Vendredi 2 novembre :
J'ai confondu dans la page de mon journal d'hier,
Suarès avec Suarez. Je voulais évidemment parler d'André
Suarès, l'écrivain-poète-voyageur et non de Georges Suarez.
Georges Suarez fut le premier journaliste français condamné à
mort lors de l'épuration. Il fut exécuté le 8 novembre
1944. Combattant de 14-18, il devient correspondant de l'agence Havas à
Vienne. Il collabore à plusieurs journaux, Le Temps, L'Écho de
Paris, et publie les biographies de Clemenceau et de Briand. Il succède
en 1940 à Henri Jeanson à la rédaction d'Aujourd'hui. Ses
amis non-collaborationnistes l'abandonnent en 44, à l'exception de Kessel
et Desnos. Il est donc fusillé le 8 novembre.
Sébastien O, un pote de Paris, m'apprend qu'un article sur Brasillach
est paru dans Libération hier. Malheureusement, je lis son texto un peu
trop tard. Je suis curieux de lire les propos tenus par ce canard. D'après
le message, il s'agissait de la responsabilité de l'écrivain.
Exactement ce que De Gaulle utilise pour justifier la mitraillade du poète.
J'ai eu la chance d'interroger Peyrefitte sur cette question, il était
maire de Provins, près de chez moi. Ce dernier noyait le poisson derrière
la responsabilité de l'intellectuel, supérieure aux autres. Je
pense surtout que le fait d'appartenir au camp des vainqueurs ou des vaincus
est primordial dans cette histoire. Brasillach était un vaincu. Il ne
l'a jamais nié. Il a donc été fusillé au fort de
Montrouge le 6 février 1945. "La Justice sans l'échafaud"
écrivait Hugo, c'est vrai. Mais les vainqueurs de 1945 avaient tant de
chose à faire oublier.
Judi vient de m'appeler, il est rentré
en Seine-et-Marne. C'est cool, demain, on passe la journée ensemble,
VTT, et balades dans les bleds du coin. De l'oxygène, enfin.
Il a tant de choses à me raconter. Sa vie à Chauny commence à
devenir agréable, rencontres, jeunes femmes, amis, bibines, musiques,
sorties, peintures. Tranquille.