00h25… Je sens le souffle frais, chaud, je ne saurais dire, s'engouffrer dans la chambre, soulever mon drap fin, unique, celui de l'après. J'entends voler quelques feuilles dans le salon, je présage l'orage. Je bondis, mollet bandé, bite bandé, je rêvais, cauchemar plutôt, Caroline, toujours. Toujouir dérape mon doigt sur le clavier. Je ferme la fenêtre de la chambre pour éviter les courants d'air, ainsi que la porte de la terrasse. Craignant les coupures d'électricité, j'éteins mon ordinateur. Efficacité totale, j'assure grave. L'idée se pointe, dans la tête, et dans mon calbute, sors la tête. Ne serait-il pas l'heure de ? Le destin, encore avec moi. Générique de début, " Rustine Power ", parodie misérable X du célèbre personnage de Mike Myers. Ma bite s'est émancipée. " immensipée ", dis-je dans ma caboche de dyslexique. Je ne me branle plus comme avant, vite fait, à peine décalotté, juste ce qu'il faut pour jouir pile poil au moment où la donzelle enfourne la bite géante dans sa bouche et s'excite frénétiquement le membre une fois introduit dans un si étrange orifice. Ma bite est devenue arrogante, elle pavane tête haute, Mazarine, sa pourpre, elle sort la tête, désire qu'on la branle longuement, plus de jets intempestifs, bâclés, giclés comme ça, comme un postillon, jamais plus. Elle veut qu'on la caresse, qu'on la laisse bien gonfler, elle est culottée ! Décalottée. Je la branle comme elle le désire, je ne suis pas un mec chiant. Je dis souvent " oui ", comme le remarquait Frédéric. Je dis " oui ", car je suis sûr de moi. Si le oui m'entraîne dans une mésaventure, ce n'est pas celui qui a dit oui qui est le grand perdant. Je ne perds jamais, car je suis au-delà du oui et du non. Si.
Ma bite est belle, librement lâchée, elle a vécu une enfance douloureuse, masturbée sans trop d'attention. Ça te claque une bite tout ça. Le jet est beau, le sperme est beau. Tout est beau, cette nuit de nuée qui annonce l'orage. Je me recouche, la bite heureuse.

Je marche poster une lettre, une lettre sur Bordel, pour le Pays Briard. Un peu de promotion dans mon bled, cela s'impose. Là, des baffes, des paumes dans la gueule, partout, j'en ramasse plein la tronche. Des filles belles, bien plus belles que, bien plus jolies, désirables, souriantes, là, dans la rue, je les vois, et ce sont épaules, seins, pommettes, oreilles, chevelures, genoux, chevilles, cous, hanches, tailles, qui se propulsent à la vitesse de l'atome dans un mécanisme nucléaire dans mon ciboulot. La beauté de la femme est là, devant toi, tout autour, et tu restais avec tes geignements, avec ta bite, ton nombril, ton ventre. Ah… ma bite ; ah… mon nombril ; ah… mon ventre.

Ne plus penser à Caroline, " Don't care on line "… Subtilité (cela peut lui arriver) de Christophe C., jeune DA de l'agence, tendance Austinienne (Steeve ou Power, les deux accrochent) à propos de ce journal…

Un cul, deux hémisphères, oui un cul, oui mais deux hémisphères en forme lourde de généreux quartiers d'orange, une longue descente filaire blonde, deux chevilles enlacées de fils dorés… Un, deux, trois soleil… Je ne bougerai pas. Je la vois de dos, petite dodelinant de son cul que nul ne pouvait imaginer. Je prends timbre, poste lettre, sors dehors, attends son retour. Immédiatement, elle revient. Je me stoppe, l'univers s'arrête, temps suspendu à deux morceaux de chair dessinés par Dieu, pour ne donner qu'un indice de son existence. Tout le monde se lève pour la création divine. Subjugué, je vois douloureusement disparaître ce cul de la création. Je n'ai pas eu le courage de la suivre, pour poursuivre cette révélation. Pour me consoler de ma lâcheté, j'imagine qu'elle vient tous les soirs poster les envois du jour. Lorsqu'elle quitte son bureau, passe dans les couloirs de son entreprise, les hommes ne respirent plus, ne salivent plus, ne suintent plus, ne vivent plus, les hommes sont des natures mortes lorsqu'elle descend, sort dans la rue pour se rendre à la poste.
Je ne pouvais pas mieux faire que de la contempler, et d'en parler à ma bite, le plus tôt serait le mieux.

