Je le sentais, l'avais présagé, annoncé. Je suis un poissard météorologique. Je l'avais bien dit dans la voiture, durant le long trajet de Touquin à Laugnac, le voyage est toujours chaudement ensoleillé, mais à l'arrivée, c'est la flotte et l'orage. Mais non. Il ne pleut pas dans le Lot & Garonne. Mais non, ne t'inquiète pas.
Même discours du grand-père en arrivant, un orage, nada, ils ont rien annoncé sur le journal. Me dit-il, avec des énormes, et hilarantes, marques de bronzage sur son bide rebondi et saillant au maximum du réel. Il parle, sourd qu'il est, coupe la parole, nous gonfle, tel qu'il est, ma grand-mère ne pouvant à peine glisser un mot de sa souffrance maîtrisée.
Le cauchemar. Heureusement, je plonge dans la piscine, contemple la bastide, grande, paisible, un énorme cèdre, des arbustes, hibiscus, lilas, tiens un arbre à kiwis, un noyer, des figuiers, des pruniers, des poiriers, derrière, dans le contre bas, une horde de chênes… Je joue avec mon père et ma belle-mère avec les bouées, ça rie…

Ils sont dans la piscine, moi, ici devant l'ordi, mes grands-parents dans la grande salle qui sera le salon, après moult travaux. Nous avions mangé à l'intérieur, après quelques gouttes pressenties sur les pierres chaudes de la terrasse de façade. L'orage est passé. Ils s'adonnent à la joie. Je suis en train de lire les messages reçus, dont ceux d' Isabelle, lionne endiablée de Belfort, et Claire, affect doux de plus près…
Envie de les rencontrer au plus vite, ne pas laisser la relation dans le flou terrible du virtuel, nous voilà en contact, proches, s'évoquant chacun. Il faut nous voir rapidement. Claire, ce sera à mon retour. Joie tendre de ses signatures douces et tendres. Isabelle, j'ai lancé une invitation. Revue, ouvert à tous, mon appartement l'est également.
Une sorte de frénésie de la rencontre, du toucher, c'est nouveau en moi, celui qui cultivait le lointain, l'intouchable, là, je l'avoue, je le cède, j'ai envie de vous voir, d'entendre cette fille intelligente (trop), au pathos si proche, si inquiétant et si attirant… De voir, cette joie de vivre ressentie dans les mails d'Isabelle, jolies loches du 90, plus j'espère, hein, tu ne m'as pas renseigné sur cela !