"Si j'avais été à Paris en ce jour et si j'avais rencontré un "gars du FN"" :

Balade, en ce jour de pluie, de nuages, de mauvais temps.
Je me rends au défilé du FN, avec une idée en tête, un plan de texte déjà à l'esprit.
J'ai passé ma semaine à gambader avec des gambas du bulbe et à combattre "contre", contre le Nazisme, contre le Fascisme, "contre", "contre", "contre", avec les enfants gâtés de la bourgeoisie parisienne, si attachée à son confort et à son progressisme social.
La bourgeoisie aime l'extrême gauche, mieux vaut une "LCR" à 5 % que des gens désœuvrés qui sans reflets (même faux) de leurs aspirations prennent le temps de réfléchir et entament une refonte radicale du système.
Je sais, je suis naïf, de croire que le peuple, le peuple ouvrier, salarié puisse avoir l'impact d'une révolution. On sait bien que les révolutions sont bourgeoises et intellectuelles.
Oui, mais (comme dirait VGE), oui, mais, si la lueur éclairait instant l'esprit cathodisé de mes amis serviles…
J'ai donc décidé de me fondre dans les badauds des thuriféraires de Le Pen ; je voulais écrire un texte sur un double constat, que je synthétisais dans un mail à FB : "Voilà le danger du moment : deux camps s'opposent, celui de la bêtise (les jeunes qui défilent contre 1933) et celui de l'aveuglement (celui qui défile pour la France d'avant 1918)" .

Il n'y a pas le monde escompté par le chef du FN ; une semaine de propagande télévisée, radiophonique et écrite a créé un régime de peur, de honte et de culpabilité.
Les gens n'ont pas envie de se faire casser la gueule.

Zidane, si peu vociférant après les sifflets de la Marseillaise, intervient et appelle à combattre le FN, comme tous les autres acteurs des médias, de "Culture Pub" et de sa fin sur un clip danois anti-nazi, des commentaires des gars de la météo, tous pointent d'un doigt inquisiteur les malheureux oubliés qui ont voté Le Pen.
Merci Zizou, merci aussi aux bulbes de la société du spectacle et de votre action pour montrer que le drapeau et la "Marseillaise" sont des valeurs républicaines, donc à tous.
C'est dommage d'y penser maintenant, où étiez-vous lorsque ceux-ci furent bafoués lors d'un match de foot ? Silence de Jospin et de Buffet, alors présents.

Vous, les bien-pensants de la caste médiatique, n'avez-vous pas vu le danger de Le Pen avant ?
Alors qu'il était sur Match TV, qu'il accueillait "Paris dernière", chez lui, à St Cloud, il était "trendy" alors, le vieux lion se laissait caresser, on se sentait fort devant la "bête" vieillie, docile, avachie.
Imbéciles ! (aurait dit l'autre), vous piaillez aujourd'hui. Défilez maintenant. Défilez, en pas cadencés. Il y a peut-être un disque à sortir, un essai à écrire, une soirée "tous contre la Haine" ?

Alors que l'événement appelle au sérieux, à la projection, à l'utopie, à l'idéal, vous nous offrez une farce, une farandole de misérables nantis !
Ce n'est pas bien, ce n'est pas bien de cracher aux visages des gens.

Mon objectif est de trouver un gars du FN, de lui parler, en fait de lui donner la parole et de le laisser parler. C'est ça aussi la démocratie, le discours, le dialogue. On écoute bien le PCF, on sourit à la vue des symboles staliniens et des militants aux muguets…Ô Bêtise humaine !!

Je tombe sur un jeune type, la bonne trentaine. Il a l'air sympathique, il traîne en fin de truc, avec les Italiens, les scandinaves, les Polonais, les Espagnols, les Belges…L'Europe des Nations.
Il s'appelle Joachim, il est Français de parents Portugais.
Je lui propose de quitter la marche et de discuter à un café. Mais où trouver un café d'ouvert ?