Je suis en short Puma blanc, baskets Royal rouge, jaune & grise, chemise H&M grise coupe berger. Rien l'étoffe d'un homme qui parle à une déesse. Surtout avec ma démarche à la Goebbels, à la Geoffrey de Pérac, je préfère…
Y a t il un look pour accéder à une telle Beauté ?
Ce midi, j'ai déjeuné avec une fille d'une beauté précieuse, rare, diaphane, et cela fut plaisant, nourrissant, car j'ai pris de quoi remplir mon ventre, de quoi évoquer mon nombril, et même ma queue, fichtre !
[Je me rends compte que ce journal est truffé de privates jokes, ce dernier italique en est un ; demandez à Agnès D., au 5e]

Le long de mes lambinages, je les rencontre, les sylphides de la vie… Je suis un scientifique, un observateur, un conservateur, ne leur jette qu'un furtif coup d'œil de peur de les effrayer, de les voir s'envoler, convoler au loin avec des malandrins. Terrasses de café, carrefours, passages piétons, quais de métro, de gare, de bus, files d'attente, tels sont les endroits où les créatures de Dieu, et de leur mère, viennent abreuver mes rêves, mon esprit, bien vide sinon. Que resterait-il de notre esprit si on n'enlevait les réminiscences des Beautés vues par-delà nos aventures quotidiennes ?
Dans ma tête, il n'y aurait pas grand-chose, père, mère, grand-mères, grands-pères, amis, la petite enfance ? Même pas, déjà parasitée, enivrée, captée par Karine, Sandrine, Carine…

Je reste à Paris, après avoir longuement hésité. Je suis fatigué, Régis aussi, mais je me suis arrangé pour traîner des pieds à la gare et louper mon train. De plus le distributeur me donna un peu d'argent. Je pars écrire un peu dans des cafés, Progrès, rue de Bretagne, puis au Cannibale, rue Jean-Pierre Timbaud, où j'ai rendez-vous à 21h30 avec Régis. Il est à ce moment précis, sur l'ensemble d'un même fuseau, droit, 21h04.
Je suis au Cannibale, et je regarde les livres que j'ai achetés à 19h04, à L'arbre à lettres du boulevard du Temple. Des auteurs que j'aimerais contacter pour le prochain Bordel, un Pasolini en poche, pour le simple plaisir, et un conseil de libraire lié à un texte intitulé " En ce bordel ".
Histoire d'amour, Régis Jauffret, Petites soupes froides, Héléna Villovitch, Leçons de choses, Bruno Roza, Actes impurs, Pier Paolo Pasolini et Le Régime des Passions et autres textes, Clément Rosset.
Je lis… Clément Rosset, philosophe et philologue. Il est bien 21h21.

Régis arrive. Tête dans le cul, il siestait le Clin-clin. T-shirt blanc Manga, Japonaises nues bondages, je baragouine, il fait son possible pour suivre. Je parle trop. C'est vrai, ça aussi. Mais je n'avais dit mot depuis trois heures, à l'exception de formules de politesse et de commandes. Nous dînons, paisiblement, je ne sais plus trop de quoi nous parlions. Jusqu'à l'arrivée d'une horde sauvage, deux blondinets bordéliques, ivres de joie et de verres enquillés à l'apéro Technikart. Thomas et Pascal B. Thomas est sous love de Despentes, dingue tout cela. Une vraie femme, dit-il. Bien, bien, bien…
Nous sommes à la merci du one-man-show de Thomas, comédien, tiens comme Clin-clin ; ah, je me souviens, nous avions parlé de Sylvie Testud, une amie de Florent, et d'une grosse chouille bourgeoise-bonne-franquette… Thomas avance sur pas mal de dossiers, c'est un accrocheur. Pascal est pour sa part d'une coolitude très agréable. Nous étions quatre, plumes, esprits, en plein monde.

Pascal et Thomas filent dans une succession de soirées, MTV, Toyota, ELLE … Avec Régis, on fonce au REX, concert de DeadSexy (Stéphane Hervé et Emmanuelle Hubaut). Je vais enfin les rencontrer, le créateur de feu RAGE et la folie scénique de LTNO.
Je me sens con, avec mon sac, mon portable, mon short, mes chouses rouges, dans une ambiance 80ies, Joy Division, punkeisée… Boire quelques bières, il y a des filles, sublimes, aux longues jambes sur talons hauts, gigotant sur la piste, tellement de petites évanescences érotiques. Petites poupées, animées, à manipuler, à bouger, à secouer.