Je
change de wagon. Je me rapproche de la partie des gens qui descendent
aux Halles. Je change de wagon, range le livre de Fred, j'approche des
10h, je change car je ne supporte plus le relent de vinasse qui
s'évade de la moustache de ce rougeaud aux yeux de rouget. Il
n'a pas l'air méchant, je n'aime pas trop cela changer de place,
mais me plonger dans l'autobiographie pudique de Fred en zone
poivrote, c'est trop pour moi, ce matin. Je ne suis pas en grande forme,
je me suis couché tard, après presque trois heures au
téléphone avec Claire. La soirée avait de plus
débuté par un mail plein d'intention de Pascal, mais ses
" mises en garde " me taraudaient, me réjouissaient
par son amitié, mais me nouaient un peu l'estomac également.
J'essayais de ne penser à rien, je ne pensais à rien d'ailleurs
devant un film avec Jugnot et Auteuil, un après-midi de chien.
Une sonnerie, je ne décroche jamais habituellement, mais là,
dans un léger tourment, je ne laisse pas la seconde retentir
et réponds. Claire
Je ne sais pas. Elle a bien cerné
le personnage, mais s'obstine à vouloir le suivre
Je me
rends compte que ma vie est peuplée de filles de lumière,
de créatures fantasmées, que je n'arrive pas à
les toucher, et ne le souhaite pas d'ailleurs. Avant
de me coucher, je vérifie toutefois mes mails, Audrey
Fil
rouge de ces derniers jours
ruban qui s'échappe
ordalie
mardi midi. Je souris à ces entremêlements romanesques.
Nous nous loupons, et elle rencontre Régis à Montorgueil,
qui n'en manque pas. Toute une histoire se tisse. J'aimerais parfois
m'échapper du monde. Je
m'échappe, il est 9h46 dans le livre de Fred, je ne supporte
pas l'odeur du jeune black près de moi. Mon ventre se nouait,
peu avant qu'il décide de prendre place près de moi, se
nouait à la vue d'un visage rond et rose d'une jeune femme qui
ressemble à Ingrid. Elle est mère depuis juin, granit
de vérité. J'ai vraiment mal au ventre, et l'odeur vanille
sueur du jeune ébène, non merci. Je change encore. Plus
j'avance vers les wagons du milieu, plus c'est bondé. J'échoue
face à mon pire ennemi, le masticateur. Bien fait pour moi, je
regrette dès lors mes effluves de Madagascar, enrichies de vanille,
et les flagrances vinassées du petit père du début.
Je ferme mon livre, ferme les yeux, me lance dans une série de
pensées à geindre. Peut-être en ce moment
Caroline suce Cyril. Elle avait du mal en enrober mon gland dans sa
bouche, je me demande comment elle fait avec Cyril. Je me fais du souci
pour elle. Elle jouit très vite, et Cyril reste priape des heures,
je me fais de souci pour elle. Déjà que moi
Je ne
vais pas tirer une règle d'un 6 juin. Je prends de la distance
avec tout cela, je les imagine très bien forniquant dans un boui-boui
africain très humain. Ils fumeraient un joko après une
ultime saillie. Je me fais du souci
J'ai mal au ventre avec toutes
ces conneries,
, Claire, amoureuse, me met pourtant la tête
dans la gadoue. Je suis un contemplatif, c'est vrai. J'aime cette vie
de solitude, et je suis d'une patience d'ascèse dans ma quête
de la femme, de cette révélation tant attendue. Je suis
aussi un magnanime. Je le suis avec elle. Mais je n'ai pas la même
notion de temps. Je ne baisserai pas pavillon de mes rêves d'absolu,
quitte à mourir seul dans ce canapé blanc. J'ai mal au
ventre, quel drame d'aller chier au taf. Toute une liturgie, d'abord,
le bon moment, au préalable, saluer tout le monde, ce matin,
féliciter Philippe de son mariage, fêter une bonne fête
à Nathalie, discuter avec Franck, puis, choisir le moment où
tous prennent un café, vérifier le rouleau, entourer la
cuvette de papier, colmater le fond d'une épaisse couche anti-bruit.
Un livre ou un journal ne sont pas superflus. Je ne lis rien, je pars
en voyages souvenirs
Les chiottes de la maison Mozart à
Prague, celles des Offices à Florence, le Bargello, quelques
musées en Tchéquie, à Cracovie
De ce train
à double étages, de ce café avec Yann, de ce camping
avec Cédric, Sébastien
Je
reviens paradant mon nouveau dénouement
Franck a acheté
le Technikart spécial nouvelles d'été. Il
m'en parle avec engouement, a bien aimé Gunzig, MBK, Eudeline,
Villovitch, il n'a pas tout lu. Je l'ouvre, je regarde la photo d'Audrey,
ne dis mot. Je poursuis, frime un battement de cil sur la réclame
Bordel, je feuillette et stoppe sur la photo de Malnuit, outrage écrasé
au sol
Son texte parle des glory hole (l'un de mes surfs
préférés en ce moment)
Je lis aux éclats
son histoire de trou. Je lui écris, cela me démangeait
depuis longtemps
Il est ok pour le numéro 2, et me file
un lien sur un site où de jeunes blondes sucent des bites noires
sorties de trous muraux dans des chiottes
Franck est intenable.