Dialogue avec Joachim, militant FN :

Moi : Tes ascendances portugaises ne te dérangent pas, ne ressens-tu pas un certain malaise de militer dans un parti jugé "xénophobe" et "raciste" ?

J : Non, je ne suis, moi-même, pas raciste. Je suis Français, je suis né à Champigny, de parents Portugais, il est vrai, mais je suis Français, respecte les lois françaises et son héritage républicain. Personne au FN ne me dévisage de part mes parents Portugais, tu sais, les Français, ce sont des Italiens, des Hongrois, des Polonais venus au début du siècle, mais des gens qui ont accepté les lois de la République, c'est-à-dire le respect.

Moi : "Respect", pourtant les propos de Le Pen ont suscité des réactions fortes et ont choqué de nombreuses personnes.

J : Les propos sont très faciles à manipuler, tu sais. Si tu parles du jeu de mot sur "Durafourcramatoire", du truc sur "Durafouretdemoulin", Desproges l'avait fait avant.
Et sur le prétendu racisme institutionnel du FN, je rigole, surtout venant des types de la LICRA, t'imagines, les types luttent contre le racisme, ok, c'est bien, mais aussi contre l'antisémitisme, c'est-à-dire qu'il y a deux niveaux de racisme, "sale arabe", niveau 1 et "sale juif", niveau 2, c'est dingue. Surtout que tous sont fils de Sem (fils de Noé) dans cette région de désolation et de guerres honteuses. Les voilà les fascistes, ceux qui édictent qu'une seule vérité possible. Et qui tuent des gens depuis 50 ans dans les camps de Palestine.

Moi : Ouais, la Palestine et Israël, je suis assez d'accord avec toi, à vrai dire, complètement, mais le programme de Le Pen, c'est quitter l'Europe, et cela semble assez éloigné des préoccupations de politique internationale ?

J : Au contraire, Le Pen aide déjà les populations d'Irak, et puis, tu sais, quitter l'Europe ultra libérale de Maastricht ne veut pas dire quitter l'Europe et se replier, c'est quitter "une" Europe pour une "autre" Europe. On commerçait bien avant 1992, non ?
Et donc, en quoi est-ce un repli ? Les USA fonctionnent comme ça et ils sont les champions de la vente, non ?
Ok, on est petit, mais est-ce une raison de se laisser aller à l'abandon ? Moi, je ne crois pas.
Comme je n'ai pas envie de laisser les quartiers de mon enfance aux mains des caïds des cages d'escaliers. Tu comprends, je n'ai rien contre les Marocains, les Maliens, je ne sais. Mais ce n'est pas normal qu'on les appelle "Marocains" ou "Maliens", ils devraient tous parler français, respecter les lois et puis tout serait simple. Mais les types se communautarisent, et refusent de respecter l'héritage d'un pays qui les accueille. Ce n'est pas normal.

Moi : Ouais, ton discours est celui d'un républicain fougueux, assez éloigné de la fougue populiste de Le Pen, ne penses-tu pas ?
J : Je ne sais pas. Mais si demander aux Français de décider par des référendums, c'est être populiste, alors oui, Le Pen, la Suisse et moi sommes des populistes. Mais bon, tout ça, c'est un jeu des médias.
Ils ont monté la sauce pour ce second tour et maintenant ils utilisent les manières d'Himmler pour faire marche arrière. "Le Pen c'est Hitler", c'est débile.
Tu vois, mes parents ont fui le Portugal de Salazar, ils connaissent les régimes autoritaires, les régimes de la peur. Rien ici, seulement que les gens qui travaillent, qui paient leurs impôts puissent se sentir en sécurité et en justice. Ce n'est pas le cas.
Moi : Et la préférence nationale, ça ne te choque pas ?

J : Et qu'est-ce qu'ils font aux states ? C'est un vrai parcours du GI pour devenir américain. Les gars apprennent la langue, l'histoire et prêtent serment. C'est fasciste ?
J'ai l'impression que personne n'écoute le vrai discours, les gars ont le crâne obstrué par trop de télévision, de TF1 et de Canal plus.
Moi : Canal plus et les guignols sont radicaux avec vous, t'en penses quoi ?

