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Après
les frites du samedi, voici les crêpes des jours dhiver.
Le grand-père, toujours plus en plus gros, somme dune équation
simple de la cortisone avec une boulimie jamais démentie, touille
la pâte dans une grosse marmite.
Jimagine quils en feront encore trop à nous en gaver,
comme pour les frites (5 fournées !). Ma grand-mère menvoie
en mission chez lépicier, à sa manière, répétant
cinq fois quelle doit aller chez lépicier prendre
du Nutella, avec sa petite voix déternelle martyre.
Une mission que jaccepte avec joie, et cest assez normal,
la cour est une vraie patinoire. Même moi je manque de me casser
la gueule sur le coccyx.
Cest le grand-père qui fait les crêpes, ma grand-mère
mange des poireaux, pour ne pas trop manger de crêpes ensuite.
Car les crêpes, ça fait grossir, le poireau non. Moi, je
veux bien, mais le passage poireau crêpes sucrés, je le
vois mal.
Je lis une enquête à propos du téléfilm de
TF1 sur " Moulin ", sur les polémiques historiques.
Javoue mal connaître lhistoire de Moulin. Le scénario
provoque donc plusieurs " étonnements " pour plusieurs
historiens, ou témoins de la période. Ça mintéresse
dans la mesure de mon tribalisme touquinois, le scénario est
luvre entre autres de mon voisin den face, un vieux
garçon comme moi.
Je ne connais pas ses préférences politiques, je pense
quil est socialiste tendance radicale-socialiste, très
IIIe République. Aussi bien anti-communiste quanti-gaulliste,
mis dans une même nasse dopportunistes nuisibles et tyranniques.
Je
badigeonne à la truelle mes crêpes épaisses de Nutella,
je les mange en les roulant avec un couteau et une fourchette. Cest
en les découpant et les fourchettant que je les avale. Avec une
gorgée de Coca.
Ma grand-mère a pris le relais du grand-père, qui de ces
grosses mains engloutit en trois bouchées les crêpes à
peine pliées.
Les suivantes sont moins épaisses, la finesse de ma grand-mère.
Chez Drucker, Jean Ferrat, le rebelle dAragon, vient chercher
de loseille, les " 325 000 francs " de Roger Vailland,
lécrivain communiste à la Jaguar ; tant aimé
par Beigbeder.
Étincelle.
Il parle de Pierre Louki.
Dans
le bus de vendredi soir, le petit blondinet obsédé par
Nathalie Portman mavait demandé si je connaissais Pierre
Louki, auteur de livres pour enfants, et de chansons. Javouais
ne point le connaître. " Pierre Loti " ? Non, Pierre
Louki. Je ne connais pas tous les écrivains, et je suis béotien
en littérature enfantine.
Il a écrit des chansons pour Gainsbourg, Brassens
Pourquoi
tu me demandes cela ? Cest mon grand-père. Toujours vivant,
mapprend-t-il. Il ne sait pas doù vient son nom de
scène, il na jamais pensé lui demander.
Un nom arrivé qui allait aussitôt repartir.
Non,
le voilà le grand-père de ce jouvenceau, cité par
Ferrat, ami de Brassens, auteur discret de cette période. Écrivain
prolixe pour les mômes, et biographe de Brassens.
Jen parlerai au petit bonhomme dès que jaurai loccasion
de le revoir.
Je
retourne chez moi avec quelques crêpes, pour le soir. Avec des
petits lardons, de la crème fraîche et du gruyère,
ça peut être délicieux. Et bien lourd.
Je bouquine un peu, en écoutant Delerm. Je mendors sur
le canapé blanc. La télé marche également,
sur Sport+.
Jai parlé à mes grands-parents de mon intention
darrêter C+, les incitant à en faire de même.
Il ne la regarde jamais.
Je
regarde si jai des réponses sur le site déchangistes.
Je méclate imaginativement sur ce site : jai écrit
à une dizaine de filles, je personnalise toujours mes propos,
par rapport au pseudo, au lieu, au message
Je suis assez doué pour trouver des formules spirituelles et
drôles ; est-ce le bon endroit ?
Jen appelle même à mes connaissances latines pour
une, " Legere ", cueillir ou choisir
Je méclate vraiment. Use de ma palette littéraire,
enfile toutes les panoplies.
Jai reçu quatre réponses : Legere (intello contre
les fautes dorthographe), Amazone (coquine des Mangas), Lyli (jolie
indienne pour triolisme) et Ladycat (beaux seins de Troyes).
Comment
jen suis arrivé là ?
Je
reçois à noël un message de " Cédric
", quil a envoyé à plusieurs personnes. Je
réponds à tous un message basique de vux, avec ma
touche perso tout de même, en attendant les enfants et les bonheurs
qui vont avec, un truc du genre.
Je ne sais pas qui est ce " Cédric " : Lamy, Arnould
? Un autre ?
Une fille me répond. Je la questionne sur lidentité
de ce Cédric. Elle ne peut me renseigner. On discute. Minterroge
sur ma signature " sm ". On séchange des dizaines
de mails, et me parle enfin de sa bisexualité et menvoie,
pour voir sa photo, sur un site déchangisme où elle
est inscrite.
Au même moment, Cédric dissipe tout brouillard sur son
identité. Cest un vieux pote du lycée que javais
croisé, après plusieurs années, dans les allées
de Leclerc, il y a quelques mois.
Après
cest la curiosité, et lapprentissage. Ce sont de
nouvelles formes décriture, ça permet de me rendre
compte de ce que peuvent dire des femmes sur la sexualité, de
leurs fantasmes, de leurs attentes. Ça casse encore un peu plus
ma vision magique de la femme.
Nest-ce pas EBB ?
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