Je suis dans la voiture. Il ne fait pas beau. Je me sens laid. Je me suis longuement posé la question d'y aller ou pas. J'ai envie d'y aller. Comme on dit. J'ai envie de voir Néo, Marie-Sophie, la plus belle jeune femme de Paris, Jessica, douce blondinette, et ce soir, mes vieux potes, Pascal et Sébastien. Je me sens tout vaseux, si le temps était beau. Je me sens mal, devoir prendre le train, mais avant passer dans un hypermarché, acheter une bouteille de Champagne, du jus de fruits, puis, à Paris, un bouquet de fleurs, j'ai déjà repéré, sur le Net, les fleuristes du 6e. J'ai pensé à tout, j'ai mes affaires propres pour demain. Je passerai même chez Régis pour l'inviter à nous rejoindre au bar " Les Couleurs ", rue St Maur. J'ai même répondu à un mail de Caro-Marco qu'elle pouvait m'y rejoindre ce soir. Je me sens mal. Je me sens laid. Je ne me sens pas dans un état sociable. Je ne sais pas si c'est du Champagne que je devrais emmener chez Marie-Sophie et Néo. J'en ai marre de faire chier mes potes. J'en ai marre de me sentir las.
Il ne fait pas beau, s'il avait fait beau. Le message compliqué de Caro-Marco me donne mal au bide, je suis partagé entre mon " bon fond " qui me fait culpabiliser, et la peur et l'envie de ne plus y penser. A cette oppressante présence, ce sentiment de ne pas être tranquille, de ne pas dire clairement les choses. Depuis ces multiples appels nocturnes, auxquels je n'ai jamais répondu, j'ai pris l'habitude de débrancher mes appareils. Lorsque le téléphone sonne, j'ai une boule dans l'estomac, et le cœur qui s'accélère. Je deviens parano. Pas tranquille quoi. Je me motive pour cette après-midi, allez, je vais voir Néo, et certainement plein de personnes intéressantes, Florian, et j'ai vu le nom de Serge Brussolo sur le mail. Et pis, il y aura certainement des copines exquises de Marie-Sophie. Mais je me sens mal, le mail de Caro-Marco qui me donne mauvaise conscience. Pourquoi n'a-t-elle pas seulement dit " je suis à Paris le…, on se voit ? " ?
Elle part dans ses vrilles effrayantes, sa possession, son dirigisme, son emprise. Je déteste ça. Bordel, pourquoi tout cela est gâché ! Par ses commentaires, ses avis, ses ordres. Va chier. Allez tous chier. Je me faisais un plaisir, une joie, de l'aider, pour son court, pour son joli texte. Que je garde.

J'ai envie de vomir. Je suis revenu. Dit à pépé, fais demi-tour. Dans la voiture, stress, et quand je stresse, ça se sent ; comme le dit si délicatement Anso. Je me sens mal, et là, désormais je pue. Je stresse. Mon grand-père gueulouille un bonbon ; je déteste tout ce qui est du domaine de la mastication. Il doit le savoir, lui qui me connaît depuis toujours. Et bah non, il mâchouille et cela me rend dingue. Je deviens rouge, je mets la radio, n'importe quoi, RFM, le son n'est pas assez fort, mais je n'ai pas la force, je ferme les yeux, me cramponne à la poignée, prie. Je sens que je suis définitivement stressé. Demi-tour, mon après-midi est fichue. Je me sentais mal, je sens mauvais désormais.
Je ne lui en veux pas, c'est un vieux con, en-vieux. Qui n'a jamais été un homme bon. Il a toujours méprisé les réussites de son fils, ou de moi. Gentil, serviable, mais démotivant. J'imagine les propos que Caro-Marco pourrait m'envoyer, conneries freudiennes… je vais devenir fou !

Je reviens, passe, rassurer ma grand-mère, je fais semblant. Je suis pourtant si énervé. Je pars acheter des trucs à bouffer chez Mahfoud. Des chips, du Coca et du Galak. Je me sens tout naze, si naze. L'image de moi à poil, gras sous les bras, gras sur le bide, dans le miroir. Moi, le maigrichon d'hier. Je m'en veux. Je dois appeler Sébastien et Pascal à qui je fais un mauvais plan. Je pense à Jessica N. que je devais voir, à son gentil message déposé sur mon répondeur récemment.
Je suis un looser. Je me dis que j'aurais dû faire un effort.

Je refusais la solution fœtale de " Requiem for a dream ", mais je dois bien constater que je suis couché sur le côté, à mater " Friends ". Je reprends un peu de courage, appeler Pascal, pour lui dire que je ne passerai pas ce soir. J'écoute mes messages, je découvre que le 55 94 est le numéro de Caro-Marco. Elle me laisse, m'a laissé, un message, lacrymal. Ce qui me replonge dans mon cafard. Je me sens responsable, et en même temps j'aimerais tellement ne plus y penser. Ma gorge est bloquée, je reporte mon appel au Jouq'. Pleurnicher et me reprocher, pourquoi avoir sombré dans le passionnel chiant ?

Je suis chez moi, avec toute la culpabilisation chrétienne sur le dos. J'ai effacé tous les messages du répondeur, n'ai pas voulu écouter leurs fins. J'ai les pleurs de Caro dans la tête, sur le cœur. J'avais pas besoin de cela en ce moment.

J'ai tout loupé ce week-end. Marre. Putain, de ce putain de message de Caro. Que je ne connais même pas. Qui a tout compliqué, tout rendu si pesant, si invivable. Me voilà terré chez moi, le téléphone phobique, et le moral d'un dépressif terminal.