Mes jambes dans l'escalier de la résidence ont la sensation d'être d'une légèreté plume, coq, mouche… Je viens de courir en ville, une bonne trotte jusqu'à la plage, puis jusqu'au centre pour voir la librairie où le libraire a écrit de jolis petits commentaires sur une sélection de livres, dont Soral, avec des commentaires univoques. Mais il ne bosse pas le matin, je lui laisse mes coordonnées. Ses choix sont radicaux et couillus, " texticulaires " quoi.

Cyril fait caca'n'douche, je mate la téloche en petit-déjeunant. Je tombe sur Canal Club et un appareil à musculation des abdos, Ab-doer ! Me voilà sauvé ! La révélation, je reste scotché sur la démonstration qui n'arrête jamais, des témoignages à gogo… Conquis, je retiens le nom (pour une recherche Internet à mon retour) et zappe. Résultat, un clip de Jenifer Lopez. Je n'avais jamais vu un clip de cette bomba… Tout est basé sur son cul, ça je savais, l'histoire de l'assurance fessière et tout le tralala… mais quel cul, abdos et ça bouge élastiquement les fibres bien tendus. Nouvelle fois, conquis.

L'aventure cyrilienne du jour (la principale) : On repasse donc au salon de coiffure, on avance à petits pas, Cyril dans mon dos, je le cache. Discrets. Une petite coiffe l'unique cliente, " c'est elle ? Putain, t'as vraiment un problème d'Œdipe (ou de goût), elle ressemble à ta sœur, en moins moche, je te le cède ! "… Il me confirme que oui après quelques hésitations, la fille ne bronche pas de la chevelure de sa cliente. On repart chercher des fleurs, car les filles sont touchées par les fleurs, ah oui ! Pas de fleuriste, j'émets l'hypothèse de l'Attac d'en face. Bingo. Bouquet coloré et chatoyant, imbattable. L'attaque de face désormais. Il s'assied à une table d'un café proche, je pars en éclaireur. Elle est seule. Je fais immédiatement de grands gestes. Il se lève, bouscule personne, et se précipite vers sa conquête, fleurs au dos. La fille est à ce moment précis en train de fumer près de la porte de la boutique. Drame… temps suspendu, le son s'interrompt sur la pellicule… elle ne le reconnaît pas. Il précise, elle capte, mais ce fut laborieux, un total échec aurait été inacceptable. La fille est commercialement sympathique, mais au geste immense du petit père, elle répond par " tu repasses quand tu veux ". Heureusement, dans cette déception, la fille avait des nus pieds, et Cyril aura pu voir que " sa belle " avait des pieds laids.
Les filles sont touchées par les fleurs, seulement si elles viennent de garçons qui les touchent.
Mais c'est sûr aussi qu'elle va cogiter sur cet événement rare, un joli garçon aux yeux bleus vient de Paris, se souvient de votre unique rencontre, de l'endroit où vous travaillez, et vous apporte des fleurs ! Si c'est un acte unique, bordel !
[Entre nous, la fille vaut pas une feuille de pissenlit !]

Ambiance mitigée, on part vers Nice. Pour peut-être s'arrêter à un magasin Quicksilver (mais lequel ?) où bosse une amie de Cyril, peut-être chez Caroline, à Roquebrune, peut-être aller à Monaco, peut-être en Italie… Je prends des photos nazes (panneaux, affiches de concert (I Muvrini le 9 juillet à Nice), détritus de Mars… Cyril se dit libéré, il a fait sa " bonne action " à laquelle il pense depuis longtemps. [Les Wampas hurlent dans la caisse ; retour aux certitudes.]
On passe Nice en embouteillage, on poursuit en bord de mer, Cyril veut aller manger des pâtes en Italie… c'est parti ! Logiquement on devrait passer par Roquebrune, c'est face à la mer d'après les photos que m'envoie Caroline. Adresse : " le livre de Fred " et " le mari de Marie Curie ".
Bridgestone nous accueille à Monaco où les vroums vroums vroument à partir de vendredi. On poursuit vers l'Italie ! Juste après Monaco, Roquebrune, on y croyait plus ! ; je pensais que c'était tout près de Nice. Je regarde si je vois la rue de Caroline pour s'y arrêter le soir. Pour le moment, la mission, des pâtes en Italie.
Exploit, je vois gravé sur une plaque de pierre l'avenue recherchée… On ne s'arrête pas, j'aurais bien aimé, mais non, si, bon, on roule. Menton, Galoche, Beigbeder… on bifurque vers Sospel, erreur, au lieu de bord de mer, lacets double triple, troupeau de chèvres sur route, village dans les montagnes. On se balade dans les ruelles, passant sur des ponts de pierres moyenâgeuses. On prend un verre dans un vieux rade, chiens mouillés, motards allemands. Cyril kiffe sur les yeux lapis-lazulis d'un des teutons. Il reste scotché par le bleu translucide du petit brun en BMW. Tarlouze !

