C’est reparti, toujours la même histoire, la thésaurisation de la misère. Cette fois-ci, ce sont les cheminots, enfin, ceux qui appuient sur le bouton " marche ", le gros rouge, oui celui-là, pour faire démarrer la locomotive. Ils vocifèrent, car c’est dur d’être cheminot, c’est inscrit sur de vieux papiers signés, y a longtemps, mais c’est écrit. Si c’est écrit !
Ces glands jouent de la misère du travail du cheminot, de l’époque où on chargeait le charbon. Ils pleurnichent, à l’heure du numérique.
Je rêve d’une bande de marginaux, d’un type pas trop con, qui aurait lu sur le web comment appuyer sur le bouton " marche ", et qui lèverait le drapeau de la Liberté, et du " Allez-vous faire mettre, connards ! ". Il prendrait les commandes des trains, il ne serait pas seul, des centaines de types en feraient autant. Ils appuieraient sur le bouton " marche " et passeraient dans toutes les gares pour crier LIBERTE. Les gens répondraient par des cris de joie, des cris du ventre, des cris de " je n’ai plus peur ", des cris de " je suis avec les miens ".
Fini les otages, les moutons, déchirées les chaînes de la SNCF, de la RATP. Fini ces empaffés qui dorment sur les quais, pour regarder si les portes se ferment bien.
Le plus grand Front de Libération du monde…
Mais pour le moment, je reste à la maison.

Je repense à la thésaurisation de la Shoah (et pire encore, sa confiscation) par les sionistes ; je ne sais plus comment les appeler, juifs, israéliens… ?
Je me dis qu’avec ce cheminement mental, si la Shoah n’avait pas été confisquée exclusivement au profit d’Israël, les tziganes pourraient réclamer un Etat à eux, les pédérastes aussi, les trisomiques, les communistes, les gaullistes, les indécis courageux, les malchanceux… Quelle pagaille !
Heureusement, l’Etat fasciste Israélien a permis de clarifier ce bordel. La Shoah, c’est à nous ! D’ailleurs Shoah, c’est hébreu, c’est dire !

Il fait beau, mais gris ici, à l’intérieur. Des mois de poussière, de feuillets précieusement gardés, de livres disséminés ici et là, je décide d’un Grand Ménage, suivi d’un Grand Rangement.
Tout vider, commencer par la table, tant de papiers gardés, qui finissent désormais à la corbeille, enfin jetés au sol dans un coin de la pièce réservé à cet usage. Les étagères, une à une, vidées, dépoussiérées, rangées. Les livres qui traînaient regagnent leur emplacement abandonnée : Cioran, Céline, Soupault, Loti…
Mais aussi trier tous les livres reçus, les derniers achats, tous ont une place à (re)trouver. Puis s’attaquer au coin K7, CDs aussi, mais pour y parvenir, le no man ‘s land de l’entre-télé. Des journaux, des magazines, une pile de Tech (que je rangerai près du second fauteuil), les deux volumes énormes sur Michel-Ange, des articles de presse, un calendrier de la poste 2000, le catalogue des boîtes d’événementiel, des mags C+, des livres d’Art (Lotto, Tiepolo), tout un fourbi à trier. Mes armes, Fée du logis, Cédar et aspirateur. Grosses pelotes de poussière, c’est un endroit que j’avais abandonné ? La Fée s’impose partout, j’astique. Je déplace, replace, tout à sa place. Les K7 triées, nettoyées, empilées. CDs aussi. Tout reprend de la lumière. Je range ma table à repasser, qui ne me sert plus à rien. La sortir au besoin. Mettre le truc à étendre le linge dans ma chambre, dans le coin, près de la fenêtre. Nettoyage également de la chambre, fait plus souvent, ça va vite. Aspirateur partout. Serpillière. Une machine qui sèchent dans la chambre, odeur de propreté, qui se répand dans l’ensemble de l’appartement. Double lumière dans la pièce au carrelage réfléchissant. Sensation extrême de plénitude. Lire dans fauteuil en pleine lumière naturelle. Lire les textes reçus, encore trier, ranger, jeter à la corbeille.
Se sentir bien. Ça sent bon. Le propre. La pièce est gigantesque, toute propre. Je tombe sur la fin de " Zardoz ", de John Boorman. La fin du film avec le second mouvement de la 7e symphonie de Beethoven, l’Allegretto. L’action du temps, irréversible, images accélérées sur un couple, main dans la main ; le film est de 1972, loin des effets d’aujourd’hui. Moralité : " Le temps détruit tout ".
Même Allegretto de Beethoven dans " Irréversible ", l’action du temps sur un couple, et la phrase finale (mais aussi du début), " Le temps détruit tout ".

" Zardoz ", " wiZARD of OZ "… pour l’anecdote cinéphile.

Le temps détruit tout. Détruit les promesses de Dieu, les accords syndicaux, ou bien les relations familiales. Calme, satisfait de ma journée, je suis chez mes grands-parents. Buvant un verre de coca, Julien Lepers pose ses questions. Dehors, un type que je n’aime pas, gratuitement (parce qu’il a une gueule de con, et que je ne vois pas pourquoi cette gueule de con devrait s’imposer à moi, chez moi), gare sa voiture dans notre cour. Je le regarde méchamment, il me voit et se dirige vers chez mes grands-parents, il sonne, j’hurle à mon grand-père la présence de ce poux, vieux sourd avec gros con, le gros con annonce au vieux sourd la mort d’un gars.
Je rouspète, eux disent " oui, mais que vont dire les voisins ", " déjà IL y en a qui nous salissent "… ils m’agacent, et merde, et moi, je ne suis pas un voisin, j’ai rien à dire ? Pour être bien avec un type que je ne vois jamais, qu’on ne voit jamais, je dois supporter la gueule de con de tout à l’heure chez moi ?
Je gueule, j’insulte, je remets les choses à leur place, encore, trier, et jeter à la corbeille, mon verre finit dans l’évier, en bris de verre. Eux, me balancent leurs ronds. Qu’ils les gardent leurs ronds. Je chie sur leurs ronds. Voilà, ils ont désormais un voisin qu’il leur fait la gueule, " aux Million ".

Enervé, mais pas tant que ça. Je ne mange pas, vu que je n’ai rien chez moi. Hors de question d’aller dans le frigo de mes voisins. Je mate, par bonheur, " Alexandre le Bienheureux ". Rester couché. Dormir. Dormir.

Dormir.
Le temps détruit tout.