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Le 3 du mois de septembre de lannée 2002
"Rien n'est aussi triste que nos chansons populaires. Les plus
profondément graves et les plus profondément tristes et
les plus profondément pieuses sont naturellement celles qui parlent
d'amour"
Charles Péguy, uvres en prose complètes, Tome III,
p.1059
PODIUM POPULAIRE POILANT
"Bernard Frédéric, le Cloclo à la Triste Figure,
âme simple, candide et obstiné, veut imposer à un
monde devenu laid son idéal "claudien", d'amour, de
justice et d'honneur. Il se lance à corps perdu dans l'univers
poétique que son imagination installe dans la réalité,
ne pouvant s'empêcher d'accorder aux êtres et aux choses
une confiance qui résiste aux moqueries et aux coups. À
ses côtés, Couscous, bonhomme de partout, incarne le bon
sens commun qui ne s'embarrasse pas de chimères ; s'il montre
beaucoup de naïveté dans ses espérances, il n'en
garde pas moins les pieds sur terre et s'efforce de remédier
aux désastres nés des exploits de son ami..."
Podium
serait-il une adaptation disco et désopilante de "Don Quichotte
de La Manche" ?
C'est énormément plus ! C'est écrit par Yann Moix,
il ne faudrait pas l'oublier.
Comment qualifier Podium ? Comment qualifier Moix ? C'est la même
réponse : exubérant, extravagant et exaltant.
Podium
est donc un livre extravagamentesque qui raconte les déboires
et autres aventures de deux pieds nickelés sosies de Claude François
et de C.Jérôme dans un monde où l'apparence est
devenue l'ultime moyen de reconnaissance.
Deux
pieds nickelés en bottines Nubuck
"Bernard
Frédéric" :
Un farfelu mélange de Philippe Candeloro et de Jean-Claude Van
Damme, de Don Quichotte donc, mais aussi de Jésus, oui, comme
le prophète juif de la chrétienté.
"Jean-Baptiste
Cousseau", "D.Jérôme" :
Le fidèle des fidèles, entre Sancho Pança et Jean
"le Baptiste", comme le sous-entend son véritable prénom.
Mais
aussi la belle "Maïwenn", beauté gazelle de Simoun
rose poussière, si chère à Moix, n'avez-vous pas
lu Anissa Corto ?
Mais aussi clin d'il très visible de l'auteur à
sa passion pour la grande à la bouche molle, Le Besco.
Comptez également des "Bernadettes" triomphales, et
une multitude de sosies de Claude François, "MC Cloclo",
"Walter François", "Doc Gynéclaude",
ou bien encore "Doodoo Franky". Sans oublier des Johnnys,
des Sardous, des Elvis
L'Évangile
selon Couscous
Les
deux amis font la plonge dans un resto de l'arche de l'A10, la route
des vacances, entre Olivet et Artenay. Cela fait désormais dix
ans qu'ils ont donné leur premier gala, avant de laisser tomber.
Couscous avait quitté son costume de Cloclo pour devenir le sosie
de C.Jérôme, "D.Jérôme", en quelque
sorte il restait un Claude, "Claude Dhotel" étant le
vrai nom de C.Jérôme. Il faisait la première partie
de "Bernard Frédéric et ses Bernadettes", le
plus grand Claude François depuis Claude François.
Donc dix ans après leur début, Couscous propose à
Bernard Frédéric de reprendre la route, les galas, comme
à la grande époque des ZUP, des Karaokés, des grandes
surfaces et de l'hystérie des fans, les "favinets"
comme disait Claude.
L'aventure commence, les tribulations s'enchaînent, et l'on n'arrête
pas de se marrer. Il faut convaincre Véro, la sur de Couscous,
l'amie de Bernard de reprendre les galas, engager de nouvelles recrues,
travailler et toujours travailler pour être un Claude François
parfait, pour participer au grand gala des sosies organisé par
"C'est mon choix" et Évelyne Thomas.
Tout cela en faisant avec les sauts d'humeur, la radinerie, la mesquinerie,
voire la cruauté, de Bernard totalement happé par sa mission,
être le plus près de Claude possible : "la plupart
des Claudes François rêvent d'être Claude François.
Pendant qu'ils en rêvent, moi, j'y travaille".
C'est
une épopée digne des plus grands récits mythologiques
que nous raconte Couscous !
