Se requinquer devant un bon film de kung-fu, un remake de la Fureur de vaincre avec Jet-Li. Bien sûr il n'a pas l'animal charisme de Bruce Lee, et même les sur-effets des combats nuisent à l'intensité à l'adrénaline à l'identification. Il y a quelque chose de jubilatoire dans un regard de sûreté, de puissance, de brutalité. Ce regard narquois fier et sauvage. De la rage. Notre corps se tend avec celui du combattant. Je sauterais bien à la gorge d'un Japonais ; dans cette version l'histoire chinoise est omniprésente, et il est nécessaire d'avoir quelques notions historiques, l'occupation nipponne de la Chine… Vaincre, fureur, honneur. On ne couine pas dans un film de kung-fu. On se dépasse ou on s'écrase. Après quelques mouvements grotesques je me couche.

Je me lève et l'anéantissement est proche. Je reste chez moi. Je travaillerai d'ici. Je reprends certaines choses. Je poursuis ma petite folie déjantée avec un petit Rage against the machine, enchaîné après Nicolas de Sheller. Comme quoi. Je dandine toujours des épaules, tel un boxeur chinois. J'en profite pour mater Magnum, c'est bien chance, Thomas est déprimé. Il pense à la mort de Diane, de tous ses amis qu'il n'a pas pu aider comme il aurait dû. Je pense que je suis bien coupable responsable à l'heure de l'ordalie, Diane, bêtise de me penser repoussant, Audrey, avoir spéculé en son nom… Magnum a une vieille trogne barbe hirsute. Il vide bière sur bière. C'est au Stickado que je noierai mon chagrin. Je suis revenu de Leclerc avec un stock grotesque de saucissons, piochés à la sauvette dans le grand rayon. Du corse, à la noix, du Lyonnais, de l'Auvergnat. A la caisse, la jeune fille ouvre la conversation sur ce choix étrange, des chips, des Fingers, du saucisson et des Sapporo dont la boîte interpelle son esthétique artistique. Je mate dévore grignote Bouchitey et Dewaere. Putain que c'est bon de voir ces types. Un moment je me demande si Dewaere n'aurait pas été encore plus fort dans Lune froide au côté de Stévenin. Mais c'est crétin, Bouchitey y est génial, la scène quand il mime Hendrix à Wight. Je suis définitivement nostalgique des films 70-85.

Rester seul aujourd'hui a été bénéfique, j'ai moins cette sensation suffocante, de poids sur la poitrine, cette envie rigolote de se défenestrer. Pour y remédier intégralement, je me fais Il était une fois l'Ouest. La scène de présentation, le black sa goutte d'eau, le louche sa mouche, le rouquin chafouin, l'harmonica après le cri de la locomotive. Je dévore des Fingers énormes, des trucs transgéniques, certainement. Les petits yeux émeraude, quelle gueule striée ; si le cœur pèle, je ne crois pas qu'il y ait une seconde peau. A vif. Douleurs. Le duel final au soleil ellipse solitaire d'un type qui va mourir. J'aimerais toucher ce cul aussi, le cul de Claudia Cardinale aux seins bruineux. " Il joue de l'harmonica, il joue du pistolet aussi ".
Du pistolet.