On prend la route sinueuse d'Olivetta, première ville Italienne, dans les montagnes. On s'y arrête prendre des photos de Cyril debout sur son capot. Les Wampas reviennent pour la conquête transalpine. Cyril n'a de cesse de parler de la multitude d'oliviers vus partout, et nous sommes à Olivetta, la ville des oliviers. Bonheur.

On gambade longuement dans les rues de Vintimille à la recherche d'un restaurant, mais à 16h30… On s'arrête à un bar qui offre des plats Buittoni, à défaut de vraies paste, Cyril part à la charge, commande et ponctue sa saillie par un " muchas gratias ". Petite mine à la vue des lasagnes, plats surgelés dans barquettes en carton. A la boutique de duty free, Zubrowska et Campbell… " Gratie Millo " !

Roquebrune, énorme queue, voiture à la leuleu. Nous sommes obligés de nous garer tout en bas. On trouve l'adresse de Caro. Il faut passer par derrière. La première boîte ne correspond pas à son nom, bordel, serait-ce une mauvaise adresse ! A côté, une sorte d'ascenseur, oui, un ascenseur, à l'intérieur, sur le côté, des réserves de bouffes. Trois boutons, deux noirs et un rouge. Mais le bon nom sur la b.a.l de la porte ouverte de l'ascenseur. On reste devant méditatifs.

Un homme passe la tête. " Bonjour, nous voudrions voir Caroline, s'il vous plaît… ". Le pont-levis est abaissé. Nous pénétrons. Le père est sympathique, il nous propose de nous asseoir et de l'attendre, " c'est son heure ". Il nous met à l'aise, parle suffisamment pour nous décoincer. La mère est au fond de l'appartement. Il dépose un message sur sa messagerie, on ne devrait pas tarder à entendre le son de son Chapy, nous dit-il.
La mère nous rejoint, elle comprend qui je suis. Ses yeux brillent, je suis tout gêné. Elle ne veut pas manquer la tête de Caro lorsqu'elle me découvrira. Y a de la pression !

Moteur, porte de garage, ascenseur… Sa mère est malheureusement au téléphone avec sa seconde fille, Sandy. Elle rate la joie Jamelienne de la petite créature libérée et joyeuse. Cyril me regarde et n'en revient pas d'un tel accueil. Elle est heureuse, je suis heureux. Elle me montre ses fiches de notes, " c'est Noël ", " ça vous arrive souvent de faire de tels cadeaux comme ça Monsieur ".

Elle est belle, Caro. Elle nous montre sa chambre, Doors, tiens un Brad Pitt, comme le Cissou, dis-je, un aquarium… Je lui avais dit lors de notre longue conversation téléphonique qu'elle avait beaucoup en commun avec Cyril. " Eh t'essaies pas de me refiler ton pote hein ! "

De joie, Cyril lui demande si elle n'a pas un petit joko, lui qui n'avait rien encore fumé depuis notre départ. Mais il se sent bien, moi aussi, et Caro est un ange de vie !

Elle nous montre sa chambre, ses objets, nous lit son woman-show… Tout ça dans la frénésie. Ses yeux brillent. J'aime ça.

Je propose que l'on dîne ensemble, préviens ta mère que tu manges avec nous…

Je monte dans le coffre, elle guidera le Cissou jusqu'au snack-bar du camping où elle vécut petite arrivant de son Nord natal. Je suis allongé derrière, ne bouge pas, je souris à cette petite merveille. Je m'en voulais de l'avoir fait souffrir, à Paris, et quand Cyril lança l'idée d'aller à Cannes, j'avais eu l'idée de lui rendre une visite. Si cela se passait mal, je repartais avec Cyril, si cela ne l'était pas, c'était le rêve.

Ce fut un rêve de coffre de Clio. Le bar ne servait plus à manger. Et je demandai à Cyril si cela l'embêtait si Caro passait quelques jours avec nous. J'avais vu dans ses yeux qu'il avait été conquis tout comme moi. Je pensai voilà une fille idéale pour lui. Non ?
Un garçon idéal pour elle. Mais elle me regarde avec tant de brillance…

Nous passons quelques moments sur un haut rocher à contempler la ville légèrement éclairée et à écouter les grenouilles.
Je les écoute parler. Allons, tu dois faire des valises, tu vas dormir avec nous !

Sur le trajet, je suis allongé dans le coffre, je ne vois rien. Ils s'entendent bien. Je rate les putes (célèbres) de Nice…

Caro dormira dans le second lit du canapé jumeau… Elle dormirait bien avec moi. Mais je dis non. Enfin.

Elle me rejoindra au lever du matin. Ses mains m'enlaçant, me caressant. Je restais bloqué, coincé, ce n'est pas tous les jours qu'une jeune femme me témoigne tant de tendresse.

Je ne sais pas comment réagir. Cela est si surréaliste.