Si
je devais nommer ce jour, je l'appellerais " L'homme couvert de
cadavres ". Je sors de sa niche chronologique le livre de Drieu.
J'avais marqué au stylo, en dédicace à moi-même
une phrase de Benjamin Constant, " Malheur à l'homme qui,
dans les premiers moments d'une liaison amoureuse, ne croit pas que
cette liaison doit être éternelle "
Drieu avait
dédié ce premier roman à son ami Aragon. Mon Aragon
? Je
sors, avant de poursuivre ma demi heure d'écriture, m'acheter
chez Mafhoud des pistaches (une canette fraîche de Coca et des
Stackers Bacon). Il m'accueille avec grande joie, je l'aime bien cet
homme. A la caisse, il me fait part de sa fatigue, il bosse non stop,
de 4h à 22h, pour les " étrangers " du camping
des Etangs Fleuris. Il a de jolies cernes. " On s'en veut, tu sais
Stéphane, lorsqu'on ne travaille pas "
Je quitte mon
brave ami et croise la mère de Carole qui m'interpelle sur les
ruptures de stocks de Bordel à Coulommiers
" T'es
une vedette
hein
dans le coin "
Je réponds
par une ruquiérie, et m'en tire pas si mal. Je
reprends l'écriture, les pistaches s'enchaînent telles
ces jeunes filles qui jonchent mon journal. Je n'en avais pas vraiment
conscience, mais la répétition des propos (Chloé,
Claire et Audrey ce midi) me donne un léger sentiment de dégoût.
Les filles se succèdent
Ma quête ne pourra s'atteindre
que lorsque je serai moins criminel ? Ce sont des peintures, des morceaux
picturaux, suis-je donc taxidermiste de la beauté fugace et futile
des jeunes filles ferroviaires ? J'écoute Audrey me parler de
ce journal. J'écoute Audrey et nous déjeunons avec entrain.
J'oublie les choses lues et entendues, je me concentre dans son regard,
si proche du mien d'ailleurs. Tant de similitudes, jusqu'à la
pointe du nez. Nous parlons d'Amour, d'écrivains et même
de Rap (je fus membre un instant du Rassemblement pour une Autre Politique
de Philippe Seguin ; je dois avoir encore le t-shirt floqué du
label " RAP ")
Je pensais débuter ce journal
par la rencontre avec une jeune fille dans le bus ce matin, la jeune
fille à la bouche élastique, qui ventouse et délice
la bouche de son homme globe trotteur. Ses petits seins enrobés
dans un tissu coloré, elle me sourit de ses 1m60 et 48 kgs. Mais
j'ai peur désormais de dégainer ma contemplation amoureuse
de détails féminins. Je voulais évoquer aussi ces
quatre Canadiens que je guidai dans les méandres de la RATP pour
prendre la meilleure direction vers Versailles. Bon samaritain dès
le matin. Nous
sommes à une terrasse, en pleine phrase, je suis interrompu par
un scooter cascadeur qui se vautre dans le flanc d'une voiture incivile.
Nous sommes trop en phase, pour nous laisser le temps de devenir d'épieurs
badauds. A
sa SMART, je lui fais la bise ; et pourtant je ne voulais pas. Ce premier
contact physique, je ne le voulais pas. Son regard uniquement je voulais
garder. Au lieu de ça, je lui propose une joue, une lèvre,
dans une crispation figée. Je retourne à l'agence avec
la rage de ne pas le faire, derrière la grande porte de fer,
Sébastien V. me donne son sourire, lui au bras cassé.
Un mascaret étrange secoue ma sebkha sentimentale. Sur son volant,
" je t'aime "
Exquise vivante
Joli final cut,
ou très joli début de roman(ce)
Sur
son ordinateur, Franck a collé la photo d'Audrey. Il m'interroge.
Je dis certaines choses, "que je ne comprends pas". Les discussions
tournent sur le même axe avec Jérôme et Régis.
La communication est le vent de ce désert salé. Sur son
volant
Moi l'homme sans permis, je ne serai jamais Nimier ou Huguenin.
Je
prends connaissance de son mail, 20h27, Audrey a percuté un vélo
avec une jeune lesbienne Act Up dessus. Deux catastrophes, de catastrophes
nous déséquilibrons le monde. Assassinons donc, ma jolie
Bonnie. Quelques minutes après m'avoir quitté, à
République, elle percutait une Up Up
Dieu nous parle, ou
se joue
C'est avec rire que je mets gants pour verser de l'acide
chlorhydrique dans mon évier bleu bouché. J'appelle Pascal
J., réponds à Pascal B. (dont je ne comprends plus trop
certains mails), et finis ce jour où j'aurai vu Audrey, ainsi
qu'une femme nue peinte par Cranach, envoyée par Jérôme
Attal, le poète à groupie littéraire. L'homme
couvert de cadavres
dédié à ces morceaux
de femmes. A cette quête abstinente de l'Absolu, d'un temps suspendu,
d'un regard Sémiramis
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