J : Ce qui est le plus drôle avec cette chaîne de merde, c'est qu'en voyant le portrait d'un militant du FN dans "Libé", on voit un beauf genre foot et film de cul. Ce qui passe sur Canal Plus. Donc, c'est drôle de se faire insulter par des vendeurs de bouses.
Euh… Je peux revenir sur le foot, tu vois, ce qui me dérange, c'est le truc de la France "black", "blanc", "beur", je trouve cela raciste et antirépublicain. Tu vois la France, c'est l'unité sous un choix de vie ensemble, pas des ghettos, parce que là, les asias, les types comme moi, on les met où ?
À l'époque de Platini, on ne disait pas la France "RitaloPolack", Fernandez n'était "l'Espagnol", Tigana "l'Antillais"… Ce sont eux les intolérants et les ennemis de la République.

Moi : c'est vrai la République s'est construite sur l'effacement des particularismes des provinces (Vendéens, Dauphinois, Landais…), mais tu fais quoi dans la vie ?
J : Je suis VRP pour une marque de café. Mais tu sais, les gens ne sont pas tous des débiles. Et au FN, on n'est pas des arriérés mentaux. Je bosse, je vis bien, c'est vrai, je pourrais me dire, c'est bon, t'es peinard, mais je pense à mes gosses. J'ai un petit bonhomme et j'ai pas envie qu'il grandisse dans le Bronx.
Moi : J'ai un ami (hie !) qui me disait que NY était super sûre depuis le passage de Guliani, donc tu sais le Bronx, c'est bien désormais ?

J : Oui, parce que le mec, le maire, a fait une politique sérieuse, celle que Le Pen propose, ni plus, ni moins.
Moi : Et Chirac, t'en dis quoi ?

J : Comme Krivine, on transforme un pyromane en pompier. D'un pourri, il devient le sauveur de la démocratie, mais contre quoi ? Moi, je suis pour, j'ai jamais remis en question la démocratie. Dans démocratie, il y a peuple, c'est tout. Moi, je veux revenir à l'essence du mot. Lui, il parle de privilèges, de son pouvoir.
C'est une comédie, mieux encore, on est sur Comédie !, la chaîne, devant une sitcom pourrie qui s'appellerait "Tout le monde aime Jacques". Un truc de tarés !

Je laisse Joachim rejoindre Opéra et le discours du chef du FN ; pour ma part, j'ai des notes à prendre, au plus vite, ne rien perdre de cette discussion courtoise. Et un train à prendre, pour rentrer dès le début de l'après-midi chez moi, à Touquin. Le temps se gâte, les nuages s'assombrissent, ça sent l'averse. Je me casse.
Je n'ai pas vraiment polémiqué avec lui, ce n'était pas mon but, mon intérêt, ma volonté. Je ne lui ai pas parlé de la thèse du complot de Chirac pour promouvoir ce second tour, en décrochant Pasqua, ni de la mise en application du retour des immigrés inciviques, et comment fait-on lorsque celui-ci a la nationalité française ?, comment forcer les pays à les accueillir ?, je n'ai pas cherché à piéger le type. Je voulais juste le laisser parler et l'écouter.
Mon goût de la contradiction a certainement motivé ma volonté d'écoute, face à l'avalanche de pressions médiatiques, tous les corniauds du spectacle appelant à voter Chirac. Après l'avoir bien aidé, ils mettent les gaz inverses.

Chez moi, c'est le calme, la tranquillité et les gaufres de Mémé. Avec du Nutella, bien tartinées, les gaufres s'engouffrent paisiblement. Victor Lanoux grandiose accompagne, dans des hilares aventures, le génial Pierre Richard. Quelques répliques très "actuelles" : "je vois, parti de rien pour arriver à pas grand chose" en parlant du gauchisme de son avocat, fils d'un ouvrier typographe. Victor Lanoux, l'icône du bon franchouillard gueulard, pinailleur et de mauvaise foi, un pur délice d'humanité.