Le récit est entrecoupé de citations des évangiles
et de paroles de Claude François : Bernard-Jésus suivant
les traces de Cloclo-Dieu, voilà l'histoire que nous narre Couscous-Mathieu-Marc-Luc-Jean.
Quand Bernard-Jésus marche sur la mer Rouge :
"Puis il a pris son élan et a fait un saut de l'ange dans
la foule qui formait comme une mer avec son ressac. Enfin, se redressant,
soutenu par ceux qui l'aimaient, l'acclamaient et à travers lui
aimaient, acclamaient Claude, il a marché sur cette foule, planté
comme le mât d'une goélette sur la houle. En équilibre
instable, il a arpenté la salle cahin-caha, parfois disparaissant,
englouti par l'océan humain dont les vagues se refermaient sur
lui, pour réapparaître plus haut, plus loin, porté
par le caprice du flot. De mémoire de sosie, jamais on n'avait
vu ça." (p.224)
Sardonnades,
enfoirage et autres délices
Podium
est une litanie successive et ininterrompue de guignolades, de scènes
à mourir de rire.
Le décalage stupide et cruel de Bernard Frédéric
permet des moments d'anthologie.
Les
scènes de resto sont génialissimes, où la goujaterie
et la radinerie de Bernard Frédéric font des merveilles
!
Que ce soit celle de la "Viandes à volonté"
:
"Quand Bernard va au restaurant, c'est généralement
parce que celui-ci offre une formule "à volonté".
Pas plus tard que samedi dernier, Bernard a invité Maïwenn
au Rodéo Grill, un restaurant à volonté situé
dans la ZUP de Saint-Jean-de-la-Ruelle, juste à côté
du karaoké le Back Voice". (p.38)
S'en suit un dialogue van dammien avec le serveur et une volonté
ramboesque à engloutir le plus de viandes possibles : "Va
annoncer en haut lieu ma tournée de l'extrême. Je veux
des viandes géantes avec du-qui-déborde en purée.
Prévois comme si c'était pour que j'explose. J'ai fait
Cloclo des années : je peux faire Carlos une nuit !"(p.48)
Ou
celle du faux infarctus pour se casser, une nouvelle fois, sans payer.
On retrouve souvent les deux vandales dans des restos, en train de s'empiffrer,
tout en rendant "justice" ! Bernard est le maître de
la vengeance. Lors du casting des nouvelles Bernadettes, Couscous lui
rapporte une barquette de frites achetée dans un bar d'à
côté. Bernard fait compter les frites à Couscous
: "6,82 centimes d'euro" la frite. C'en est trop ! Il se vengera
en détruisant la devanture du bar et en s'introduisant avec Couscous
dans les réserves et en se goinfrant de charcuterie et en enquillant
des cuvées prestigieuses.
LA
SCÈNE étant, pour moi, l'enfoirage des gogues du restaurant
"Le Chevreuil". C'est un pur instant de bonheur jouissif et
libératoire.
"Ça va chier des Sardous", "Les points de côté,
c'est bon pour Sardouland"
Les Sardous en prennent la face, cest ce quils appellent
des "sardonnades", qui répondent aux "claudades"
que les Claudes François ont trop longtemps supportées.
"Quand on relâcha les deux premiers, ce fut en pleine Beauce,
près de l'autoroute, complètement à poil. MC Cloclo
proposa qu'on garde le troisième pour le supplice dit du "marteau",
qui consistait à enfermer un Sardou dans le hangar pendant douze
heures, attaché, sans manger ni boire, avec une sono à
fond la caisse diffusant en boucle Si j'avais un marteau de Claude,
soit 288 écoutes."(p.83)
Ce
n'est qu'un aperçu infime des délicieuses horreurs que
Bernard Frédéric peut vous proposer, que ses crises de
colère peuvent créer.
Tout
est bon, bien écrit, réellement drôle : la sélection
des "Bernadettes", "Lucifer" qui vole et "sa"
diatribe qui s'en suit, les thèses sur la mort de Claude, l'interview
et toutes les expressions nanardesques, les "monmecs", les
"JAPA", les "Zombiz", les "Strolls"
tant
et tant
Folies
de moixitude
La
folie moixienne continue " en dehors " du roman. En effet,
Yann Moix a concocté une série dannexes dune
puissance intersidérale, un univers parallèle, un monde
complètement tourné sur Claude François : un calendrier
claudien, des cercles détudes claudiennes, les biographies
des grands Claudes François (un " MUST ") de lhistoire
et de la folie, encore de la folie, toujours de la folie !
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