondages, je baragouine, il fait son possible
pour suivre. Je parle trop. C'est vrai, ça aussi. Mais je n'avais
dit mot depuis trois heures, à l'exception de formules de politesse
et de commandes. Nous dînons, paisiblement, je ne sais plus trop
de quoi nous parlions. Jusqu'à l'arrivée d'une horde sauvage,
deux blondinets bordéliques, ivres de joie et de verres enquillés
à l'apéro Technikart. Thomas et Pascal B. Thomas est sous
love de Despentes, dingue tout cela. Une vraie femme, dit-il. Bien,
bien, bien
Pascal
et Thomas filent dans une succession de soirées, MTV, Toyota,
ELLE
Avec Régis, on fonce au REX, concert de DeadSexy
(Stéphane Hervé et Emmanuelle Hubaut). Je vais enfin les
rencontrer, le créateur de feu RAGE et la folie scénique
de LTNO.
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