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La chambre est grande, carrée, l'air y est suffocant, oppressant.
Pas de lumières, une lampe torche. Un grand lit carré
à la couette rouge, devant cet unique meuble, deux chaises posées
aux pieds, face à celui-ci. Je suis dedans. Je respire mal. Ne
connais pas l'endroit. Il n'y a pas d'air. Je me fais penser à
Blier dans Buffet froid, piégé dans un lit immense avec
un quatuor jouant à ses pieds
Le vert, du vert, encore
du vert y en a marre de tout ce vert, déclame à peu près
Depardieu lors de leur mise au vert
Je suis un monstre, je suis
un monstre me dis-je. Dans l'air enfermé d'une pièce carrée.
Monstre. Je suis Blier, fou de rage, égoïste violent, je
suis Depardieu, égoïste malgré lui, tous sont des
monstres malgré eux, Carmet, petit homme doux, et bah non, il
surine le petit Carmet, car il s'ennuie, car il a peur, car il ne pense
qu'à ses craintes, ses attentes, ses envies
Trio d'égoïstes.
Je suis un monstre. D'avoir boutade sur le carriérisme de Sophie
dans un " pas bougé " tellement stratégique,
qu'elle a pour collègue cette honte (éducation) nationale
Ce n'était pas à écrire, mais voilà, je
suis un Buffet froid.
Je crois deviner une petite fenêtre côté pente, je
me lève, torche en main, j'examine le mécanisme, deux
crochets, une poignée, il faut tirer fort, les battants cèdent,
derrière, les grands chênes, le bruit de la forêt,
les bestioles aussi. De l'air, un courant. De l'autre côté,
la fenêtre était déjà ouverte sur deux volets
légèrement rabattus. Je suis sur le lit, hors couette,
en couette
J'imagine les lézards, gros insectes, chauve-souris,
hiboux, loirs, s'engouffrer avidement dans la chambre, avec la ferme
intention de me gambader sur les guibolles. Pour le moment, seul le
léger vent frémisse sur mes poils de mollets
Et
seul un salopard et couard de Moustique se présente à
mes phobies imaginaires. Je pense un instant à Isabelle, à
son aspiration le soir, me dit-elle souvent depuis notre courte relation
épistolaire, là, c'est sa respiration que j'aurais bien
écoutée. La nuit fut plongée dans ces apparitions
mouvementées, illogiques, rythmiques, désorganisées,
Laure, tiens, je n'y pensais presque plus, jolis seins touchés,
quand, c'était avant Caro, forcément idiot, pourtant ce
sont des événements presque uniques, mais la peine les
a enfoui. Laure assise à l'Etrusque sur mon canapé blanc
Je l'invite à poser sa tête sur mon torse, sur moi
allongée sur moi, je caresse ses seins, déshabille toi,
le haut, lui propose, sa tête posée sur mon ventre, elle
sent mon sexe se raidir, elle le sort et joue avec, de ses doigts, comme
les miens jouent avec sa masse lourde et ses piquants tordants
Elle titille parfois avec sa langue, le film n'en finit pas, un vieux
film certainement, désormais, les films sont conformes à
l'heure et demie
Emporté par le vent, ce rêve Laure,
s'échappe, pas senti de lézards encore traverser mon entre
jambes. Je suis à un café, j'attends Claire, nous avions
convenu d'un rendez-vous près du Canal St Martin, car c'est joli
ce coin, il fait beau, nous sommes en juillet, les orages, c'était
la semaine dernière. Là, il fait un grand ciel bleu, je
suis anxieux, mais extrêmement gai de la rencontrer
Ma douce
et affectueuse Claire, qui finit ses entretiens particuliers avec Monsieur
Xanax. J'attends et bois un Perrier. Je regarde au loin, les gens assis
sur le rebord béton du canal à l'eau verdâtre, les
gens debout sur les ponts, et tout au loin, les écluses, où
passent quelques fois de grosses péniches. Claire ne devrait
plus tarder
Je tente par des atémis aveugles d'écraser ce pénible
moustique
que nenni
il reste avec moi, qu'il me pique, se
nourrisse et se barre
Il ne m'écoute pas, je n'entends
que lui. Dehors, des bruits inconnus, des batailles prédateurs,
proies, un oiseau certainement vient de se faire becter, choper, petits
cris de porcelet, c'est étrange. Pisser et se rendormir. Rêve
d'enlacements mammaires avec Isabelle, quelle tête a-t-elle dans
ce rêve, je n'en sais rien, que des sensations, pas d'images,
je sursaute, me réveille encore, piqûres de moustique,
piqûre dans mon caleçon
Se rendormir, ne plus penser,
à Sophie, à Cyril, à Caroline
Se dire cela
est très dangereux, c'est la gifle onirique assurée. Je
sursaute une nouvelle fois, dernière image d'un cauchemar, je
parlais dans une bicoque avec Vanessa P., Cyril arrive, me plaque contre
la table, d'un doigt, il me tient un doigt et je suis bloqué,
maintenu, sans pouvoir réagir, il me nargue et emballe Vanessa
P., derrière dans l'ombre de la porte, la silhouette de Caroline.
