Rentrée littéraire de septembre, presque 600 livres en tenant compte de la littérature étrangère.
Premiers effeuillages.

Michel Houellebecq provoque, une fois de plus, la polémique avec son troisième roman, "Plateforme".
Le meilleur romancier du monde contemporain, à défaut d'être le meilleur écrivain, nous propose une nouvelle étude sociologique. Cette fois-ci, notre envoyé spécial dans l'absurdité de notre société occidentale nous emmène dans les méandres du tourisme sexuel ; aveu d'une part de la misère sexuelle à l'intérieur de nos sociétés et d'autre part constat que de nombreux pays n'ont plus que la valeur ajoutée de leurs habitants pour gagner des devises.
Houellebecq suscite les débats, ses mots se confondent avec ceux de son "héros", "Michel". L'un dans le roman crie sa rage face à la religion musulmane coupable de la mort de la femme qu'il aime (Valérie), l'autre, dans la presse, critique l'Islam. Où est vraiment la frontière entre l'écrivain et le personnage romanesque ?
Houellebecq est allé en Thaïlande, sa mère s'est convertie à l'Islam. Houellebecq n'a jamais caché sa volonté d'ancrage dans la contemporanéité de sa classe, celle d'un cadre moyen. Est-il pourtant "Michel" de "Plateforme" ?
Au milieu des médias, Michel s'amuse, tel un marionnettiste, il nous balade dans de fausses pistes.

Pas de fausses pistes pour Amélie Nothomb, un roman, "Cosmétique de l'ennemi", toujours égal aux autres. Nothomb est une belle mécanique, mécanique à dialogues, à gentilles histoires. Avec de l'humour, c'est la chose qui la sauve de la monotonie. Mais il faut bien reconnaître que la source semble se tarir.

Benoît Duteurtre passe de Grasset à Gallimard avec " Le voyage en France", à la hauteur de l'esprit de Monsieur. Un prétendant au titre suprême.
Tout comme Marc Lambron et sa fresque des années 60, "Etrangers dans la nuit". Lambron, nouveau mémorialiste ou nouvel "James Ellroy" par ses énonciations parfois indigestes ?

Christophe Donner avec "L'empire de la morale" témoigne également d'une volonté de tracer une vision du monde à travers l'Histoire. Il s'intéresse aux idéologies, aux utopies, c'est-à-dire au marxisme et à la psychanalyse. Le récit est captivant, dans les premières pages, celles concernant ses souvenirs d'enfant. Mais la partie "dogmatique", ou plutôt anti-dogmatique pêche par la lourdeur des arguments, des listes et des démonstrations. Sur cette thématique, je préfère lire "L'idéologie et l'utopie" de Paul Ricœur.
Dans la bulle littéreuse, nous trouvons également Marie Darrieussecq, "Bref séjour chez les vivants". Darrieussecq tient à l'effort de la lecture, mais l'effort devrait aussi se faire à l'écriture. Non ?

Le bonheur après une lecture "délicate" est de se plonger dans "Eloge du moi" de Daniel Prévost. Prévost nous amuse, nous instruit aussi. Un livre intelligent, drôle et bien écrit et d'une lecture délicieuse.

Différent mais tout aussi captivant est le livre de Régis Jauffret. "Promenade" est un livre dense, inquiétant mais fascinant. C'est une lecture glauque, morbide, chirurgicale que nous propose l'écrivain. Un sentiment de répulsion, de rejet nous envahit au début, un peu à l'instar de la vision de film de Pasolini, "Sâlo ou les 120 journées de Sodome". Nous sommes écœurés, nous pensons à détourner les yeux mais l'intelligence de Pasolini fait que nous restons devant l'écran. C'est une sensation identique face au cauchemar que nous décrit Jauffret.
Jauffret se place pour un prix, certainement pas le Goncourt, mais un "Flore" ne serait pas surprenant. Compter aussi sur "A vide" de Luis de Miranda.