Dans les chiottes de l'agence, il n'y a pas de trous, seulement une
affiche, à l'intérieur, face à l'assis, qui dit
" fermez la porte derrière vous "
Derrière
moi, il n'y a pas de porte, qu'un mur en oblique qui me frotte le crâne
lorsque je me relève. Je poursuis mon effleurage, revenant quelques
fois sur la préhome, je souris et trouve qu'Audrey a des faux
airs de mon père ; est-ce parce que je suis en ping-pong avec
lui en ce moment pour définir ma date d'arrivée
Nassif s'en prend dans un texte assez drôle, mais qui manque de
recul, d'ironie, de distance de soi, à mon cher Soral
Ce
dernier me demande d'intercéder pour défendre un manuscrit
qu'il est en train de lire, d'ailleurs Malnuit est dans le coup aussi.
Comme quoi, les toiles de ma vie sont toujours impeccablement tissées,
tout comme est bien chaussée la délicate Daphné
Roulier. Je
me marre bien dans mes échanges avec Malnuit
Claire m'envoie
d'assez paisibles messages, notre conversation nocturne nous fut bénéfique,
dédramatisant notre rencontre
Jenifer me dénoue
aussi, c'est la journée où les nuds trouvent leur
juste marin. Elle ne fut pas blessée par mon texte de lundi.
Elle en fut même remontée, motivée, délayée
Régis m'apprend la réception de son contrat, donc une
jolie nouvelle, après Thomas B. ou Frédéric G.
chez Denoël
Bel entremetteur, je suis. Requinqué,
j'écris des lettres à Roza, Jauffret
Je maile avec
enthousiasme
La journée prend fin. Pas de nouvelles d'Audrey,
nous déjeunerons demain. C'est écrit. A
la gare de l'Est, j'achète le Technikart. Je croise Ben
sur le quai, ainsi qu'une pitchounette de mes années pion. Nous
repérons une jolie blonde aux balconnets généreusement
en vue, voici notre wagon ! Nous entrons en discutant, de ces rencontres
incessantes d'anciennes élèves, de son boulot, de la jolie
réclame sur Bordel
Puis, le drame
Un drame qui permet
toutes les humanités, dont la première, le dialogue. Au
bout d'une quinzaine minutes d'attente et ma saillie hilarante, "
quelqu'un a un portable pour commander des pizzas ", s'en suivant
une liste non exhaustive des variétés à choisir,
la jeune fille se penche vers moi et me demande de son double sourire
si je n'étais pas au lycée de Coulommiers. Oui, ma belle,
c'est moi qui animais la cantine, faisant passer les plus jolies devant
tout le monde, lors d'une mise en scène digne d'un Cecil B. de
Mille ou d'un Vicente Minnelli. Aux furies qui réclamaient la
justice, je disais marmoréen, regarde la, regarde toi, il n'y
a pas de justice. Le cortège se poursuivait sous les acclamations
de la plèbe virile. En général, les autres filles
applaudissaient une beauté pourpre aux éclats, l'échine
prostrée. La beauté est un fardeau. Je voulais également
qu'elles prennent conscience de leur puissance, qu'elles ne succombent
pas à la mitraille de quelques petites canailles. Les très
belles jeunes filles ne savent pas toujours qu'elles sont divines, je
me devais de les avertir. On discute donc à trois, la jeune fille
connaît Touquin, Mafhoud, elle sort avec un petit jeune d'Ormeaux.
Je la sens plus sensible au charme latin et dark de mon ami Ben
Mais au fil de nos échanges, je la devine sombrer vers ma fantaisie,
mes délires, ma limpidité à dire des bêtises
comme de bien jolies choses. Un petit homme à l'accent du Sud
Ouest nous annonce qu'un cadavre obstrue la voie. Des envies de hachis
parmentier. Après deux heures, le petit méridional propose
aux volontaires de le suivre, de repartir vers Paris ; j'y suis, j'y
reste. Une longue queue de Munichois longe le train, je les regarde,
essaie d'y dénicher des beautés, rien. La jeune fille
se prend de plus en plus au jeu de mes mots, de mes plaisirs de rigolade.
Elle prend les coordonnées de Bordel, me demande les miennes,
où j'habite à Touquin, je ne serais pas étonné
de la voir débarquer. Tous au balcon ! Taïaut ! Les lâches
reviennent ! Le train doit repartir. Je retrouve mon ami Nicolas, que
j'accueille comme un prisonnier de guerre, à l'ovation du compartiment,
Nicolas est acclamé. Le train redémarre, les gens repartent
dans leur mutisme, leur grogne, la vie n'aura duré le temps d'un
ramassage des morceaux déchiquetés d'un imbécile.
Nicolas
me propose de me ramener à Touquin, mon pote de maternelle. J'embrasse
Aurélie, donc, tel est son nom, qui me glorifie de ses rondeurs
jusqu'à l'impression rétinienne. Coquine ! J'en veux quatre
! dit-elle. Tes deux me suffisent
Adieu Ben
qui n'a pas
décollé l'oreille d'un portable à disputes. Avant
de prendre voiture, j'invite Nicolas à manger un Turc, plus de
kebab, on tente les brochettes au poulet. Délicieux. Nicolas
qui se met à la quête de ses racines, de sa famille, de
l'Italie, de l'Argentine. Touquin construit de bien beaux hommes
Fatigué,
j'écris ces lignes entre réponses à Régis,
Pascal, Jérôme, Alexandra et surtout Audrey
Mon fil
d'Audrey
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