Puis, je suis dos à la porte, dos à ce couple de desperados,
et là, le choc, Cyril me cogne le crâne
Je me réveille,
j'entends mon père, dans l'interstice des volets, j'aperçois
mon père et Momo
entends mon grand-père qui respire
mal. Je descends les escaliers. Il est 7h29. Le temps est aux nuages,
et aux courants d'air.
Le cagnard n'est plus là. Le vent, léger, souffle avec
quiétude, laissant le soleil s'installer. C'est une journée
de paix. Sauf aux repas, mes grands-parents étant toujours là,
ils repartent mercredi, je me sens tendu, moi qui n'aime pas voir et
entendre les gens manger, donc re-voir mes grands-parents, viandes flasques,
mâchoires bruyantes, je me tends, me ferme, m'agressive
Bonheur de lire, finir Jauffret sur un matelas dans la piscine, bouquiner
Roza près du grand puit de quinze mètres, Villovitch assis
sous le grand cèdre, cliquer sur les nouvelles reçues
dans un coin de verdure, découvrir une jolie plume, écriture
de la phrase, de celle d'antan, de la littérature française,
merci à Carole F. Tu sauves cette première journée
de réception. De choix. Pour Bordel 2 (One two two, pour plaire
à Pivot). Belle journée pour Bordel, Marion M.,
chef des Diables, Vauvert, répond à mon appel, et hop,
voici Thomas Gunzig, Régis Sa Moreira que je m'apprête
à contacter. Mais avant cela, j'aide mon père à
déplacer 150 parpaings. Valérie TC, Philippe, toujours
aux aguets, à me conseiller, à préparer un putain
de prochain roman, " décalé ", ah, je n'aurais
pas deviné. J'ai la pêche, la pêche à l'Intermarché,
la pêche en vélo, je pars en vadrouille entre deux baignades
et lectures. Requinqué. Reverdi. Revenu. Doublement, adoubé
par une correspondance coquine, chafouine, complice, rigolote, pleine
de loches, de mots tendres aussi et d'humour, Isabelle G., et un échange
égotiste et précis, car les mots pèsent, je n'inflige
pas à ce journal, le désopilant jeu de mot qui sort de
mon esprit espiègle, et enfant, Claire F. C'est amusant, mais
je reste sincère dans mes propos, je ne joue pas, si avec les
mots, les phrases, les formules, aussi bien avec Isa (elle aime qu'on
l'appelle ainsi) et Claire (à qui je n'oserais donner un diminutif,
sauf avec son autorisation). Double, et d'une grande émotion,
les deux. J'ai hâte de rencontrer Claire à mon retour.
Soir, cadeau, double aussi, énorme, un peu trop de mauve (et
pourtant j'aime le mauve) envoyé par Isa. Je croque craque, hue
! En même temps, Xavier, son ami, l'initiateur, m'écrit
un touchant mail, je te répondrai demain, je suis plein, les
yeux, le calbute, mes frêles mains, je suis hors
d'atteinte.
D'elle. Bord d'elle !
Lundi nous sommes, Caro rentrait chez elle hier, elle y est. Message.
Je réponds, mais tout cela doit s'oublier, qu'elle se moque,
oui, mais qu'elle soit heureuse, qu'elle oublie ce journal qu'elle aimait
tant, qu'elle gère son bonheur avec Cyril, qu'ils soient heureux,
je ne dis pas autre chose, mais loin de moi. Je comprends, j'écris
sur Cyril, ce fut mon ami dix ans, et mes amis m'en parlent, oui, j'écris
sur elle, car j'y pense, mon premier " je t'aime " revenu,
mais vite parti
Et elle est la première femme, selon mes
" naïfs lecteurs " (dixit Caro), à prendre une
telle dimension. Littéraire. Et plus, l'éveil de la bite.
C'est elle. Et de ce réveil, des projets à gogo. Une nouvelle
étape. A Belfort
?
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