Dimanche 4 novembre :
Nous roulions à vive allure, dans la
nuit, sans lumières. Judi avait une légère loupiotte à
l'avant de son vélo, le mien aucune. La petite route qui menait à
Voinsles était parallèle à la nationale 4, entre l'Est
et Paris. Nous avions l'impression que les voitures, ou plus exactement les
points lumineux dans la nuit, étaient immobiles. Un rayon continu de
diodes scintillantes.
Nous pédalions dans l'obscurité étoilée, au milieu
de la route, avec une frénésie d'ultra gaieté. Nous étions
heureux. À fond la caisse comme de gentils drougs. Sans aucune volonté
de nuire, juste prendre du plaisir.
Nous avions passé l'après-midi à pédaler, mais surtout
à boire des whiskys coca, six pour moi, sept pour Judi. Souvent des triples
doses.
Mais l'air hivernal, l'effort physique annihilaient les effets nocifs de l'alcool.
Nous étions restés assis à une petite table près
de l'entrée pour surveiller nos montures. Il y avait un passage fou,
le bar était bondé, des gens ne cessaient de venir, pour acheter
des clopes, pour boire un chocolat, une pression ou aller aux toilettes. Un
vrai hall de gare dans cette sordide ville de Rozay-en-brie. Il était
clair que la ville s'est revivifiée. Beaucoup de jeunes couples, nous
avions vu défilé une cohorte de bébés, bambins,
petits gamins.