"Si
j'avais été à Paris en ce jour et si j'avais rencontré
un "gars du FN"" : Balade,
en ce jour de pluie, de nuages, de mauvais temps. Il
n'y a pas le monde escompté par le chef du FN ; une semaine de
propagande télévisée, radiophonique et écrite
a créé un régime de peur, de honte et de culpabilité.
Zidane,
si peu vociférant après les sifflets de la Marseillaise,
intervient et appelle à combattre le FN, comme tous les autres
acteurs des médias, de "Culture Pub" et de sa fin sur
un clip danois anti-nazi, des commentaires des gars de la météo,
tous pointent d'un doigt inquisiteur les malheureux oubliés qui
ont voté Le Pen. Vous,
les bien-pensants de la caste médiatique, n'avez-vous pas vu
le danger de Le Pen avant ? Alors
que l'événement appelle au sérieux, à la
projection, à l'utopie, à l'idéal, vous nous offrez
une farce, une farandole de misérables nantis ! Mon
objectif est de trouver un gars du FN, de lui parler, en fait de lui
donner la parole et de le laisser parler. C'est ça aussi la démocratie,
le discours, le dialogue. On écoute bien le PCF, on sourit à
la vue des symboles staliniens et des militants aux muguets
Ô
Bêtise humaine !! Je
tombe sur un jeune type, la bonne trentaine. Il a l'air sympathique,
il traîne en fin de truc, avec les Italiens, les scandinaves,
les Polonais, les Espagnols, les Belges
L'Europe des Nations. Dialogue
avec Joachim, militant FN : Moi
: Tes ascendances portugaises ne te dérangent pas, ne ressens-tu
pas un certain malaise de militer dans un parti jugé "xénophobe"
et "raciste" ? J
: Non, je ne suis, moi-même, pas raciste. Je suis Français,
je suis né à Champigny, de parents Portugais, il est vrai,
mais je suis Français, respecte les lois françaises et
son héritage républicain. Personne au FN ne me dévisage
de part mes parents Portugais, tu sais, les Français, ce sont
des Italiens, des Hongrois, des Polonais venus au début du siècle,
mais des gens qui ont accepté les lois de la République,
c'est-à-dire le respect. Moi
: "Respect", pourtant les propos de Le Pen ont suscité
des réactions fortes et ont choqué de nombreuses personnes.
J
: Les propos sont très faciles à manipuler, tu sais. Si
tu parles du jeu de mot sur "Durafourcramatoire", du truc
sur "Durafouretdemoulin", Desproges l'avait fait avant. Moi
: Ouais, la Palestine et Israël, je suis assez d'accord avec toi,
à vrai dire, complètement, mais le programme de Le Pen,
c'est quitter l'Europe, et cela semble assez éloigné des
préoccupations de politique internationale ? J
: Au contraire, Le Pen aide déjà les populations d'Irak,
et puis, tu sais, quitter l'Europe ultra libérale de Maastricht
ne veut pas dire quitter l'Europe et se replier, c'est quitter "une"
Europe pour une "autre" Europe. On commerçait bien
avant 1992, non ? Moi
: Ouais, ton discours est celui d'un républicain fougueux, assez
éloigné de la fougue populiste de Le Pen, ne penses-tu
pas ? J
: Et qu'est-ce qu'ils font aux states ? C'est un vrai parcours du GI
pour devenir américain. Les gars apprennent la langue, l'histoire
et prêtent serment. C'est fasciste ? J
: Ce qui est le plus drôle avec cette chaîne de merde, c'est
qu'en voyant le portrait d'un militant du FN dans "Libé",
on voit un beauf genre foot et film de cul. Ce qui passe sur Canal Plus.
Donc, c'est drôle de se faire insulter par des vendeurs de bouses.
Moi
: c'est vrai la République s'est construite sur l'effacement
des particularismes des provinces (Vendéens, Dauphinois, Landais
),
mais tu fais quoi dans la vie ? J
: Oui, parce que le mec, le maire, a fait une politique sérieuse,
celle que Le Pen propose, ni plus, ni moins. J
: Comme Krivine, on transforme un pyromane en pompier. D'un pourri,
il devient le sauveur de la démocratie, mais contre quoi ? Moi,
je suis pour, j'ai jamais remis en question la démocratie. Dans
démocratie, il y a peuple, c'est tout. Moi, je veux revenir à
l'essence du mot. Lui, il parle de privilèges, de son pouvoir.
Je laisse Joachim rejoindre Opéra et le discours du chef du FN
; pour ma part, j'ai des notes à prendre, au plus vite, ne rien
perdre de cette discussion courtoise. Et un train à prendre,
pour rentrer dès le début de l'après-midi chez
moi, à Touquin. Le temps se gâte, les nuages s'assombrissent,
ça sent l'averse. Je me casse. Chez
moi, c'est le calme, la tranquillité et les gaufres de Mémé.
Avec du Nutella, bien tartinées, les gaufres s'engouffrent paisiblement.
Victor Lanoux grandiose accompagne, dans des hilares aventures, le génial
Pierre Richard. Quelques répliques très "actuelles"
: "je vois, parti de rien pour arriver à pas grand chose"
en parlant du gauchisme de son avocat, fils d'un ouvrier typographe.
Victor Lanoux, l'icône du bon franchouillard gueulard, pinailleur
et de mauvaise foi, un pur délice d'humanité. |