C'est
drôle. Lorsque je rencontre une fille qui me plaît, ce n'est
pas à l'embrasser, à la toucher, à l'étreindre
que je pense, c'est au mariage, à une ribambelle d'enfants. Comme
si cela pouvait se réaliser sans contact. J'ai
évidemment replongé mon long tarin dans le livre de Drieu,
" Quel homme sent comme lui la présence insupportable de
ce grand corps qui court par la ville ? " Hier
soir avec Pascal, de cette soirée, quelques signes à sourires
Je
pense aux jardins suspendus de Sémiramis, disparus dans cette
" tempête du désert ", je pense à Gilgamesh,
notre néo-Noé, je pense aux ziggourats, aux tours que
l'on construit en nous, hors de nous pour aller toucher à l'absolu.
Mais aussi pour nous défendre de l'impie quotidien. Il
est 10h18, je lis, telle une apparition d'héroïne de mangas,
je me pique, je choisis l'aiguille, je suis Picador, le message matinal
d'Audrey la catastrophe. J'ai envie de sauter sur le téléphone,
qui n'est pas le mien. Qui n'est pas mon ami. La mémoire et la
patience, mes deux compagnes, de solitaire lassitude, d'espiègles
rêvasseries. Une
jeune femme de l'agence m'apporte une lettre, déposée
par coursier. De Nemours ? A l'intérieur, comme promis, un manuscrit
envoyé par Soral. Gros pavé qui se pose sur mon bureau.
Nous discutons un peu, à sa demande de conseils de lecture, je
la guide vers l'élégant Mathieu Terence. J'ai
Charles P. au téléphone, matinée littéraire.
Je poste comme promis (à Pascal J. hier soir) ma lettre à
l'Institut d'enseignement catholique. Je réponds à Florian
Z. Je plaisante avec Philippe D.F. Je confirme le lieu et l'heure du
rendez-vous avec Audrey ; Charles passera peut-être. Je préviens
évidemment Régis. Je déjeune avec Philippe E.,
deux quiches, deux Cocas, un éclair. Nous parlons des violences
en couple (suite à Cantat vs Trintignant), des demandes de certaines
femmes, j'évoque Caroline, jusqu'à son voyage au Sénégal
avec Cyril (qu'elle lui paie, lui épargnant de bosser comme un
con dans un silo
), que je lui ai interdit de m'écrire
13h55, je reviens à mon bureau
un mail de Caroline qui
narre ses tribulations en première semaine au Sénégal
message envoyé à quatre personnes. Je souris, ris, tu
es dans le charnier, jeune fille. Tu n'es pas un phénix. Tu es
une jolie fille qui a eu la gentillesse de me fellationner, je t'en
remercie. Mais je n'ai pas joui. Pas joui, pas joui, pas joui. Ni phénix,
ni kleenex. Une jeune fille qui n'écoute pas jusqu'au bout ce
que je lui ai ordonnée. J'appelle fébrilement Audrey,
qui a la délicatesse de me laisser son répondeur
"
Il faut qu'une femme dans un lit soit grande comme un continent "
écrit quelque part Drieu dans L'homme couvert de femmes.
Pour moi, l'Afrique est le continent Thanatos. Mon regard sera toujours
tourné vers le soleil, l'Orient, le Levant
Dans
le bureau, Guillaume B. (dont c'est l'anniversaire, tout comme Cédric
Lamy, mon vieux pote) écoute NTM. Je me rôde un peu, mais
retrouve très vite mon brouhaha Nine inch nails. NIN.
J'ai envie qu'il soit 19h. Dans
l'après-midi, Philippe D.F. me fait part de ses impressions de
son déjeuner avec Audrey. Ce que cela crée en moi me déplaît,
cette idée sotte et désagréable de ne pas supporter
qu'elle lui ait dit les mêmes choses qu'à moi. Cette idée
me transporte en sueur nauséabonde. Comme si l'on pouvait vivre
à deux dans une tour. J'évacue, le pourrais-je vraiment,
ces malsaines pensées. Cette affreuse volonté d'exclusivité.
Et cette certitude béate que cette " jalousie " est
d'un non fondé incommensurable
Je
passe chez Pascal J., il m'avait prévenu pour le verrou d'en
haut, il faut soulever, tirer, pousser, légèrement dévier
la clé. Je ne suis pas en retard, mais je sue de hâte de
retrouver Audrey et la sauver d'un Allah Superstar. J'insiste
tout de même, j'entends des pas chez les voisins Yougoslaves ;
je me tire bien heureux de cette décision menuisière.
Ce qui ne m'empêche pas de me hâter, à accélérer
le pas, à une sudation oppressante dans ma chemise 100% polyester.
Audrey est sur la banquette, au milieu de celle-ci, je tente une approche
en catimini, j'échoue évidemment. Il paraît que
mes discussions sont des toiles de digressions qui doivent beaucoup
à la théorie de Général Marshall, toujours
enchaîner. Je me sens bien libre pourtant avec elle. Je pense
mélancolique à Pierre Renouvin, et à ses gros tomes
qui pèsent chez moi. Régis nous rejoint, Charles arrivera
plus tard. Nous décidons donc de dîner ensemble, mes entrailles
auraient préféré un dîner avec elle. Mais
je me retrouve si souvent spectateur. Je les écoute parler Littérature,
Critiques
Charles se pointe, la trogne hilarante. Il y a des types
que j'aime pour un muscle près de la bouche, une bouclette défaillante
Petit garçon face à un plat qui ne ressemble pas à
ce qu'il avait imaginé, puis leçon de Français
de la part de Fafa. Le grand Fabrice toujours là !
Je me sens loin, je me sens partir, quitter la table, m'évaporer,
disparaître, je lutte, me retiens, dialogue, trouve un compromis
avec le fuyard, le teigneux, l'absolutiste qui vit là-haut. Je
n'ai pas envie de légiférer. Je prends un peu l'air, regarde
les étages, cinq, du bâtiment d'en face, puis, un peu plus
loin, celui d'Anso, qui n'est pas passée faire un " coucou
". J'espère qu'elle va bien, j'espère que Régis
sera moins lourdingue avec sa propension à rentrer dans le lard
des gens qu'il rencontre. Je les rejoins. Nul changement. Je les regarde
un peu, mais vraiment, je suis délétère ailleurs.
J'ai peur en moi de mon législateur. Mais
Audrey ne sera pas un cadavre. Pas un cadavre comme mon chihuahua (symbole
existentiel immense) que Régis me siffle. Là, j'ai l'impression
que l'on foudroie toutes mes promesses. Ça m'énerve, Audrey
s'en rend compte. Je ne comprends pas pourquoi Régis se comporte
ainsi avec moi
Je suis définitivement déconcerté
par la tournure que prend cette soirée sous l'impulsion de Régis.
Pour anéantir ce symbole d'une première rencontre, il
siffle le verre d'Audrey. Indubitablement cannibale ce soir, mon ami
Régis. Sur
un grand tapis, nous discutons Friends, Marvin Gaye en fond sonore.
Je n'ai pas sommeil, je sens qu'elle s'évanouit
petit à
petit. J'aimerais dormir près d'elle sur ce grand tapis. C'est
dans la chambre de sa sur que je m'allongerai sur le lit, n'y
pénètre pas. |