De la misère humaine en milieu urbain
Je retourne au " Cannibale ", seul ; jai bien appelé
RC un peu avant, en vain.
Je pensais revoir la jeune serveuse souriante et bien sympathique de la semaine
passée. Tel un rite absurde, je me retrouve seul à commander
ma pitance du soir.
On voit le monde différemment seul face aux autres. Seul contre tous.
Même pas ! Personne ne prête attention aux types seuls. La jeune
fille tautouienne nest donc pas là, roulement de serveuse, vacances
Je
nen sais rien, ne demande rien.
Je nai pas marché de République à Ménilmontant
pour rien, je me prête au jeu. Un émincé de poulet et
une pression. Il ny a plus de 1664, cela ne fait rien, une Calsberg
sera parfaite.
Je suis en fin de banquette, jobserve. Un regard panoramique, pas de
Marilyne, une petite peut-être. Je suis seul, mais les autres sont très
mal accompagnés. Des gens laids. La chose la plus commune, la mieux
partagée.
Je regarde lécran, un miroir sur le mur den face. Je vois
les deux cuistots, un petit noir en blanc, et le corps dun grand blanc
dont la tête nentre pas dans mon cadre de vue, ici une porte.
La " jolie " fille salvatrice se met à parler, très,
très fort. " Sur mes lèvres ", cest le temps
qui veut ça. Elle est à trois mètres dans ma diagonale.
Je ne reste pas longtemps, un couple vient se coller à ma table, sale
ventouse !
Je suis un nouveau chemin, me perds ; jai limpression que ce parcours
" direct " est un peu plus long.
Jaboutis tout de même à Répu. Jentre dans
le premier bar à touristes, à cons et à ringards. Le
même que vendredi soir avec SL et son ami Stéphane. Je reconnais
la serveuse, ici, elle na pas changé. Elle a une bonne tête
danglaise, disgracieuse mais avenante tout de même, une assez
grosse paire de seins. Jai limpression quelle me remet également.
Elle vient prendre ma commande, un Black Russian, le jeu est lancé.
Elle me lance de gentils sourires, me sert très vite. Les Russians
senquillent paisiblement. Je suis captivé par une fille qui se
trouve à une table à ma droite. Elle me fait face, deux types
devant elle.
Il y a des jolies filles aux traits esquissés, puis celles aux contours
lissés, appuyés, définitifs. Parfaits.
Elle a une voix charmante, rauque, précise, certaine. Elle le sait.
Je vide quelques verres en la regardant.
La serveuse anglaise me sourit toujours. Je suis un jeune type seul, qui se
fait brancher par une anglaise, qui a des lunettes, qui a un t-shirt moulant,
qui a tout de même de gros seins gélatineux, qui a un cul à
marmelade, qui a des yeux qui ont faim.
Je pourrais attendre la fermeture, lui demander de maccompagner chez
" moi ", à côté, tout près, pour baiser,
pour prendre un peu plaisir. Les Français sont les meilleurs baiseurs.
Elle nest pas venu ici par hasard.
Jaurais défait le lit, enfin le convertible. Je laurais
allongé dessus, elle maurait embrassé. Jaurais dû
jouer le jeu, sa salive maurait dégoûté. Je me serais
branlé entre ses énormes seins, jaurais joui sur sa face
et ses lunettes immondes. Non, je naurais pas pu la toucher, je lui
aurais demandé de partir, que je mexcusais, que jétais
marié, que javais sûrement trop bu, que jétais
confus.
Elle aurait insisté pour me sucer, jaurais cédé,
faible que je suis. Nue, accroupie à ma queue, je naurais osé
la regarder. Jaurais aperçu devant une glace murale les bourrelets
de son corps. Je me serais dépêché de jouir, pour ne plus
la voir.
Je naurais jamais pu la pénétrer, vraiment pas.
Je quitte le bar, elle me salue, me sourit, me regarde. Ce soir-là
je nai pas vu le " Grand blond avec une chaussure noire ".