La chambre est grande, carrée, l'air y est suffocant, oppressant. Pas de lumières, une lampe torche. Un grand lit carré à la couette rouge, devant cet unique meuble, deux chaises posées aux pieds, face à celui-ci. Je suis dedans. Je respire mal. Ne connais pas l'endroit. Il n'y a pas d'air. Je me fais penser à Blier dans Buffet froid, piégé dans un lit immense avec un quatuor jouant à ses pieds… Le vert, du vert, encore du vert y en a marre de tout ce vert, déclame à peu près Depardieu lors de leur mise au vert… Je suis un monstre, je suis un monstre me dis-je. Dans l'air enfermé d'une pièce carrée. Monstre. Je suis Blier, fou de rage, égoïste violent, je suis Depardieu, égoïste malgré lui, tous sont des monstres malgré eux, Carmet, petit homme doux, et bah non, il surine le petit Carmet, car il s'ennuie, car il a peur, car il ne pense qu'à ses craintes, ses attentes, ses envies… Trio d'égoïstes. Je suis un monstre. D'avoir boutade sur le carriérisme de Sophie dans un " pas bougé " tellement stratégique, qu'elle a pour collègue cette honte (éducation) nationale… Ce n'était pas à écrire, mais voilà, je suis un Buffet froid.
Je crois deviner une petite fenêtre côté pente, je me lève, torche en main, j'examine le mécanisme, deux crochets, une poignée, il faut tirer fort, les battants cèdent, derrière, les grands chênes, le bruit de la forêt, les bestioles aussi. De l'air, un courant. De l'autre côté, la fenêtre était déjà ouverte sur deux volets légèrement rabattus. Je suis sur le lit, hors couette, en couette… J'imagine les lézards, gros insectes, chauve-souris, hiboux, loirs, s'engouffrer avidement dans la chambre, avec la ferme intention de me gambader sur les guibolles. Pour le moment, seul le léger vent frémisse sur mes poils de mollets… Et seul un salopard et couard de Moustique se présente à mes phobies imaginaires. Je pense un instant à Isabelle, à son aspiration le soir, me dit-elle souvent depuis notre courte relation épistolaire, là, c'est sa respiration que j'aurais bien écoutée. La nuit fut plongée dans ces apparitions mouvementées, illogiques, rythmiques, désorganisées, Laure, tiens, je n'y pensais presque plus, jolis seins touchés, quand, c'était avant Caro, forcément idiot, pourtant ce sont des événements presque uniques, mais la peine les a enfoui. Laure assise à l'Etrusque sur mon canapé blanc… Je l'invite à poser sa tête sur mon torse, sur moi… allongée sur moi, je caresse ses seins, déshabille toi, le haut, lui propose, sa tête posée sur mon ventre, elle sent mon sexe se raidir, elle le sort et joue avec, de ses doigts, comme les miens jouent avec sa masse lourde et ses piquants tordants… Elle titille parfois avec sa langue, le film n'en finit pas, un vieux film certainement, désormais, les films sont conformes à l'heure et demie… Emporté par le vent, ce rêve Laure, s'échappe, pas senti de lézards encore traverser mon entre jambes. Je suis à un café, j'attends Claire, nous avions convenu d'un rendez-vous près du Canal St Martin, car c'est joli ce coin, il fait beau, nous sommes en juillet, les orages, c'était la semaine dernière. Là, il fait un grand ciel bleu, je suis anxieux, mais extrêmement gai de la rencontrer… Ma douce et affectueuse Claire, qui finit ses entretiens particuliers avec Monsieur Xanax. J'attends et bois un Perrier. Je regarde au loin, les gens assis sur le rebord béton du canal à l'eau verdâtre, les gens debout sur les ponts, et tout au loin, les écluses, où passent quelques fois de grosses péniches. Claire ne devrait plus tarder…
Je tente par des atémis aveugles d'écraser ce pénible moustique… que nenni… il reste avec moi, qu'il me pique, se nourrisse et se barre… Il ne m'écoute pas, je n'entends que lui. Dehors, des bruits inconnus, des batailles prédateurs, proies, un oiseau certainement vient de se faire becter, choper, petits cris de porcelet, c'est étrange. Pisser et se rendormir. Rêve d'enlacements mammaires avec Isabelle, quelle tête a-t-elle dans ce rêve, je n'en sais rien, que des sensations, pas d'images, je sursaute, me réveille encore, piqûres de moustique, piqûre dans mon caleçon… Se rendormir, ne plus penser, à Sophie, à Cyril, à Caroline… Se dire cela est très dangereux, c'est la gifle onirique assurée. Je sursaute une nouvelle fois, dernière image d'un cauchemar, je parlais dans une bicoque avec Vanessa P., Cyril arrive, me plaque contre la table, d'un doigt, il me tient un doigt et je suis bloqué, maintenu, sans pouvoir réagir, il me nargue et emballe Vanessa P., derrière dans l'ombre de la porte, la silhouette de Caroline. Puis, je suis dos à la porte, dos à ce couple de desperados, et là, le choc, Cyril me cogne le crâne… Je me réveille, j'entends mon père, dans l'interstice des volets, j'aperçois mon père et Momo… entends mon grand-père qui respire mal. Je descends les escaliers. Il est 7h29. Le temps est aux nuages, et aux courants d'air.
