Je rage dans la rue, je descends vers la mer, le besoin de marcher, de gueuler (je dis des " merde " par paquet), de réfléchir, de fuir, de ne plus entendre, ne plus trop comprendre. Je me suis levé, en colère, colère du ridicule, ridicule de la colère, je suis allé sur la terrasse, j'ai mis mes chaussettes, mes baskets et je me suis cassé. Les laisser ensemble. Dernière chose qui m'enrageait, et pourtant, c'était né de ma mise en scène. J'étais couché dans ma couette, la tête sur mon oreiller, Caro était venue se coller à moi dans le petit lit une place. Blottie entre mes bras, mes gras. Je l'avais laissée avec Cyril, ivre. Je reviendrai sur ça, je ne parlerai que de ça. D'ailleurs. Cyril était désormais seul dans le grand lit. Geignant, piaillant dans le grand lit vide, d'elle ; elle avait son " choice " (j'avais instauré une discussion en anglais, pour que Cyril ne comprenne pas). Je propose donc, pour ne pas laisser seul Cyril, que l'on le rejoigne. Collée à moi, m'embrassant, me mordant… une main sur moi, sur mes fesses, Cyril. Son bras sur elle. Ce qui me faisait plaisir, cela avait été mon objectif, j'y reviendrai, mais pourquoi me tirer de mon coin de lit si c'est pour qu'ils s'embrassent, s'enlacent et me laisser une infime place ; ce n'était plus le temps du " fun "… Je suis au bord de la chute, à la lime du lit, je tiens, j'entends le bruit de baisers. Les " images " reviennent. Trois temps qui ont cassé, " broken ", la relation. Je vais les citer tout de suite pour en être débarrassé :

- quand ils buvaient de la Zubrowka sur mon dos, je me suis retourné, j'étais pourtant écrasé sur le ventre, et je les ai vus se rouler des pelles à la vodka. [Je ne peux rien concevoir avec une fille qui a mélangé sa langue avec un ami ; mais surtout j'ai ressenti son plaisir, intense, interne, au creux d'elle.]
- elle se collait pourtant toujours à moi, Cyril la couvrait de baisers, partout, sur le dos, sur les flancs, dans le cou, et là, encore après nos délices de vodka, que j'avais inaugurés en la versant dans le creux de son dos, Cyril recommençait, continuait à la bécoter, je voyais le plaisir que cela lui procurait, rien à voir en comparaison avec sa présence en ma peau.
- Cyril avait passé la journée sur le canapé, nous n'étions pas sortis. J'avais compris qu'il avait flashé sur Caro, avec qui il a tant en commun, c'est indubitable, mais elle cristallise sur moi, et je sentais donc Cyril malheureux (il m'avait de plus envoyé quelques vannes sur mon gras du bide, ma graisse, que je me sers très bien tout seul, et cela n'est pas dans ses habitudes), l'ambiance était plutôt étrange. J'avais donc eu l'idée de les rapprocher, c'est vrai que l'attirance de Caro envers moi n'est liée qu'à mon journal, Cyril est une entité humaine bien plus proche d'elle que ces pages. Je fis tout pour les réunir, seuls, après notre séance de massage, de pelotage, de baisers, de vodka bue sur elle, puis sur moi. Je m'étais installé peinard dans mon coin, après avoir subi plus d'une heure de leur discussion mêlée de souvenirs mutuels où personne ne s'écoutait vraiment, de vodka et de fume. Et là, Caro voulait dormir avec moi, alors qu'il était flagrant qu'elle avait préféré les caresses de Cyril faites avec plus d'intensité, de vérité, de fougueux baisers sur ses pieds, ses seins, qui au départ étaient miens, (nous nous partagions que le dos, le cou ; puis il eut la langue, me l'enlevant définitivement), partout… Et voilà, comment je me suis retrouvé près d'eux, s'embrassant, alors que notre délire trioliste, initié par moi, je l'avoue, comme je concède que je voulais que Caro se rapproche de Cyril, tout comme j'espérais qu'elle reste collée à moi, ou au moins que la décristallisation se fasse moins vive, était bien finie, depuis plusieurs heures (leur longue discussion où Cyril enivré d'Amour, de Vodka et de Shit, avait la voix qui allait de Stéphane L. à Judi, la voix monocorde où les mots sortent d'une bouche dont les lèvres paraissent paralysées comme après une opération de collagène). Pourquoi me demander de me joindre à eux alors que le temps passé présent avait été sans moi. Loin de moi. Loin d'eux aussi j'étais.

Je me casse, ne plus entendre le bruit de cette pièce que j'ai écrite. Je suis heureux pour Cyril, qui a avoué, grâce aux jeux de l'alcool et de l'amour, tout ce que j'avais pressenti. Mais je ne peux plus entendre, ce soir, les bruits de sa bouche sur sa peau. Je pars, sans dire un mot. Sans prendre les clés, de l'argent, quoi que ce soit. Mais…
Au milieu de la rue, je peste, me sens con, les imagine baiser, souris car ils seront heureux, parle seul, rabâche l'éternel ritournelle du mal aimé, et mon ventre se rappelle à moi : J'AI ENVIE DE CHIER. Je remonte. Tourne autour de la porte, regarde dans les autres appartements, ne sais pas quelle heure il peut bien être, un pépé me regarde et me zappe. Je fais le tour, lance des cailloux, appelle " Cissou ". C'est Caro. Elle me lance les clés, je remonte, prends un livre, celui qu'elle m'a offert, et ma carte bleue. Je repars. La descente est passionnelle, christique. Je me sens flageolant, vertiges et regrets. J'ai perturbé la fin de " ma " pièce. Je m'arrête au port, un tracteur nettoie la plage, il n'y a pas grand monde, il est 6h30.

Je remonte, dors par terre, près d'elle. Elle n'est pas avec Cyril. Je la regarde dormir. Une musique douce de François de Roubaix berce ma vision. Je glisse mes lèvres délicatement sur les siennes. Elle dort.
Je me couche aussi. Le soleil dans la face. J'ai déposé un pain aux raisins près de la tête de Cyril, dans le grand lit.

Je l'aime.

Mais la vision de leurs bouches s'embrassant devient une réminiscence insupportable…

Je ne comprends plus rien.

M'aime-t-elle, suis-je seulement une cristallisation, un fantasme, un écrivain et sa lectrice…

Je ne suis pas un écrivain.

Vain, et ma quête, tant j'ai peur.

Ma douce,
Qu'allons-nous devenir ?

Je ne vois que tragédie… Tu as goûté le Beau. J'ai failli… Je n'ai pas donné ce que tu attendais tant. Mais j'ai tant de patience…

Le drame est inévitable. La souffrance. Evidemment.