Le cagnard n'est plus là. Le vent, léger, souffle avec quiétude, laissant le soleil s'installer. C'est une journée de paix. Sauf aux repas, mes grands-parents étant toujours là, ils repartent mercredi, je me sens tendu, moi qui n'aime pas voir et entendre les gens manger, donc re-voir mes grands-parents, viandes flasques, mâchoires bruyantes, je me tends, me ferme, m'agressive…
Bonheur de lire, finir Jauffret sur un matelas dans la piscine, bouquiner Roza près du grand puit de quinze mètres, Villovitch assis sous le grand cèdre, cliquer sur les nouvelles reçues dans un coin de verdure, découvrir une jolie plume, écriture de la phrase, de celle d'antan, de la littérature française, merci à Carole F. Tu sauves cette première journée de réception. De choix. Pour Bordel 2 (One two two, pour plaire à Pivot). Belle journée pour Bordel, Marion M., chef des Diables, Vauvert, répond à mon appel, et hop, voici Thomas Gunzig, Régis Sa Moreira que je m'apprête à contacter. Mais avant cela, j'aide mon père à déplacer 150 parpaings. Valérie TC, Philippe, toujours aux aguets, à me conseiller, à préparer un putain de prochain roman, " décalé ", ah, je n'aurais pas deviné. J'ai la pêche, la pêche à l'Intermarché, la pêche en vélo, je pars en vadrouille entre deux baignades et lectures. Requinqué. Reverdi. Revenu. Doublement, adoubé par une correspondance coquine, chafouine, complice, rigolote, pleine de loches, de mots tendres aussi et d'humour, Isabelle G., et un échange égotiste et précis, car les mots pèsent, je n'inflige pas à ce journal, le désopilant jeu de mot qui sort de mon esprit espiègle, et enfant, Claire F. C'est amusant, mais je reste sincère dans mes propos, je ne joue pas, si avec les mots, les phrases, les formules, aussi bien avec Isa (elle aime qu'on l'appelle ainsi) et Claire (à qui je n'oserais donner un diminutif, sauf avec son autorisation). Double, et d'une grande émotion, les deux. J'ai hâte de rencontrer Claire à mon retour.
Soir, cadeau, double aussi, énorme, un peu trop de mauve (et pourtant j'aime le mauve) envoyé par Isa. Je croque craque, hue ! En même temps, Xavier, son ami, l'initiateur, m'écrit un touchant mail, je te répondrai demain, je suis plein, les yeux, le calbute, mes frêles mains, je suis hors… d'atteinte. D'elle. Bord d'elle !
Lundi nous sommes, Caro rentrait chez elle hier, elle y est. Message. Je réponds, mais tout cela doit s'oublier, qu'elle se moque, oui, mais qu'elle soit heureuse, qu'elle oublie ce journal qu'elle aimait tant, qu'elle gère son bonheur avec Cyril, qu'ils soient heureux, je ne dis pas autre chose, mais loin de moi. Je comprends, j'écris sur Cyril, ce fut mon ami dix ans, et mes amis m'en parlent, oui, j'écris sur elle, car j'y pense, mon premier " je t'aime " revenu, mais vite parti… Et elle est la première femme, selon mes " naïfs lecteurs " (dixit Caro), à prendre une telle dimension. Littéraire. Et plus, l'éveil de la bite. C'est elle. Et de ce réveil, des projets à gogo. Une nouvelle étape. A Belfort… ?